Tantrika
« Fais du bien à ton corps
pour que ton âme ait envie d’y rester ».
Les rites, pratiques et exercices sont utilisés dans la voie tantrique comme toute autre voie d’Eveil ou de travail sur soi et devenir un Tantrika.
Pour qu'il provoque un effet, le rituel doit toujours s'effectuer avec joie, plaisir, bonheur, sans être une contrainte. Il faut même en oublier les fruits éventuels qu'il peut rapporter et pratiquer sans but précis.
Un rituel ou entraînement accompli par obligation ou en hâte n'apportera rien, sinon des éventuels blocages ; au pire, l'effet contraire à celui recherché, surtout en ce qui concerne certains rituels où la répétition mécanique des mantras est à bannir totalement.
Dans le tantra, le corps étant l’instrument de libération, il est capital de le conserver dans un bon état.
Un esprit sain dans un corps sain, telle est la devise.
C'est pourquoi l'adepte du tantra se doit de vivre sainement, de connaître les rudiments de la diététique, d'accomplir un minimum d'exercices physiques, de détendre et bichonner son corps par diverses techniques ou massages. Il saura lui rendre pour ces bienfaits, il répondra davantage aux sollicitations et il s'épanouira mieux.
Les pratiques tantriques sont intimement liées au yoga.
Il existe un grand nombre de micro-pratiques très simple qui aboutissent pourtant à des résultats surprenants.
Il est préférable d’effectuer un exercice court le plus proche possible de la perfection dont on est capable, plutôt qu’en faire un long imparfaitement.
Il est mieux de pratiquer quelques minutes régulièrement que de longues heures de temps à autre.
Je vous propose de porter un autre regard sur votre corps.
Tout d'abord ôter de votre tête tout problème de surpoids. Kilos en trop, culotte de cheval et poignées d'amour sont des marques de générosité. Oubliez rides, cicatrices et autres taches, marques du temps et de vie , faites-en un atout.
Lors de votre toilette quotidienne, paressez sous la douche, et imprégnez-vous des bienfaits de l'eau, cet élément indispensable à la vie.
Lorsque l'eau coule sur votre peau, visualisez une douche de lumière vous débarrasser des impuretés qui descendent dans la terre pour être purifiées par le soleil. Sentez-vous propre tant extérieurement qu'intérieurement. La propreté est une qualité tant au niveau de l'hygiène du corps physique qu'au niveau plus subtil, car tout comme il y a des salissures visibles, il en est d'autres invisibles.
Prêtez une attention particulière à votre peau, n'hésitez pas à la dorloter, la bichonner, la parfumer. Les odeurs attirent certaines énergies correspondant à leur vibration. N'hésitez pas à user des parfums.
Prenez conscience que la peau est un rempart, une protection pour vos organes. Parlez lui en douceur.
Regardez-vous dans un miroir et aimez l'image qu'il vous renvoie. Réconciliez-vous avec votre véhicule physique, il saura vous le rendre. Aimez-vous, vous êtes divin(e).
Le rite est ce qui différencie l'homme des autres créatures vivantes." (André Padoux)
Tous les actes de la vie peuvent se transformer en rituel ; les japonais ont leur rituel du thé, une cérémonie, pour les fleurs, "Ikebana" qui n'est pas simplement un arrangement des fleurs dans un vase mais un rite où le pratiquant essaie de s'unir avec ce que les japonais nomment le cœur des fleurs.
Mais tout le monde peut disposer des fleurs dans un vase ou des fruits dans une corbeille sans effectuer un rite. La différence n'est qu'intérieure. Pour un spectateur, l'acte est identique. Pourtant, intérieurement l'écart est énorme.
Dans un rituel, on s'approche du sacré. Le sacré se manifeste dans bien des choses du monde, dans des lieux, des objets, des sites et même parfois dans des choses ou actes repoussants.
C'est aussi un état d'esprit qui peut apparaître de multiples façons. L'utilisation consciemment ordonnée de mots, de gestes, de sons contribue à favoriser cet état d'esprit dans la conscience.
Le rituel est avant tout un outil, mais un outil ludique, où l'expression spontanée a la possibilité de s'exprimer, de s'exalter même comme un musicien qui joue sur son instrument.
A l’aide des symboles, des rites, le rituel participe à éveiller la conscience.
Cet éveil nécessite une lente maturation. Sans cet éveil, les rituels ne sont rien que des cérémonies ridicules, voire burlesques. Les rituels existent depuis la nuit des temps et perdurent encore dans quelques endroits du monde : rituels pour faire tomber la pluie, pour obtenir une récolte abondante, etc… Ce qui fait bien rire certains. Le rituel n’est ni un spectacle ni pièce de théâtre.
Sa nature est celle d’un rite magique par les correspondances cosmiques parfaites lorsque celles-ci sont connues. Souvent elles se devinent intuitivement, il suffit de laisser l'imagination vagabonder. Dans un rituel chaque partie de l'espace, les objets, les mots (parlés ou intériorisés), la gestuelle, suivent un plan en rapport avec la nature et contiennent des formules d’une grande puissance qui vitalisent les objets et l'espace. D’où l’importance du respect et du soin le plus minutieux dans l’exécution de celui-ci. Le rituel opère une sorte de transformation de la personne (persona) sans son masque, parce le rituel, pour qu'il soit efficace, implique un certain degré de mise à nu et de sincérité. C’est donc un acte sacré et il n’est aucune quête spirituelle possible sans cette notion qui est le point de départ à toute voie initiatique. Quand la vie d’un être est centrée sur quelque chose de supérieur, toutes les forces inférieures se transmutent d’elles mêmes ; il n'est nul besoin de faire des plans et calculs pour obtenir une transformation de soi-même, il suffit d'être véridique.
Réservez-vous un moment pour préparer une composition florale de votre choix, en y incorporant un petit rituel de votre invention. Réfléchissez à quelque chose de simple, qui soit l'expression de votre harmonie intérieure. Mettez-y tout votre cœur, n'y ajoutez pas de la bigoterie, ça ne ferait pas bon ménage ! Lors éventuellement de la cueillette ou de l'achat de vos fleurs, laissez vos pensées aller. A quoi ces fleurs vous font penser ? Regardez passer les images mentales dans votre tête, ne freinez pas la magie de l'image, le manque d'imagination est notre seule limite. Quels souvenirs réveillent-elles en vous ? Prenez votre temps, goûtez ce moment de paix.
Sont-elles jaune comme le soleil, violette comme l'améthyste, rouge comme l'amour.
Quel est leur langage, vous parlent-elles ? Une pensée, une intuition, voilà le message qu'elles vous transmettent. Leur forme, leur odeur ; leur symbole. Que vous inspirent-ils ?
Sentez-vous en résonance avec elles, surtout ne choisissez pas des fleurs que vous n'appréciez pas, même si vous trouvez que, vu le prix par exemple, elles seraient plus avantageuses dans votre bouquet... Puis rentré à la maison, après vous être soigneusement lavé les mains, commencez par vous recueillir en pensant à quelque chose qui vous invite au sacré.
Confiez-vous à elles, essayez d'aller au "cœur" de la fleur, ressentez son âme, soyez véridique, sincère, ne vous mentez pas à vous-même.
Sortez alors le plus joli de vos vases, celui qui a votre préférence. Disposez les fleurs dans celui-ci avec un soin minutieux, le plus parfaitement possible comme s'il s'agissait d'un concours. Portez votre attention sur la délicatesse des pétales, sur la subtilité des fragrances, sur les formes, sur les couleurs et la lumière qui joue dans les fleurs, sur la beauté profonde du geste. Faites-le avec grâce ; puis versez l'eau qui les désaltérera.
Remerciez-les d'embellir votre maison, et regardez-les maintenant d'un œil différent, d'un œil conscient, comme si les fleurs et vous dialoguiez ensemble, car vous venez de communiquer avec l'esprit des fleurs.
source le coeur de la yogini
Être un Tantrika au sein de la société, dans la vie de tous les jours, cela signifie accueillir chaque situation qui me provoque comme une occasion de faire face à mes limites, à mes restrictions. Et si j’ai la capacité de faire face alors j’ai l’outil le plus adapté que m’offre, en direct, l’univers pour gagner un peu plus d’espace, un peu plus de liberté. Chaque fois que j’ose regarder, accueillir sans jugements ce qui me dérange, je découvre un peu plus d’espace en moi. Par contre dès que je résiste, je ferme un peu l’espace de mon cœur et de mon esprit, je me restreins et me recroqueville un peu plus sur moi-même. Dans ce mouvement de retrait je me rigidifie, je perds la fluidité naturelle du corps et de l’esprit et je continue la construction inexorable de la carapace, celle qui me protège des situations inconfortables, mais m’isole de plus en plus. Jusqu’à ce que je me sente seul et abandonné. Mais à force de me protéger du monde celui-ci ne peut plus accéder à mon cœur. Finalement c’est moi qui abandonne le monde en refusant de me faire déstabiliser, en refusant ma vulnérabilité.
Accueillir, pour un Tantrika, ne signifie pas se laisser dévorer, malmener, anéantir, épuiser dans un fatalisme passif par toute situation qui se présente. Accepter ce qui se présente pour un Tantrika c'est répondre " oui " de façon active, globale et multidirectionnelle, à l'écoute de chaque situation dans son ensemble. Une forme de présence totale qui peut accueillir à la fois sa propre réactivité et la réactivité de l’autre. Accueillir, pour un Tantrika, c’est retrouver la capacité d’ouvrir son esprit et son cœur totalement afin que ce qui parait en contradiction puisse se rejoindre au centre. C’est-à-dire la source d’où naissent toutes les différenciations, et les paires d’opposé. Dans cette position d’ouverture totale, il ne subsiste plus de point de vue à défendre ni de positions à préserver à tout prix. Je retrouve la capacité d’accueillir deux points de vue différent. Je quitte l’esprit qui oppose, qui différencie pour trouver l’esprit qui unie. Je quitte le cœur qui se ferme et se protège du monde pour trouver le cœur qui s’ouvre jusqu’à englober les contraires.
Être un Tantrika c’est s’émerveiller de chaque situation. C’est devenir créatif au sein de sa vie de tous les jours. Je peux devenir un artiste du quotidien. Quand j’ose être moins prévisible pour mon chat, pour mes enfants, pour mon conjoint, pour mon patron. Alors je sème une étincelle, une graine de couleur dans la grisaille de mon quotidien. Cet ordinaire où l’extraordinaire n’a plus de place. Où l’ennui domine parce que je suis devenu tellement rigide et prévisible que je ne surprends plus personne, même plus moi-même. Je deviens tellement peureux et protectionniste que je ne prends plus aucun risque. Mais si j’ose me réveiller chaque matin sans savoirs alors je pose un regard neuf et frais sur ce qui m’entoure. Comme le peintre ou l’écrivain face à sa feuille blanche, chaque matin, je plonge dans ma respiration, dans ma pleine présence pour trouver la parole ou le geste juste. Celui qui correspond à l’instant et non pas une parole ou un geste mécanique et répétitif.
Être un Tantrika c’est utiliser toutes les situations de la vie quotidienne pour approfondir la conscience et la présence. Je sens chaque goutte d’eau qui glisse sur ma peau lorsque je prends une douche durant quelques minutes. Je sens la brise sur ma peau quand je marche pour me rendre au boulot. Je laisse mon regard se dissoudre dans le ciel azur, pendant quelques minutes. Je me laisse envahir par la résonance d’une sirène des orteils jusqu’au du sommet du crâne… Être un Tantrika c’est intégrer l’ensemble des expériences sensorielles à la voie. Je ne scinde pas le réel en deux catégories : le profane et le sacré. Je considère que toute expérience est sacrée du moment qu’il y a conscience et présence. Et la qualité et la profondeur de cette présence vont dépendre de ma capacité à laisser la sensation pure. C’est-à-dire vide de tous commentaires, vide de mon arrogance à saisir et m’approprier chaque expérience. Si je trouve la disponibilité et le courage d’offrir l’ensemble de mon être à l’écoute silencieuse et sensorielle de la vie alors je découvre que la réalité est saturée d’absolu. Ainsi mon anxiété s’apaise, je comprends de manière très organique qu’il n’y a rien à modifier, rien à supprimer, rien à bannir puisque tout est l’expression du divin. Dans cet état de détente très profond, très global, mon corps et mon esprit perdent leurs limites et s’unissent naturellement à la totalité.
Être un Tantrika c’est retrouver le goût du jeu, la légèreté de l’enfant et faire au minimum une connerie par jour. C’est arrêter de me prendre tellement au sérieux, et de me croire si important. J’ai le courage de regarder ma prétention de croire que je sais, pour la planète tout entière. Je retrouve l’humilité d’être dans le « je ne sais pas ». Ainsi je laisse tomber l’habitude d’accumuler de l’information et des connaissances limitées à mon point de vue. Je laisse l’intelligence discursive, bavarde, petit à petit se calmer et se taire en cessant de l’alimenter. Et quand le discours et le commentaire sur le monde se taisent, je peux enfin accéder à l’intelligence intuitive. C’est-à-dire une connaissance qui retrouve son universalité, parce qu’elle n’a plus besoin de découper le monde en notion séparées qui s’opposent. Ainsi j’accède à la connaissance qui n’a pas de limite. Ma compréhension est directe, intuitive, elle naît d’un vrai contact avec ce qui est. Elle découle de ma perception sensible et de mon écoute globale. Cette connaissance n’est plus obscurcie par le filtre opacifiant des concepts, des jugements et des croyances qui me dérobent l’essence originelle de la réalité. Elle retrouve sa fluidité, sa fraîcheur et son harmonie avec le monde.
d'après Nathalie Delay - photos robert Sturman
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