Origines

Les textes fondateurs du brahmanisme et de l'hindouisme
- le Véda, texte fondateur de la civilisation brahmanique écrit entre 1300 et 1000 av JC.
- les Upanishad dites « majeures » (bien qu'elles soient déjà un commentaire du Véda), écrites autour de 700 av JC.
- les Yogasutra de Patanjali (ou Yoga-sutra), référence par excellence du yoga.
- la Bhagavad Gita, texte inclus dans le Maharabata, écrite entre 300 av JC et 300 ap JC .
Les textes fondateurs du Hatha-yoga
- la Shiva-Samhitâ, texte récent sur les fondements philosophiques.
- le Hatha-yoga-Pradipika écrit vers le XVème siècle ap JC.
- la Ghéranda Samhita écrite aussi vers le XVème siècle ap JC.
- les Upanishad du Yoga.
- le Vijnana Bhairava.
- le Tantra Loka « la lumière sur les Tantras » écrit par Abhinavagupta tous les deux appartenant au grand courant mystique du shivaïsme du Cachemire, écrit entre le IXème et le 12ème siècle.
- l'Advaïta Vedanta de Sankara (VIIIème siècle).
Les études modernes
- Le Yoga de Mircea Eliade, livre un peu daté, mais toujours passionnant.
- Les techniques du yoga et Patanjali et le yoga toujours de Mircea Eliade.
- Le Yoga et la tradition hindoue de Jean Varenne.
- Comprendre le tantrisme d’André Padoux.
- Le yoga de Tara Michaël.
- Les ouvrages de Colette Poggi, de Pierre Feuga...
- Mieux vivre par le yoga de Lionel Coudron
- Pranayama, la dynamique du souffle André Van Lysebeth
- Hatha-Yoga, Eva ruchpaul................

TEXTES
La GHERANDA SAMHITÂ, traité classique de Hatha Yoga
Traduction de Jean Papin
Probablement écrite au XVe siècle, la Gheranda Samhita est l'un des trois grands traités fondateurs du hatha-yoga, la forme de yoga la plus pratiquée aujourd'hui en Occident, parfois mal comprise ou réduite à sa forme posturale. Candakapali interroge le sage Gheranda.
Description du yoga physique
1. Un jour, Candakâpâli se rendit à la cabane de Gheranda. Il s'inclina respectueusement devant lui, avec vénération et grande dévotion, puis il l'interrogea.
2. Shrî Candakâpâli dit :
Ô Maître et Seigneur du yoga, je souhaite apprendre et maîtriser ce yoga du corps qui mène à la connaissance de la réalité, la science des tattva.
3. Gheranda lui répondit :
Excellent ! Tu m'as interrogé avec beaucoup de fermeté et d'à propos. Je vais, mon enfant, répondre à ton souhait. Ecoute ceci avec attention :
4. Il n'existe pas de lien plus redoutable que mâyâ, la force de «l'apparence»; pas de puissance plus grande que celle du yoga; pas d'ami plus fidèle que jnâna, la connaissance; pas d'ennemi plus farouche que l'ego, ahamkâra.
5. En répétant sans cesse les lettres de l'alphabet on parvient à lire puis à connaître toute science. De même, à force d'entraînement dans le yoga, on peut acquérir la connaissance de la vérité.
6. Les actes, bon ou mauvais, déterminent le cycle des naissances et des renaissances de tous les êtres vivants. Comme la noria tournant sans cesse, ainsi va le karman.
7. Le mouvement de la noria dépend du boeuf qui la fait tourner, de même le principe vital des êtres incarnés traverse vie et mort, soumis à son karman.
8. Le corps se dégrade comme se dissout un pot de terre crue jeté dans l'eau. Il est donc nécessaire de le passer au feu du yoga, de le fortifier et de le purifier.
9. Les sept exercices : Les sept exercices appartenant à cette discipline du corps physique apportent : purification, énergie et fermeté, calme, légèreté, perception sensorielle directe et détachement.
10 -11 Voici donc ces sept disciplines :
D'abord les six actes de purification (satkarman);
puis les postures (âsana) qui permettent d'acquérir la stabilité, les gestes ou sceaux (mûdra) qui donnent la fermeté;
le retournement des sens (pratyâhâra) qui apporte la quiétude;
viennent ensuite le contrôle de l'énergie du souffle (prânâyâma) assurant la légèreté;
puis la contemplation (dhyâna) permettant la perception directe de la conscience de Soi (âtman);
enfin l'enstase (samâdhi) donnant accès à l'émancipation et qui est, sans aucun doute, l'ultime libération.
Par la suite, le texte décrit toutes les disciplines précitées et les techniques de réalisation ; cela peut nous paraitre difficilement réalisable. Cependant, certaines de ces techniques sont abordées pendant la séance de yoga et je vous transmet ce texte pour information.

12. La purification
On doit pratiquer six techniques de purification :
dhauti, les nettoyages;
vasti, les lavements;
neti, le lavage du nez;
laulikî, le barattage du ventre;
trâtaka, la fixation du regard;
kapâlabhâti, les expectorations.
13. - Les nettoyages. Dhauti. On emploie quatre procédés pour purifier le corps :
a) le nettoyage stomacal (antardhauti);
b) le nettoyage de la cavité buccale (dantadhauti);
c) le nettoyage de la poitrine (hriddhauti);
d) la purification du rectum (mulâshodana).
- 14 Le nettoyage stomacal
Le nettoyage stomacal ou antardhauti comprend lui-même quatre pratiques :
- vâtasâra, la purification par l'air;
- vârisâra, la purification par l'eau;
- vanhisâra, la purification par le feu du souffle vital (agni);
- bahiskrita, l'expulsion d'air par l'anus.
15. La purification par l'air - vâtasâra. Contracter la bouche en imitant le bec du corbeau et avaler l'air très lentement pour remplir l'estomac. Faire mouvoir celui-ci de façon à expulser doucement l'air par le passage inférieur.
16. Cette technique de purification par l'air est excellente et très secrète. Elle purifie le corps, fait disparaître toutes les maladies et permet l'accroissement de l'élément feu.
17. La purification par l'eau. Vârisâra. Emplir la bouche jusqu'à la gorge avec de l'eau puis l'avaler doucement. Ensuite faire mouvoir l'estomac puis, en formant un creux, expulser l'eau par l'anus.
18. Ce procédé de purification par l'eau est aussi excellent et très secret. Pratiquer avec zèle, il permet d'obtenir véritablement le corps d'un dieu.
19. C'est le meilleur des nettoyages. Celui qui s'y applique transforme son corps impur en corps céleste.
20. La purification par le feu du souffle vital. Agnisâra. Rétracter cent fois de suite la région ombilicale vers l’arrière, tout contre l'axe vertébral ; c'est la technique de purification par le feu interne qui confère les pouvoirs occultes du yoga;
21. elle guérit les maladies d'estomac et augmente le feu intestinal. Elle doit être tenue secrète et même les dieux la maitrisent avec difficulté. Au moyen de ce seul dhauti on peut obtenir définitivement un corps céleste.
22. L'expulsion de l'air par l'anus. Bahiskrita. Remplir l'estomac d'air en faisant le geste du bec de corbeau (kakimudrâ). Retenir une heure et demie. A la fin, expulser l'air par l'anus en poussant. Ce dhauti reste très secret et ne doit pas être divulgué.
23. Nettoyage complémentaire. S'immerger dans l'eau jusqu'au nombril et laisser sortir le rectum (shaktinâdi). Avec la main laver le boyau jusqu'à ce qu'il ne reste plus de saletés, puis le faire rentrer à sa place dans l'abdomen.
24. Cette purification est secrète et les dieux eux-mêmes y parviennent difficilement. On peut obtenir un corps céleste immuable en utilisant ce seul moyen.
25. Dans cette pratique, celui qui n'a pas le pouvoir de retenir l'air dans l'estomac pendant une heure et demie est incapable de maîtriser ce grand dhauti appelé «l'expulsion par le bas».
- 26. Le nettoyage de la cavité buccale.
La purification de la cavité buccale ou dantadhauti comprend quatre procédés :
- dantamûla, le nettoyage de la base des dents ;
- jihvâmûla, la purification de la base de la langue;
- karnarandhra, le nettoyage des deux conduits auditifs ;
- et kapâlarandhra, le nettoyage de la cavité crânienne ou des sinus.
27. Le nettoyage de la base des dents. Dantamûladhauti. Jusqu'à ce que toute impureté soit ôtée, frotter la base des dents avec du bois d'acacia catechu dont le suc est très protecteur ou bien avec de l'argile purifiée.
28. Les yogin considèrent ce procédé comme un des plus importants dhauti dans la pratique du yoga. Il protège les dents et leur donne de l'éclat. II doit être quotidien. Tous les yogin le préconisent.
29. La purification de la langue. Jihvâshodhana. Je vais maintenant parler très clairement des moyens de purifier la langue. En l'étirant, on vainc la vieillesse, la mort et la maladie.
30. Voici donc cette technique : A l'aide des trois doigts — index, majeur et annulaire— que l'on enfonce au milieu de la gorge, on tire la racine de la langue et on la gratte très lentement. Cela permet de dissiper les troubles du phlegme.
31. Masser longuement la langue avec du beurre frais et du lait, puis évacuer petit à petit cette matière vers l'extrémité à l'aide d'un instrument métallique.
32. On doit faire cela chaque jour avec soin, au lever et au coucher du soleil. Ce travail quotidien permettra l'allongement de la langue.
33. Le nettoyage des conduits auditifs. Karnadhauti. Curer les deux conduits avec l'index et l'annulaire. En répétant cette opération chaque jour on entend le son intérieur (nada).
34. Le nettoyage de la cavité crânienne. Kapâlarandhra.
Avec le pouce de la main droite masser la dépression sinusofrontale. Cet exercice répété préserve des troubles du phlegme ;
35. grâce à lui les nâdî sont purifiées et on obtient la clairvoyance. On doit le pratiquer chaque jour, au réveil, après les repas et le soir.
- 36. Le nettoyage de la poitrine.
Cette purification, ou hriddhauti comprend trois procédés :
- dandadhauti, le nettoyage avec une baguette ;
- vamanadhauti, le nettoyage par vomissement
- et vâsasdhauti, le nettoyage à l'aide d'un tissu.
37. Le nettoyage avec une baguette. Dandadhauti. Enfoncer, puis faire aller et venir dans l'oesophage une tige de bananier plantain, de curcuma ou de roseau. Ensuite la retirer lentement.
38. Ce genre de purification permet l'expulsion par la bouche du phlegme, de la bile et de l’humidité en excès. Ainsi, toutes les maladies de poitrine sont guéries.
39. Le nettoyage par vomissement. Vamanadhauti. L'homme avisé doit, deux heures après chaque repas, boire suffisamment d'eau pour remplir l'estomac jusqu'à la gorge; ensuite, ayant dirigé un instant son regard vers le haut, qu'il vomisse toute cette eau. Cette pratique quotidienne enraye les désordres dus au phlegme et a la bile.
40. Le nettoyage â l'aide d'un tissu. Vâsadhauti. Avaler lentement une bande de tissu très fin, large de quatre doigts puis la retirer. Ceci est appelé le nettoyage interne (dhautikarman).
41. Cette technique guérit la splénite chronique, la fièvre, toutes les affections de la rate, la lèpre. Elle chasse les excès de phlegme et de bile. Celui qui la pratique voit de jour en jour s'améliorer sa santé, croître son énergie et son bien-être.
- 42. La purification du rectum. Mûlashodhana.
Tant que le rectum n'est pas purifié l’énergie vitale descendante de l'excrétion (apana) ne circule pas de façon satisfaisante. II est donc essentiel de purifier le rectum avec soin.
43. A l'aide d'une baguette ou du majeur, on doit sans cesse, et en secret, nettoyer le rectum avec de l'eau afin d'ôter la bile.
44. En pratiquant cette purification on évite la constipation et on combat dyspepsie et indigestion. La beauté et la vigueur augmentent et le système du feu digestif est embrasé.

45. II — Les lavements. Vasti ou Basti. Il y a deux sortes de lavements appelés jalabasti, avec eau, et shuskabasti, à sec. Le lavement avec eau est pratiqué dans l'eau même et celui à sec toujours sur le sol.
- 46. Le lavement avec de l'eau. Jalabasti.
Accroupi dans la posture dite « furieuse » (utkatâsana) s'immerger dans l'eau jusqu'au nombril, puis contracter et dilater l'anus.
47. Ce jalabasti arrête les désordres urinaires, les troubles digestifs et les douleurs nées des désordres de l'élément air. Le corps devient transparent à l'égal de Kâma, le dieu de l'amour.
- 48. Le lavement â sec, sur le sol. Sthala. ou shuskabasti.
Ce lavement à sec se pratique dans la posture dite «montant vers l'Occident» ou pashcimottana. On fait mouvoir lentement le ventre vers le bas, puis on contracte et dilate l'anus au moyen d'ashvinimudrâ, le «geste de la jument».
49. Cette pratique permet d'éviter la constipation, d'augmenter le feu intestinal et de chasser les flatulences.

50. III — Le nettoyage du nez. Neti.
Introduire par une fosse nasale une fine cordelette d'une aune (9 pouces ou 22,5 cm), puis la faire ressortir par la bouche. On appelle cela netikarman ou «guidage du fil».
51. La pratique de cette discipline permet d'obtenir le pouvoir occulte appelé khecarî, le «mouvant dans l'espace »*. Elle guérit les désordres du phlegme et confère la vision divine. * Le pouvoir en question consiste en invulnérabilité et vol magique : câri- qui se meut — kha — espace.
52. IV — Le barattage du ventre. Laulikî ou laukîkî.
Faire tournoyer les muscles du ventre en les poussant et en leur imprimant un mouvement rapide dans les deux sens. Cela détruit toutes les maladies et accroit l’élément feu dans le corps.
53. V — La furation du regard. Trâtaka.
Fixer un objet très petit sans cligner des yeux ni ciller, jusqu'à ce que jaillissent les larmes. Les sages appellent cela trâtaka.
54. Grâce à cette technique on acquiert la maîtrise permanente du «geste de consécration à Shiva », la shambhavimudrâ. Les maladies des yeux sont guéries et on obtient la clairvovance.

55. VI — Les expectorations. Kapâlatbhâti.
Cette purification se pratique de trois manières appelées :
- vâmakrama, « manière à gauche ou plaisante » ;
- vyutkrama, «manière à l'envers» ;
- et shîtkrama., « manière fraîche ».
Elle arrête les dérèglements du phlegme.
56. Vâmakrama. Inspirer par la narine gauche sur idânâdî, expirer par la narine droite sur pingalânâdî, la solaire. Ensuite inspirer à droite sur pingalâ, puis expirer à gauche sur la nâdî lunaire idâ.
57. L'inspir et l'expir doivent être faits sans brusquerie mais suffisamment poussés. Cet exercice combat les désordres du phlegme.
58. Vyutkrama. Aspirer de l'eau par le nez et la rejeter petit à petit par la bouche. C'est ce que l'on nomme vyutkrama qui guérit les déséquilibres du phlegme.
59. Shîtkrama. Aspirer de l'eau par la bouche en faisant le son «shît», puis la rejeter par les narines. Cette pratique yoguique rend semblable à Kâmadeva, le dieu de l'amour.
60. La vieillesse ne manifeste pas et jamais ne surgissent tourment et décrépitude. Le corps devient transparent, les troubles du phlegme sont anéantis.
Tel est le premier enseignement que donna Gheranda à Candakâpâli concernant la discipline des six purifications.

Les postures — Âsana —
1. Gheranda dit :
Au total les postures — âsana — sont aussi nombreuses que les espèces vivantes.
Shiva en a décrit 84 centaines de mille. (plus de huit millions).
2. Parmi elles on en distingue seulement 84 principales et parmi ces 84, 32 ont été retenues comme les plus utiles pour le monde des humains.
3 -. Voici les 32 postures ou âsana, qui permettent d'obtenir la réalisation dans le monde des humains :
siddhâsana - la postures des réalisés.
padma - la posture du lotus.
bhadra - la posture bénéfique.
mukta - la posture libérée ou libre.
vajra - la posture de la foudre ou du diamant.
svastika - la posture bénéfique ou croisée.
simha - la posture du lion.
gomukha - la posture du mufle de vache.
vîra - la posture du héros.
dhanur - la posture de l'arc.
mrita - la posture du mort.
gupta - la posture secrète ou cachée.
mâtsya - la posture du poisson.
matsyendra - la posture de Matsyendra.
goraksha - la posture de Goraksha.
pashcimotta - la posture montant vers l'Occident.
utkata - la posture furieuse.
sankatâsana - la posture étroite
mayûra - la posture du paon.
kukkuta - la posture du coq.
kûrma - la posture de la tortue.
uttânakûrma - la posture de la tortue sur le dos.
uttânamandûka - la posture de la grenouille élevée.
vriksha - la posture de l'arbre.
mandûka - la posture de la grenouille.
garuda - la posture de Garuda ou de l'aigle.
vrisha - la posture du taureau.
shalabha - la posture de la sauterelle.
makara - la posture du monstre marin.
ushtra - la posture du chameau.
bhujanga - la posture du serpent.
yogâsana - la posture du yoga.

7. La pratique des postures.
Chacune de ses postures est décrite ici...
Siddhâsana. La posture des réalisés. Placer un talon comme la région périnéale et presser l'autre cheville sur le membre viril pour réprimer le semen. Le menton fortement appuyé contre la poitrine, se tenir droit et immobile, les sens maîtrisés et le regard fixé entre les deux sourcils. Telle est siddhâsana, la posture des réalisés qui mène à la libération.
8. Padmâsana. La posture du lotus. Placer le pied droit par-dessus la cuisse gauche et semblablement le pied gauche sur la cuisse droite. Croiser les mains derrière le dos et saisir fermement les gros orteils. Serrer le menton contre la poitrine et fixer le regard sur la pointe du nez. C'est ce que l'on appelle padmâsana, la posture du lotus. Elle permet de faire disparaître définitivement la maladie...
...
44 - 45. Yogâsana. La posture du yoga. Retourner les deux pieds et les placer sur les genoux ; y poser les deux mains, paumes en l'air. Inspirer l'air et se redresser. Fixer le regard sur le bout du nez. C'est la posture que les yogin exercés appellent yogâsana.
Tel est le deuxième enseignement que donna Gheranda à Candakâpâli concernant la pratique des postures.

Les gestes ou sceaux — Mudrâ —
1. Gheranda dit : Voici les 25 gestes (mudrâ) qui permettent aux yogin d’atteindre la réalisation (état de siddha)
mahâmudrâ - le grand geste
nabhomudrâ - le geste de l'espace
uddîyânabandha - la contraction de l'envol
jâlandharabandha - la contraction de la gorge
mûlabandha - la contraction de la base
mahâbandha - la grande contraction
mahâvedhamudrâ - le geste de la grande perforation
khécharîmudrâ - le geste qui se meut dans l'espace
viparîtakarîmudrâ - le geste de l'acte inversé
yonimudrâ - les geste de la matrice
vajrolîmudrâ - le geste de la foudre
shakticâlanîmudrâ - le geste du barratement de l'énergie
tâdâgîmudrâ - les geste de l'étang
mânddukîmudrâ - les geste de la grenouille
shâmbavîmudrâ - le geste de Shambhu (Shiva)
pancadhâranâ - les 5 concentrations sur les éléments
ashvinîmudrâ - le geste de la jument
pâshinîmudrâ - le geste de l'éléphante
bhujanginîmudrâ - le geste du serpent femelle

2 Description des mudrâ et de leurs effets.
Voici comment furent présentés ces gestes à l'assemblée des dieux :
«Ô Déesse, la connaissance des mudrâ permet d'obtenir tous les pouvoirs et toutes les perfections. Mais on doit prendre bien soin de les garder secrètes et de ne pas les divulguer à tout le monde. Elles procurent beaucoup de joie au yogin et même les dieux des tempêtes et du vent (marut) les maîtrisent difficilement ».
....

94. Les vertus des mudrâ.
Voilà donc, Ô Canda, cette section concernant les «gestes». Je l'ai développée pour ton édification. Les mudrâ sont aimées de tous les siddha ; elles annihilent la vieillesse et la mort.
95. Mais elles ne peuvent être enseignées aux hommes perfides ou à ceux qui sont dépourvus d'amour. Dans un tel cas, elles ne porteraient aucun fruit. On prendra soin de les garder secrètes. Même les dieux des tempêtes les maîtrisent avec difficulté.
96. Les mudrâ mènent à la fois à la pleine jouissance et à l'émancipation ; elles ne doivent être enseignées qu'aux hommes de grande probité, à ceux qui ont su apaiser leur ental et qui vénèrent profondément leur guide spirituel.
97. Les mudrâ décrites dans cette section possèdent la vertu de supprimer tous les maux. Quand leur pratique devient une habitude quotidienne, le feu digestif s'accroit.
98. Grâce à elles, ni la mort, ni la maladie ne peuvent nous atteindre. Nous n'avons plus aucune danger à craindre du feu, de l'eau ou de l'air.
99. La pratique des mudrâ permet, sans aucun doute, de vaincre les vingt maladies du phlegme et en particulier la toux, l'asthme, la splénite et la lèpre.
100. Ô Canda ! à quoi bon ajouter autre chose ! Pour acquérir pouvoirs et réalisations rien n'égale les mudrâ sur cette terre. Tel est le troisième enseignement que donna Gheranda à Candakâpâlî concernant le yoga physique et spécialement les techniques des mudrâ.

Le retournement de l'activité sensorielle — Pratyâhâra —
1. Gheranda dit : Maintenant je vais te parler de l'excellente discipline du pratyâhâra, le retournement des sens vers le dedans, qui détruit le désir et toute autre passion.
2. Il s'agit de contrôler le mental, ou principe de la pensée, dès qu'il entre en activité. Sa nature étant instable et inconstante, il faut parvenir à le diriger précisément et à volonté vers la conscience intérieure du Soi en arrêtant ses vagabondages incessants.
3. Honneur, mépris, propos élogieux ou effrayants, toutes ces préoccupations sont à extirper du mental qui doit passer sous le contrôle exclusif du Moi profond, l'atman.
4. Toutes les odeurs, délicieuses ou puantes, sont des produits du mental destinés a le distraire. Il est donc nécessaire de pratiquer volontairement le retrait des sens vers le dedans et de mettre le mental (manas) sous le strict contrôle de l'atman.
5. Par l'intermédiaire du mental on perçoit de même les saveurs fondamentales comme le sucre, l'acide, l'amer ou l'astringent. La pratique du pratyâhâra visera donc toujours à soumettre le mental au contrôle du Moi profond, l'atman. Tel est le quatrième enseignement de cette samhîtâ que donna Gheranda à Candakâpâli concernant le yoga physique et particulièrement le pratyâhâra.

Le contrôle de l'énergie du souffle vital —
Prânâyâma —
1. Gheranda dit : Maintenant je vais t'enseigner les règles du prânâyâma, le contrôle du souffle vital. En pratiquant cette discipline l'homme devient semblable à un dieu.
2. L'accomplissement du prânâyâma requiert quatre conditions : d'abord trouver un emplacement adéquat, ensuite choisir le moment propice, puis avoir une alimentation modérée et, enfin, pratiquer la purification des nâdi, les lignes par où circule l'énergie.

3. Choix de l'emplacement.
On ne commencera pas le yoga dans un lieu trop isolé, ni dans une forêt, ni dans une capitale et en présence d'autres hommes. En, agissant ainsi on perdrait toute chance de succès.
4. Dans un site trop isolé on perd confiance ; dans une forêt on est sans protection ; dans la jungle des cités trop peuplées on s'expose ! II faut donc éviter de s'installer dans ces trois endroits.
5. On choisira une contrée agréable et paisible, gouvernée par un roi juste et où la nourriture abonde. C'est là que l'on bâtira un ermitage enclos de murs.
6. Dans l'enclos on prévoira un puits et un réservoir d'eau. Les murs de la hutte ne seront ni trop élevés ni trop bas et on veillera a l'élimination des insectes.
7. La construction de la hutte sera achevée par un bon enduit de bouse de vache. Bien préservé dans un tel emplacement, on pourra alors s'exercer au prânâyâma.

8. Choix de l'époque propice.
II est contre-indiqué de débuter la discipline yogique pendant l'hiver, à la saison fraîche avant le début du printemps, pendant les grosses chaleurs de l'été et dans la période pluvieuse des moussons. On risquerait de contracter des maladies.
9. Le débutant commencera sa pratique au printemps ou en automne. En faisant ainsi il obtiendra un succès durable et évitera mes maladies. 10. Le cycle des six saisons commence au mois caitra, c'est-à-dire environ mars, et se se termine au mois phâlguna; c'est-à-dire environ février, chaque saison occupant une tranche de deux mois. Mais en réalité on les éprouve avec plus de justesse aux périodes de quatre mois, la première débutant au mois mâgha (environ janvier), et la dernière finissant au mois phâlguna. (environ février).
11. Les six saisons et leurs mois :
- Vasanta, le printemps, avec caitra : mars et vaishâkha : avril.
- Grîsma, l'été, avec jyaistha : mai, et âsâdha : juin.
- Varhsâ, la mousson, avec shrâvana : juillet, et bhâdra : août.
- Sharad, l'automne, avec âshvina : septembre, et kârttika : octobre.
- Hemanta, l'hiver, avec mârga : novembre, et pausha : décembre.
- Shishira, la saison froide, avec mâgha : janvier; et phâlguna : février.
12. -14. Mais, comme je te l'ai dit, les saisons se chevauchent et se manifestent surtout par des signes extérieurs. Voici leur description réelle par rapport à l'expérience que nous en avons :
- - le printemps fait ressentir ses effets de janvier à avril.
- - la saison chaude le fait de mars à juin.
- - la saison des pluies de juin à septembre.
- - l'automne d'août à novembre
- - l'hiver d'octobre à janvier.
- - Et la saison froide entre les mois de novembre et de février.
15. Il est important de préciser que la pratique doit donc commencer au printemps ou en automne afin d'obtenir le meilleur succès sans risques de troubles.

16. Les choix diététiques.
Celui qui aborde le yoga sans une certaine modération alimentaire risque également de contracter des maladies et de ne parvenir à aucun résultat.
17. Le yogin mangera du riz cuit, de la farine d'orge ou de froment, des haricots mungo (phaseolus mungo), des haricots phaseolus radiatus, des pois chiches (cicer arietinum). Tous ces végétaux devront être purs, blancs et décortiqués.
18 - 19. II pourra consommer : concombre patola (trichosanthes dioica), fruit de l'arbre à pain (artocarpus integrifolia), taro (arum colocasia), noix de muscade, jujube, noix de bonduc (bonducella guilandina), concombre (curcumis utilissimus), banane, figue, fruit de l'epineux kantaka, banane plantain verte, banane cueillie avant maturité, tige de bananier et ses racines, aubergine (solanum melongena) et des racines médicinales.
20. Les yogin apprécient également les cinq légumes verts dont les légumes frais de saison, les feuilles de concombre patola, le chenopodium album et le légume d'hiver himalocikâ.
21. Cette modération alimentaire consiste à manger avec plaisir ce qui est savoureux et à ne remplir l'estomac qu'a moitié, toujours avec des produits purs, très doux et onctueux.
22. On emplira l'estomac pour moitié de nourriture, pour un quart d'eau, laissant l'autre quart vide pour la circulation de l'air.
23. Au début on évitera le piquant, le sale, l'amer, les aliments frits, le lait caillé et le petit-lait, l'excès de légumes surtout mélangés au fruit de l'arbre à pain, les boissons alcoolisées et les noix de palme,
24. ainsi que les pois doliques (dolichos biflorus), les lentilles rouges (lens esculenta), le fruit du pându (?), la courge benincassa cerifera, les tiges de légumes verts, la courge sauvage lagenaria vulgaris, les jujubes (ziziphus jujuba), la feronia elephantum, le kantabilva (genre de solanée), les feuilles de butea frondosa.
25. II faut y ajouter le kadamba (anthocephalus kadamba), le citron, le fruit rouge de la momordica philadelpha, le fruit laiteux du lakuca (anocarpus lacucha), l'ail, l'aconit, le kamaranga (?), le fruit du pyal (buchanania latifolia), l'assa foetida, le fruit du kapokier (bombax malabaricum) et le kemuka (?).
26-27. Le débutant devra aussi éviter les voyages, la compagnie des femmes et les rituels du feu. II s'abstiendra de beurre frais, de beurre clarifié, de lait, de melasse, de sucre candi, de sucre de canne, de noix de coco, de grenade, de curcuma, de raisin, de lavanî (?), de myrobolam emblique et de tout ce qui contient des jus et des saveurs acides.
28. Par contre le yogin pourra toujours consommer du cardamone, des clous de dirofle très énergétique, de la pomme-rose stimulante, du myrobolam chebule et des dattes.
29. Il s'alimentera à son goût et selon ses désirs pourvu que sa nourriture reste légère, cuite à point, agréable, onctueuse et roborative pour les constituants fondamentaux du corps physique (les 7 dhâtu).
30. Mais les aliments secs et dur à digérer, dangereux , avariés ou puants, brûlants ou rassis, trop chauds ou glacés sont prohibés pour lui.
31. Il évitera également le bain de l'aube, les jeûnes et toutes les macérations qui pourraient affliger le corps, se gardera de ne prendre qu'un repas par jour, ou a fortiori, de s'abstenir totalement, mais pourra manger toutes les trois heures.
32. C'est en suivant ces préceptes avec méthode que le yogin accomplira les exercices de contrôle du souffle. D'une gaçon générale, chaque jour avant de commencer sa pratique, il prendra du lait et du beurre fondu, puis il fera deux repas quotidien à midi et le soir. Voilà ce que l'on peut dire sur les choix diététiques.

33. la purification des nâdi.
Assis sur une natte d'herbe kusha, sur une peau d'antilope ou de tigre, ou encore sur une couverture de laine, le sol étant sec, confortablement installé, face à l'Est ou au Nord, le yogin pratiquera les exercices de prânâyâma après avoir purifié les nâdi.
34. Candakâpâli dit : Ô trésor de compassion : Comment fait-on pour purifier les nâdi ? Je désire tout savoir sur ce sujet; apprends-moi cela, je t'en prie !
35. Gheranda répondit : Tant que les nâdi sont emplies d'impuretés, le souffle ne peut y pénétrer. Dans ces conditions, comment pourrait-on accomplir le prânâyâma ou acquérir la science des tattva. On doit tout d'abord purifier les nâdi, ensuite pratiquer le prânâyâma.
36. Il y a deux sortes de purifications des nâdî : celle qui fait intervenir le mental, samanu, et celle qui n'en tient pas compte, nirmanu.
Samanu est basée sur la technique des bîja ou phonèmes-racines ; nirmanu sur les techniques de purifications physiques.
37. Au début nous avons parlé des procédés physiques de nettoyage c’est-à-dire des «six actes de purification». Maintenant Canda, prends connaissance de la technique mentale de purification des nâdî appelée samanu.
38. Assis dans la posture du lotus, padmâsana, et ayant accompli l'adoration du Guru Suprême selon les instructions de son maître, le yogin s'appliquera à purifier les nadî afin d'obtenir un total succès dans le prânâyâma.
39 - 40. Le sage yogin doit méditer sur le phonème spécifique de l'air (le bija YAM), couleur de fumée et plein d'éclat. Le cycle respiratoire se pratique ainsi (sur la mesure moyenne 16 x 64 x 32) : inspiration par la voie lunaire (narine gauche) en répétant mentalement seize fois le phonème. Rétention de l'air en 64 mâtrâ. Expiration par la narine solaire (narine droite) en 32 mâtrâ avec autant de répétitions du phonème.
41 - 42. Méditer aussi sur l'élément-feu qui a son siège dans le centre du nombril et l'unir au centre de l'élément-terre dans une même lumière. Inspirer par la narine solaire (narine droite) en prononçant seize fois le phonème spécifique du feu (le bîja RAM). Retenir l'air pendant 64 mâtrâ, avec 64 répétitions du phonème. Expirer par la narine lunaire (narine gauche en 32 mâtrâ, avec 32 répétitions du phonème.
43 - 44. Ensuite, fixer l'attention sur la pointe du nez et méditer sur la clarté lunaire en se concentrant sur les taches en forme de lièvre qui apparaissent sur le disque de l'astre. En même temps inspirer par îdanâdi (narine gauche) en prononçant seize fois le bîja THAM. Faire une rétention de l'air pendant 64 mâtrâ, en répétant 64 fois le phonème de l'eau VAM. Pendant ce temps visualiser la liqueur d’immortalité qui purifie toutes les nâdî en s'écoulant à travers elles. Expirer en 32 mâtrâ en répétant la syllabe spécifique de la terre, LAM.*
(* 1 mâtrâ correspond environ à une seconde et 25 dixième, voir 1 seconde et demi)
45. Ces procédés de purification nettoient parfaitement les nâdî. Fermement installé en posture assise on peut alors s'exercer aux divers prânâyâma.

LES HUIT SORTES DE RETENTIONS DU SOUFFLE
46. II y a huit sortes de rétentions (kumbhaka) :
- sahita, la retention «accompagnée» d'inspir et d'expir ;
- suryabheda, la perforation du soleil ;
- ujjâyî, la victorieuse ;
- shîtalî, la rafraîchissante ;
- bhastrikâ, le soufflet ;
- bhramarî, l'abeille ;
- mûrchâ, l'évanouissement ;
- kevalî, la «stupéfiée» ou arrêt indéterminé de la respiration.
1 — SAHITA — Rétention avec inspir-expir
47. La rétention dite sahita comprend deux formes appelées sagarbha «avec semence». Sagarbha emploie les phonèmes-racines, nigarbha ne les emploie pas.
48. Je commencerai par te décrire le premier prânâyâma appelé sagarbha, «avec semence» :
assis dans une posture confortable, fâce à l'Est ou au Nord, on doit méditer sur Brahma. (vidhi), createur empli des qualités de dynamisme du rajas-guna, de couleur rouge et symbolisé par la lettre initiale A.
49. Pendant ce temps, que le sage inspire l'air en 16 mâtrâ par idanâdî, c'est-à-dire par la narine gauche, et à la fin de l'inspiration, mais avant la rétention, qu'il pratique la contraction de « l'envol », uddîyânabandha.
50. Qu'il fasse ensuite une rétention de 64 mâtrâ en répétant autant de fois la lettre U, visualisée de couleur noire et tout en méditant sur Hari-vishnu empli des qualités de pureté du sattva-guna.
51. Enfin qu'il expire en 32 mâtrâ et comme il convient (c'est-à-dire par la narine droite) en prononçant intérieurement la lettre Ma visualisée de couleur blanc-brillant et en méditant sur shiva empli des qualites de désintegration du tamas-guna.
52. II faut ensuite inspirer sur pingalânâdî (narine droite), faire toujours la rétention accompagnée de la concentration, puis expirer sur idânâdî (narine gauche) et continuer ainsi le contrôle du souffle par narines alternées.
53. On doit pratiquer longuement cette respiration alternée. Après l'inspiration et jusqu'à la fin de la rétention on tiendra les deux narines fermées avec les doigts, la droite avec le pouce, l'autre avec l'auriculaire et l'annulaire, l'index et le médius restant libres.
54. Le prânâyâma appelé nigarbha, «sans support», se fait sans répétition de phonèmes.
Avec la main gauche posée sur le genou gauche on peut marquer les cycles d'inspiration, rétention et expiration, cycles dont on élargit la mesure de une à cent mâtrâ.
55. Ce prânâyâma comporte trois mesures : la supérieure, de 20 mâtrâ (le cycle complet étant 20 x 80 x 40), la moyenne, de 16 mâtrâ (le cycle etant 16 x 64 x 32), et la petite, de 12 mâtrâ (le cycle etant 12 x 48 x 24).
56. La pratique de la petite mesure provoque la transpiration. Celle de la mesure moyenne un tremblement parcourant l'axe vertébral. Celle de la mesure supérieure la lévitation. Tels sont les pouvoirs respectifs associés à ces trois prânâyâma.
57. Grâce au prânâyâma on peut voler dans l'espace, grâce à lui toutes les maladies sont éliminées, grâce à lui, encore, l'énergie primordiale (shakti) se réveille, grâce à lui, toujours, on atteint l'état de non-mental et l'esprit éprouve la félicité. Celui qui pratique le prânâyâma est envahi de bonheur.

2 — SÛRYABHEDA - La perforation du soleil
58 - 59. Gheranda dit : Sahita étant décrit, écoute maintenant tout ce qui concerne la rétention appelée sûryabheda : II faut inspirer l'air extèrieur par la nâdî solaire (narine droite) avec toute la puissance dont on est capable. En se concentrant très attentivement et en pratiquant la contraction de la gorge, jâlandharabandha, on doit ensuite tenir la rétention jusqu'à ce que la sueur jaillisse de la racine des ongles et des cheveux.
60. Notons avant tout l'existence de dix souffles vitaux :
- - Prânâ, l'énergie vitale ascendante de la respiration.
- - Apâna, l'énergie vitale descendante et excretive.
- - Samâna, l'énergie vitale de la digestion.
- - Udâna, l'énergie vitale de la toux et de l'expiration.
- - Vyâna, l'énergie vitale diffuse dans le corps.
- - Nâga, l'énergie d'éructation.
- - Kûrma, l'énergie dirigeant le clignement des yeux.
- - Krikara, l'énergie qui provoque l'éternuement.
- - Devadatta, l'énergie du bâillement.
- - Dananjaya, l'énergie de transformation.
61 - 62.
- Le prânâ se meut toujours dans le coeur ;
- apâna dans la sphère de l'anus ;
- samâna, dans la région du nombril ;
- udâna au milieu de la gorge ;
- quant à vyâna, il se diffuse dans tout le corps.
Ces cinq souffles constituent les énergies vitales majeures et portent le nom de prânânâdî (les prânâ fondamentaux du corps subtil). Les cinq autres énergies vitales portent le nom génériques de nâgâdî.
63 - 64. A propos de ces cinq dernières énergies,
- je te dirai que nâgâ permet d'accomplir l'éructation
- et que kûrma permet l'ouverture des paupières.
- Sache aussi que krikara provoque l'éternuement,
- que devadatta dirige le bâillement ou le froncement des sourcils
- et que dhananjaya pénétrant toutes choses, ne disparaît pas avec la mort (c'est l'énergie de décomposition des cadavres).
65.
- L'énergie nâgâ fait accéder à la conscience intérieure ;
- kûrma permet de voir ou de ne pas voir en provoquant l'ouverture et la fermeture des yeux ;
- krikara, qui dirige l'éternuement crée aussi les sensations de faim ou de soif ; comme nous l'avons vu, la quatrième,
- devadatta, provoque le bâillement ;
- enfin, dhananjaya produit le son et la parole : pas un seul instant cette énergie ne quitte le corps.
66 - 67. Il faut tirer toutes ces énergies de leur racine commune dans le sentier ombilical par l'inspiration qui les concentre dans la nâdî solaire (narine droite), puis expirer par îdânâdî (narine gauche), avec calme mais en une puissante impulsion ininterrompue. Recommencer en inspirant toujours par la voie solaire droite, faire une rétention selon la règle de l'art, et expirer à gauche. Continuer ainsi, encore et encore, et toujours dans le même ordre.
68. Cette rétention du souffle appelée «perforation du soleil» vainc la décrépitude et la mort ; elle réveille «l'énergie des profondeurs» la shakti kundali, et attise le feu corporel. Voici ô Canda, ce que l'on peu dire de cet excellent sûryabhedana.

3— UJJÂYÎ - La victorieuse.
69. Bouche fermée, inspirer l'air par les deux narines en le faisant frotter de la gorge à la poitrine, puis le retenir dans la bouche.
70. Après s'être consciencieusement «rincé» la bouche avec cet air, pratiquer la «contraction de la gorge» jâlandharabandha et faire la retention avec toute la force dont on est capable, mais sans gêne.
71 - 72. Grâce à ujjâyî tous les buts sont atteints. L'homme qui le pratique est protégé des maladies du phlegme, mais aussi des douleurs consécutives aux désordres de l'élémént-air, de l'indigestion, de la inauvaise digestion suivie de flatulences, de la tuberculose, des fièvresiet de la splénite. Il a vaincu la vieillesse et la mort.
4 — SHÎTALÎ - La rafraîchissante
73. Aspirer l'air par la langue (avec kakîmudrâ) et emplir l'estomac doucement. Faire une retention pendant un court instant puis expirer par les deux narines.
74. Le yogin doit toujours pratiquer cette shitalî qui est excellente. Grâce à elle il ne contractera jamais de maladies dues aux désordres de kapha et pitta. (le phlegme-eau et la bile-feu) et sera à l'abri des indigestions.

5 — BHASTRIKA - Le soufflet.
75. A l'instar du forgeron qui agite son soufflet rythmiquement, il faut faire mouvoir l'air en un mouvement vif d'inspir et d'expir, à intervalles réguliers, et par les deux narines alternées.
76-7. Après avoir fait vingt cycles consécutifs, on pratique la rétention. A la fin de cette rétention on répète ces frictions d'air comme indiqué précédemment (avec l'autre narine). Le sage doit pratiquer 3 fois par jour ce bhastrikâ suivi de la rétention (la même que pour suryabhedha). Ainsi il n'éprouvera ni maladie ni souffrance et, au fil des jours, il jouira d'une excellente santé.

6 — BHRÂMARÎ - L'abeille
78. A minuit, le yogin s'installera dans un endroit silencieux oû l'on n'entende même pas un bruit d'insecte et il pratiquera inspiration et rétention en obstruant ses oreilles avec les mains.
79 - 80. Ainsi il pourra entendre par l'oreille droite de très belles et très subtiles sonorités internes. D'abord les cliquetis ou stridulations (comme en émet le criquet), puis le son de la flûte, le tonnerre, le son du tambour jharijhara, le bourdonnement de l'abeille, le son d'une cloche ou d'un gong de cuivre, ensuite celui d'une trompe, des timbales, du tambour mridanga, du tambourin et du tambour dundubhi.
81 - 82. Ces sonorités si variées seront révélées par une pratique quotidienne de bhrâmarî. On perçoit ensuite le son inbtérieur (anâhatadhvani) qui résonne en permanence dans le centre du coeur. De cette résonnance intérieure naît une lumière et cette lumière inonde bientôt le mental. Lorsque le mental est totalement absorbé en elle, on atteint la demeure suprême de Vishnu (paramapada). Si on obtient le succès en bhrâmarî, on atteint l'enstase et ses pouvoirs (samâdhi).

7— MÛRCCHÂ - L'évanouissement.
83. Après avoir réalisé la rétention avec aisance, on doit stabiliser le mental par une concentration entre les deux sourcils et se dégager de tout objet de perception sensorielle. Vient alors l'évanouissement du mental; ce qui provoque une joie intense. Le mental (manas) s'identifie au Moi le plus profond (âtman) et la félicité yogique est expérimentée d'une façon durable.
8— KEVALÎ - La stupéfiée.
84. Dans le processus respiratoire, l'air qui entre produit le son SAH, l'air qui est expiré le son HAM. En vérité, chaque être vivant murmure spontanément, 21600 fois toutes les 24 heures, ce mantra qui la gâyatrî informulée (ajapâ gâyatrî).
85. Ce mantra spntané HAMSA est mis en mouvement en trois endroits :
- dans le centre de la base, mûladhâra,
- dans le lotus du coeur (anâhata)
- et là où se rejoignent les deux narines (âjnâ).
86 - 87. Le corps d'énergie mesure 96 pouces de long (180 cm). Selon les formes d'activité physiques, l'énergie vitale du souffle est expulsée à des distances différentes : au repos dans la position naturelle, le souffle expiré parcourt 12 pouces (22,36 cm) ; lorsque l'on chante, 16 pouces (30 cm) ; en mangeant, 20 pouces (38,10 cm) ; en marchant, 24 pouces (44,72 cm) ; pendant le sommeil, 30 pouces (69,85 cm) ; pendant le coït, 36 pouces (78,58 cm). Mais quand on fait un gros effort cette mesure s'accroit considérablement.
88. En réduisant l'expiration naturelle (celle du repos), on augmente les probabilités de longévité maximale. A l'inverse, plus le souffle expiré dépasse cette mesure ordinaire, plus les chances de longévité s'amenuisent.
89. Tant que l'énergie vitale ascendante (prânâ) réside dans le corps, la mort ne se produit pas. La rétention absolue appelée kevala kumbhaka consiste à emprisonner les energies du souffle à l'intérieur du corps physique.
90 - 91. Chaque jour, tous les êtres incarnés récitent inconsciemment et dans la confusion l'ajapâ mantra informulé, sans se préoccuper ni de compter ni de l'isoler du cycle respiratoire. Par contre, les yogin font la kevali d'une manière ordonnée et en comptant. Quand il fait ce qu'il convient, l'homme peut atteindre la « retenue spontanée » kevalî : en doublant le nombre d'ajapâ (c'est-à-dire 30 HAMSA par minute), mais sans respirer, on expérimente bientôt le non-mental (manomanî).
92. Inspirer l'air par les deux narines et accomplir cette rétention «isolée», kevalî. Le premier jour commencer par une seule rétention puis augmenter ainsi jusqu'à 64.
93 - 94. On doit pratiquer kevali huit fois par jour, toutes les trois heures ; ou, si l'on préfère, cinq fois par jour, également environ toutes les trois heures ; d'abord tôt le matin, puis à midi, le soir, à minuit et dans le quatrième quart de la nuit. On peut aussi se contenter de trois séances, matin, midi et soir.
95 - 96. Tant que le résultat n'est pas confirmé, on devra persévérer en augmentant chaque jour d'une à cinq fois la durée de l'ajapâ mantra (HAMSA). Celui qui connaît prânâyâma et kevalî est un véritable yogin, il peut tout accomplir dans ce monde, il a tous les pouvoirs. Tel est le cinquième enseignement de cet ouvrage que donna Shri Gheranda à Candakâpâli concernant le yoga physique et particulièrement le prânâyâma ou contrôle de l'énergie vitale du souffle.

La méditation — Dhyâna —
1. Gheranda dit : Il y a trois sortes de méditations : sur les éléments grossiers, sur les éléments subtils et sur la pure lumière. Celle dite «grossière» a pour support toute matière solide, manifestation ou déités personnifiées. Celle dite «lumineuse» concerne la nature de la lumière du brahman (comme manifestation informelle de l'absolue réalité). Celle appelée «subtile» prend pour support brahma en tant que bindu, le point ultime, et kundalî, la force suprême.

2 - 8. A) Sthûla dhyâna. Méditation sur des supports matériels. Le yogin doit contempler l'incomparable océan de nectar qui réside en son propre cœur. En son milieu, telle un joyau, émerge une île dont le sable est fait de pierres précieuses. De tous côtés poussent des arbres kadamba et d'innombrables fleurs. Ce petit bois de kadamba touffu est entouré d'une sorte de fossé parsemé de jasmins à grandes fleurs, de jasmins sambar et jâtî, de mimosas kesara, de gingembre arbustif, d'érythrines pârijâka et de lotus terrestres dont les fragrances embaument les quatre coins de l'horizon. Au milieu de ce jardin, que le yogin «imagine» un merveilleux arbre kalpa, symbole de toute l'existence d'un univers, avec quatre branches représentant les quatre veda et chargé perpétuellement de fleurs et de fruits. Des abeilles bourdonnent autour et des coucous y chantent. En cet endroit, qu'il visualise un pavillon serti de rubis et en son centre un sofa de toute beauté oû repose sa divinité d’élection. Il lui rendra hommage selon les instructions de son guru ; qu'il la contemple fixement dans son apparence, avec ses ornements et son véhicule. Cette forme d'absorption mentale que l'on pratique quotidiennement s'appelle méditation sur les supports grossiers ou matériels, «sthula dhyâna».
9-11. Voici un autre procédé : On peut aussi visualiser le grand lotus à mille pétales (sahasrara) et, en surimpression sur son péricarpe, un autre petit lotus à douze pétales, de couleur blanche, extrêmement lumineux ; sur ses pétales, et dans l'ordre, les douze phonèmes-racines (bîja) nommés ha-sa-ksa-ma-la-va-ra-yum-ha-sa-kha-phrem ; au milieu de son péricarpe on visualise un triangle formé de trois lignes dont les départs sont marqués respectivement de a-ka et tha. Les trois angles internes portent les syllabes ha-la-ksa et au centre du triangle se trouve le pranava OM.
12. Dans ce même espace contempler ensuite un siège merveilleux constitué du nada et du bindu. Sur ce siège reposent un couple de cygnes et des sandales (celles du guru).
13 - 14. C'est en ce lieu encore qu'il faut méditer sur le guru divin (gurudeva) aux deux bras et aux trois yeux. II est habillé d'un vêtement immaculé, oint d'onguent blanc fortement parfumé et porte une guirlande de fleurs blanches. A ses côtés se tient sa paredre, la shakti, couleur rouge-sang. En contemplant le guru sous cet aspect, on réalise sthûla dhyana.

15. B) Jyotirdhyâna. La méditation sur la « nature de lumière ». Gheranda dit : je t'ai parlé de la méditation sur les éléments grossiers. Écoute maintenant en quoi consiste la méditation sur la nature de lumière ou tejodhyana. Grâce à elle on obtient les « pouvoirs » du yoga et la perception directe de son soi (atman).
16. Dans le centre de la base mûladhara réside la kundalinî qui a la forme d'un serpent. La conscience individuelle (jivatman) se tient là, telle un grain de lumière. On doit se concentrer et méditer sur cette flamme comme étant le brahman C'est cela l'incomparable contemplation sur la «nature de lumière».
17. Voici un autre procédé : Entre les sourcils, au-dessus du mental, il y a une lumière formée du pranava OM. On peut contempler cette lueur et s'intégrer à elle. C'est aussi une technique de méditation sur la «nature de lumière».

18 - 19. C) Sukshmadhyana. Méditation sur des supports subtils. Gheranda dit : Ô Canda, maintenant que je t'ai parlé de la méditation sur la lumière, écoute en quoi consiste celle sur les « supports subtils » ou sukshmadhyâna. Si par quelque heureuse fortune la kundalî est réveillée, elle rejoint la Conscience du Soi (âtman) et sort du corps par la porte des deux yeux. Elle se plait à emprunter la voie royale (la voie causale ou lumineuse), mais ce mouvement ne peut être interprété comme de l'instabilité.
20. Le yogin atteindra la parfaite contemplation en employant le « geste consacré à Shiva appelé shambhavîmudrâ. Cette méditation sur les éléments subtils est très secrète et difficile à réaliser, même par les dieux.
21. On considère que la contemplation sur « la nature de lumière » est cent fois supérieure à la méditation sur les « supports grossiers ». Mais la méditation sur les « éléments subtils », sukshmadhyâna, est cent mille fois supérieure à tejodhyana.
22. Voilà donc ce yoga de la méditation, Ô Canda. C'est une connaissance rare ! Grâce à lui on peut avoir la perception directe de son propre Soi. C'est pourquoi elle se distingue des autres disciplines.
Tel est le sixième enseignement de cet ouvrage que donna Shri Gheranda à Candakâpâlî concernant le yoga physique et particulièrement le dhyânayoga ou pratique de la méditation.

L'enstase ou Identification — Samâdhi —
1. Gheraòda dit : Samâdhi, l'enstase, est le sommet du yoga. C'est une grande chance d'y parvenir. On l'obtient par la grâce et la bienveillance du guru et par une intense dévotion envers lui.
2. Le yogin qui s'appuie sur la connaissance, qui a confiance en son guru et confiance en son Moi le plus profond (atman), celui dont le mental s'éveille de jour en jour à la réalité, c'est lui qui atteindra le plus vite cette enstase merveilleuse.
3. Parmi tous les états de conscience, celui que l'on nomme enstase (samadhi) ou libération (mukti) consiste à déconnecter le mental du corps et à l'unifier au Moi suprême (paratman).
4. Je suis la Réalité, le brahman. Je ne suis rien d'autre, et le brahman est moi. La douleur ne me concerne pas, ne m'affecte pas. Je suis existence-conscience-et-béatitude absolue (sat-cit-ananda). Telle est ma forme propre ! Liberté permanente et spontanéité de l'état naturel.
5 - 6. Il existe quatre sortes de samâdhi :
- Dhyâna-samâdhi, l'identification par la contemplation.
- Nada-samâdhi, l'identification par l'écoute du son interne.
- Rasânanda-samâdhi, l'identification par la félicité née de la perception de la quintessence.
- Laya-samâdhi, l'identification par résorption dans les éléments subtils.
Le succès dans chacun d'eux est assuré respectivement par shambhavî, khecarî, bhramarî et yonimudra. Une cinquième forme de samâdhi est realisée par bhaktiyoga, le yoga de la dévotion. Une sixième forme, enfin, correspond au rajayoga et s'obtient en accomplissant manomurcchakumbhaka, le souffle qui fait s’évanouir le mental.

A) Dhyânayoga samâdhi - l'identification par la contemplation. 7. Après avoir realisé correctement « le geste de Shiva » ou Shambhavîmudra, on obtient la perception directe de son Moi (âtman). Fixer le mental sur ce point de lumière (bindu) comme étant le Soi (brahman).
8. Voir l'espace-vide (kha) comme âtman et l'âtman comme espace-vide. Quand on perçoit le Moi (âtman) comme espace vide, rien ne le limite. Expérimentant ainsi l'état de perpétuelle felicité, l'homme s'établit en samâdhi.
B) Nada yoga samâdhi - L'idendfication par l'écoute du son interne. 9. En retournant la langue vers le haut au moyen de khecarîmudrâ on obtient les pouvoirs de ce samâdhi. Les deux processus sont analogues.
C) Rasananda yoga samâdhi - L'identification par la félicité née de la perception de la quintessence. 10 - 11. Pratiquer la rétention dite « de l'abeille » (bhramarî) après avoir inspiré l'air lentement mais avec force. Puis expirer très doucement en émettant une sonorité semblable au bourdonnement de l'abeille noire. Guider le mental afin de l'absorber entièrement dans cette vibration. II en résulte le samâdhi, avec la perception dirccte de « je suis cela » (so'ham) accompagnée d'une intense félicité.
D) Layasiddhiyoga samâdhi - L'identificarion par resorption des éléments grossiers dans les éléments subtils. 12 - 13. Après avoir accompli « le geste de la vulve » ou yonimudrâ, le yogin doit se voir lui-même comme étant la shakti et substituer le Moi suprême (paramatman) au bienveillant Shiva qui est l'essence de tout. II découvrira alors qu'en lui shiva. et shakti ne sont qu'un : totalité de conscience et d'énergie en-Soi. II réalisera « je suis le brahman, l'absolue Réalité » - ahambrahma - le samâdhi de la non-dualité.
E) Bhaktiyoga samâdhi - L'identification par la dévotion. 14 - 15. On doit méditer, à l’intérieur du cœur, sur sa déité d'élection dans sa forme propre. L'union par la dévotion s'accompagne d'une grande joie et conduit à une réalisation où la félicité est si intense que les larmes jaillissent et que les poils se hérissent. Le samâdhi intervient ainsi que l'effacement de toute formation mentale (manomani).
F) Râja yoga samâdhi - L'identification par le yoga royal. 16. Au moyen de la rétention « qui fait s'évanouir le men-tal» ou manomûrcchakumbhaka, on identifie le mental avec le Moi profond (manas avec âtman). Cette connexion avec le Soi provoque le samâdhi.
17. Voila donc, Canda, la description du samâdhi qui permet l'émancipation. Râjayogasamâdhi - unmani - sahajâvasthâ, c'est-à-dire unification par la voie royale, non-mental, ou état inné, sont des termes synonymes. Ils désignent tous l'immersion dans l'unique en-Soi.
18. Vishnu est dans l'eau, Vishnu est dans la terre. Vishnu réside au sommet des montagnes. Vishnu est au milieu des flammes des volcans. Tout l'univers animé est fait de Vishnu*. (* Visnu maintient le monde. II représente la cohésion de l'ordre cosmique, du dharma. Divinité solaire, protecteur du monde, il permet la perception de l'univers animé dans l'état de veille et la dualité (jagat : ce qui est animé et qui veille). Cette allusion appuyée à Vishnu n’enlève en rien le caractère shivaïte de l'ensemble du texte.)
19. Tout ce qui circule sur la terre, tout ce qui se meut dans les airs, toutes les créatures vivantes, les arbres, les buissons, les lianes, les plantes et les herbes, les mers et les montagnes, tout ce qui est connu est le brahman, le Soi en Soi. Vois tout cela aussi dans l'âtman, le Soi en Moi.
20. Âtnan, le Moi profond inclus dans ce corps est pure conscience, hors de la dualité, éternel, suprême. Sachant qu'il n'appartient pas au corps, qu'il est sans second, il est sans désir.
21. Par le samâdhi on est délivré de toute volonté propre, libre de tout attachement à son corps, à ses enfants, à son épouse, à ses parents ou amis et aux largesses des riches. Réciproquement, si l'on est détaché de tout, sans ego, on obtient très vite le samâdhi.
22. Shiva a révélé de nombreuses réalités cachées telles que la dissolution des mondes et l'immortalité. Je viens de t'en donner un aperçu et de te décrire l'essentiel pour atteindre la libération définitive de tous les conditionnements.
23. Voilà donc, Ô Canda, ce que je voulais te dire au sujet du samâdhi, si difficile à atteindre. Celui qui l'expérimente ne renaît plus dans ce monde.
Tel est le septième enseignement fondamental de cet ouvrage que donna Shri Gheranda à Candakâpâlî concernant le yoga physique et particulièrement le processus d'identification ou samâdhiyoga.

Bhagavad Gîtâ
Bhagavad Gîtâ appartient au grand poème épique Mahabharata, dont il constitue le noyau spirituel. Reflet de la tradition culturelle et philosophique indienne, son message éclaire aujourd’hui encore le sens de nos actions et de nos engagements.
Bhagavad Gîtâ, que l’on pourrait traduire par « Le Chant du Bienheureux » ou « Le Chant du Glorieux Seigneur », est un véritable manuel d’instructions pour la vie, écrit très probablement au IIe siècle avant J-C et issu d’une tradition orale précédente, qui à son tour pourrait remonter, selon certains érudits, jusqu’à plusieurs millénaires.
Voici l’histoire.
Le prince-guerrier Arjuna, sur le point de donner le signal pour déclencher la bataille la plus importante de sa vie et de l’histoire de l’Inde, est saisi de doutes. Pourquoi combattre ? Pourquoi tuer cousins et parents qui se trouvent dans l’armée adverse ? Tout cela est-il vraiment nécessaire ? La réponse arrive par son cocher, Krishna, l’une des nombreuses manifestations terrestres de Vishnu, le dieu lumineux, bienveillant et protecteur qui symbolise la préservation du monde.
Son rôle est de maintenir le Dharma : loi sacrée sur laquelle tout repose. Seule l’Essence divine demeure et est éternelle lorsque meurt la personne : corps physique, émotions, sentiments. Cette Essence (présente en chaque être humain) a été et sera à tout jamais. Krishna répond donc à Arjuna
« Celui qui, sans aspirer au fruit des oeuvres, accomplit l’oeuvre prescrite, est un Renonçant et un Yôgî, mais non celui qui néglige le feu sacré et l’oeuvre sainte », VI 1. (Trad. E.-L. Burnouf, 1861).

En d’autres termes, selon l’enseignement de Bhagavad Gîtâ, chacun à un devoir et un rôle dans le monde et il doit les accomplir avec dévotion, sans aucune considération du résultat, simplement en dédiant de façon sincère ses actions à Dieu. Arjuna doit se lancer dans le combat sans se soucier de qui gagnera ou perdra, en s’engageant au maximum de ses capacités, avec un fort investissement spirituel sur le champ de bataille et en dédiant les fruits de l’action à Dieu.
Le poème, pour utiliser les paroles de Gandhi, « décrit la bataille qui toujours fait rage entre les nombreuses Kaurava et Pandava qui nous habitent. C’est une lutte entre les innombrables forces de l’ombre et de la lumière qui se concrétisent en nous sous forme de vices et de vertus. »
Bhagavad Gîtâ est une invitation courageuse à choisir une vie active, avec des indications très précises sur comment utiliser le yoga pour apprendre à contrôler le mental et le corps
« L’union sainte (le yoga), qui ôte tous les maux, est pour celui qui mange avec mesure, se récrée avec mesure, agît, dort et veille avec mesure», VI, 17.
C’est également la recherche du juste milieu, si importante pour la spiritualité et pour la culture orientale.
Tandis que la tradition religieuse occidentale condamne l’homme à la quête du bien absolu, impossible et frustrant.
Le dialogue divin
La bataille d’Arjuna est aussi, selon Paramahansa Yogananda, une métaphore du conflit personnel pour atteindre la libération. Le champ de bataille est l’action humaine elle-même, où les forces engagées sont l’intelligence de l’âme, opposée aux caprices incontrôlés du mental. Dès sa conception et jusqu’à son dernier soupir, l’homme est amené à livrer d’innombrables batailles, les plus importantes contre lui-même, à cause des inépuisables distractions générées par les pensées et par l’ego. Toutefois, la voie n’est pas celle de la renonciation à l’action, mais bien celle de la renonciation aux résultats. L’action, au contraire, doit être quotidienne (physique, mentale et spirituelle) et poursuivre l’objectif de la libération spirituelle et de l’union avec Dieu. Paramahansa Yogananda envisage des analogies entre la figure de Krishna, dont l’histoire est racontée dans des chapitres précédents de Mahabharata, et celle du Christ. Les deux sont conçus par intervention divine, sont nés dans de conditions difficiles (une prison pour Krishna, une étable pour le Christ) et sont menacés par un édit imposant la mort de tous les nouveau-nés de sexe masculin.
Contradictions
Bhagavad Gîtâ, comme d’autres œuvres issues de la tradition orale et transmises au long des siècles, présente de nombreuses contradictions, en raison de sa longue gestation poétique et de l’évolution de la pensée philosophique qui la sous-tend. Dans la haute Antiquité, les philosophies spirituelles et religieuses étaient principalement à la recherche de critères pour comprendre l’univers et pour aider l’homme à y trouver une place. Elles étaient moins préoccupées par le souci de construire des systèmes logico-mathématiques exempts de dilemmes. La richesse et les contradictions de ce grand poème ont engendré plusieurs interprétations. De celle nationaliste du grand penseur et yogi indien Aurobindo, qui pendant un certain temps y lut une exhortation à la libération révolutionnaire de l’Inde, à celle totalement non violente de Gandhi, qui a peut-être voulu synthétiser le message de Krishna et d’Arjuna avec cette fameuse citation :
« Ce sont les actions qui comptent. Nos pensées, aussi bonnes soient-elles, sont des fausses perles jusqu’à ce qu’elles soient transformées en actions. Sois le changement que tu veux voir se produire dans le monde ». Seulement les pierres n’accomplissent aucune action. Puisque notre souffle est déjà une action, sous entend Gandhi, faisons en sorte que nos œuvres soient bonnes.
par GIANNI DA RE LOMBARDI

UPANISHAD
Cet enseignement spirituel que nous livrent les Upanishads apparaît au IVe siècle av. J.C., délivré par les dieux eux-mêmes ou par le Brahman absolu en personne, aux sept Rishis (Voyants, Sages et pères fondateurs de la civilisation hindoue), lesquels vont continuer leur enseignement aux mortels juqu'au VIIe siècle ap. J.C.
“ Les Upanishads se résument toutes à une enquête visant à éclaircir la vraie nature du Soi. La Bhagavad Gita et les Écritures qui traitent de la libération ont uniquement ce but. ”
108 Upanishad ont été rédigées , dont Hamsa Upanishad, Mandukya Upanishad ; en voici trois autres extraits :

- Rudra Hridaya Upanishad
“ Il y a deux oiseaux qui résident en ce corps, l'âme individuelle et l'Âme suprême.
L'âme individuelle se nourrit des fruits de ses actes, tandis que l'Âme suprême n'est affectée par rien
Elle est uniquement le Témoin. Elle n'accomplit aucun acte. Elle ne fait que prendre, grâce à Sa propre Maya, la forme de l'âme individuelle, tout comme l'espace contenu à l'intérieur d'un pot semble illusoirement différer de l'espace extérieur et prendre la forme du pot.
En réalité, tout est Shiva, tout est non-dualité, tout est Unicité absolue. Il n'existe aucune différence, de quelque sorte que ce soit.
- Katha Upanishad
Tous ceux parmi les êtres sensibles et sages qui réalisent le Soi dans la grotte du cœur, et l'y découvrent comme l'Éternel au sein de l'éphémère, comme la Conscience au sein des objets de conscience, comme l'Un, le Non-duel, qui prodigue néanmoins les objets de leurs désirs aux nombreux humains, – c'est à eux qu'appartient la paix qui n'a pas de fin, et non aux autres.
- Nada-Bindu Upanishad
1. Si la syllabe sacrée Om est un oiseau, c'est un cygne. La lettre A est son aile droite, la lettre U son aile gauche, la lettre M sa queue, et la demi-syllabe (ardha matra) sa tête.
2. Les qualités de dynamisme (rajas) et d'inertie (tamas) sont ses pieds, depuis les griffes jusqu'à l'échine; la qualité de luminosité (sattva) est son corps; la rectitude (dharma) est censée briller dans son œil droit, la fausseté (adharma) dans son œil gauche.
3. Le monde terrestre se trouve dans ses pieds, le monde intermédiaire dans ses genoux, le monde céleste dans ses reins, et le monde divin dans son nombril.
4. Dans son cœur se trouve le monde créateur, dans sa gorge le monde de feu, et au centre de son front, entre les sourcils, le monde de la réalité absolue.

Hatha-Yoga-Pradîpikâ
source natha-yoga.com
Le Hatha-Yoga-Pradîpikâ se divise en quatre sections L'intérêt de faire référence aux textes traditionnels est grand. Ils permettent de ne pas nous fourvoyer et de voir, sans fantaisies, ce qu'est le Yoga.
Ils indiquent clairement le chemin et donnent, dans les grandes lignes, les outils exacts qui servent, sur ce chemin, de véhicule. Bien sûr ils doivent être interprétés. Cette interprétation devient le manuel d'utilisation et apporte les éclaircissements nécessaires.
Il est exact que l'on doivent les considérer comme des aides mémoires, l'essentiel devant rester l'enseignement oral.
Ces textes donnent des techniques, une méthodes, des conseils, suffisamment précis pour nous indiquer ce qu'est le yoga et, à fortiori, ce qu'il ne peut pas être.
* * *
Nous connaissons en Français deux traductions de ce texte, toutes deux complémentaires. La première, la plus ancienne, une référence est celle de Tara Michaël parue aux éditions Fayard dans la collection "Documents spirituels".
La deuxième est celle de Swami Muktibodhanada Saraswati avec les commentaires de Swami Satyananda Saraswati parue aux éditions Satyanadashram. Cette traduction moins rigoureuse que la précédente, a des commentaires - très abondants et bien illustrés - plus intéressants pour un "Yogi contemporain".
La datation de la Hatha-Yoga-Pradîpikâ est assez aléatoire, comme tous textes concernant un enseignement oral. Néanmoins elle a fait sa première "apparition officielle" vers le XVme siècle. Selon l'avis le plus généralement admis, le Yoga - et particulièrement sa branche Tantrique dont le Hatha-Yoga fait partie - est une science et une pratique multi-millénaire qui trouve son origine en Inde, à une époque bien antérieure à l'arrivée des Aryens.
Le Yoga n'est apparu dans les textes védiques (Veda, Upanishad, Epopées, etc ...) que très progressivement, au fur et à mesure que la tradition védique incorporait des éléments, des puissances divines, des rites et des pratiques de la très ancienne tradition Shivaïte. Malgré la pression visant à l'incorporer, à l'aryaniser, le Yoga est resté une pratique à part. Ne tenant compte ni de religion, ni de dieux, ni de castes, ni d'aucune différences entre les humains, il continue allègrement à se situer, dans la tradition hindoue, en dehors de la religion Bramhanique. Méthode destinée à amener l'éveil de la Conscience, le Hatha-Yoga base ses pratiques sur l'éveil de l'énergie fondamentale: Kundalinî.
L'énergie Cosmique, sous ses divers aspects luminueux, vibratoires, sonores, mentaux, etc ... est l'objet du travail et de l'attention des Yogi. Les notions de plaisir, de pouvoir, de jouissance, de magie, de transcendance, résonnent comme des échos au coeur de l'expérience du Hatha-Yoga.
Voie de dépassement et de puissance, le Hatha-Yoga est une voie de volonté chevauchant les énergies féroce du cosmos et de l'humain. C'est la voie de l'effort violent. Violence liée à la conscience et au vouloir de façon à donner une chance, si minime soit-elle, au Yogi de se sortir des liens de la Nature. Ces liens sont si profondément ancrés dans tous les niveaux de l'être humain, qu'une puissante volonté, s'aparantant à une violence terrible, est indispensable pour avancer sur ce chemin. Pourtant cette violence n'est pas égotique, dirigé contre ou pour quelque chose. Elle n'est qu'énergie fulgurante qui, tel l'éclair, pétrifie le mental et illumine la Conscience.
C'est le propos de notre texte. C'est le propre du Hatha-Yoga. C'est le défi du Yogi.
Notes sur la traduction Cette traduction a été faite avec un soucis de fidélité au texte originel mais aussi dans un effort de clarté et de compréhension par rapport à la langue française et au sens réel des pratiques décrites.

CHAPITRE 1
1) Que la Gloire illumine Adinâtha qui enseigna la science du Hatha-Yoga. Celui-ci brille comme une échelle pour qui désire accéder à l’éminent Râja-Yoga.
2) Après avoir rendu hommage à la Conscience par l’intermédiaire de son propre guru, Le Yogi Svâtmârâma expliqua la science du Hatha-Yoga dans le seul but de pouvoir atteindre le Râja-Yoga.
3) Svâtmârâma, compatissant, offre cette petite lumière sur le Hatha à ceux qui errent dans l’obscurité produite par la multiplicité des opinions car ils ne connaissent pas le Râja-Yoga.
4) Matsyendra, Goraksha connurent en premier lieu la science du Hatha-Yoga. Le Yogi Svâtârâma pu ensuite l’apprendre grâce à eux.
5) Les Sages Adinâtha, Matsyendra, Shâbara, Anandabhairava, Caurangî, mîna, Goraksha, Virûpâksha, Bileshaya.
6) Les Yogi Manthâna, Bhairava, Siddhi, Buddha, Kanthadi, Korantaka, Surânada, Siddhapâda, carpati.
7) Kânerî, Pûjyapâda, Nityanâtha, Niranjana, Kapâlin, Bindunâtha, Kâkacandishvara.
8) Allâma, Prabhudeva, Ghodâcoli, Tintini, Bhânukî, Naradeva, Khanda-Kâpâlika,
9) Tous les Yogi parfaits, à commencer par ceux-ci, parcourent librement l’Univers, ayant vaincu la mort grâce à la puissance du Hatha-Yoga.
10) Le Hatha-yoga est un refuge, tel une cellule, pour ceux qui sont affligés par toutes sortes de souffrances. Le Hatha-Yoga est comme la tortue qui soutient les mondes pour ceux qui pratiquent toutes formes de Yoga.
11) le Yogi qui veut atteindre la perfection doit tenir secret, de la façon la plus absolue, la science du Yoga. Cette science tenue cachée est puissante, mais divulguée perd toute sa vigueur.
12) Celui qui désire pratiquer le Yoga doit se mettre au centre d’une petite cellule isolée, sans pierre, ni eau, ni feu ayant la dimension dans son rayon d’un arc, dans un pays bien gouverné, qui soit exempt de catastrophes et de conflits, dans lequel la loi est observée et où÷ les aumônes sont prodiguées avec largesse.
13) Les caractéristiques de cette cellule, décrites par les Siddha qui pratiquent le Hatha-Yoga sont les suivantes: elle doit avoir une petite porte, aucune fenêtre, elle doit être sans trou ni creux au sol, ni trop haute ni trop basse, bien badigeonnée de bouse de vache, propre, sans insecte. L’extérieur doit comporter un pavillon, un espace réservé, un puits et être entouré d’un mur d’enceinte.
14) Immobile dans la cellule précédemment décrite, le yogi, abandonnant tous soucis, doit pratiquer sans cesse et exclusivement le Hatha-Yoga enseigné par son Maître.
15) Il y a six causes qui rendent inefficace la pratique du Yoga: une nourriture trop abondante, des efforts trop violents, les bavardages inutiles, l’observation d’obligations religieuses particulières , les relations avec les gens, l’inconstance.
16) Le Yoga réussi parfaitement grâce à six qualités: la détermination inébranlable, l’ardeur, la persévérance, la connaissance du réel, la certitude, l’abandon de la fréquentation des gens.
17) Pour commencer nous allons décrire les âsana qui constituent le premier membre du Hatha-Yoga. Les âsana rendent le corps stable, sain et ses diverses parties légères .
18) Je vais décrire quelques âsana adoptés par les sages, tel Vasistha, et les Yogi , tel Matsyendra.
SVASTIKASANA 19) Après avoir placé correctement chaque plante de pied entre le genou et la cuisse opposé, on doit se tenir le plus droit possible et correctement assis: cette posture est appelée svastika.
GOMUKHASANA 20) Mettre le talon gauche sur le côté droit de la base du dos et le droit sur le côté gauche: ceci est gomukhâsana, semblable au museau d’une vache.
VIRASANA 21) Mettre fermement un pied sur la cuisse opposée et cette cuisse sur l’autre pied: ceci est appelé virâsana (la posture du héros).
KURMASANA 22) S’asseoir de façon stable, en comprimant l’anus avec les deux talons mis en ordre inverse: ceux qui connaissent le Yoga savent que cela est kûrmâsana (la tortue).
KUKKUTASANA 23) Après s’être assis en padmâsana (le lotus), le yogi place fermement les sur le sol, après les avoir faites passées entre les genoux et les cuisses, et il se soulève ve, restant ainsi en l’air: ceci et le kukkutâsana (le coq).
UTTANAKURMASANA 24) Partant du kukkutâsna, après avoir solidement entouré le cou avec les deux bras, on se met sur le dos comme une tortue renversée: ceci est appelé uttânakûrmasana (la tortue renversée).
DHANURASANA 25) Saisir les orteils avec les mains et les tirer vers soi jusqu’aux oreilles en tendant le corps comme un arc: ceci est appelé dhanurâsana (l’arc).
MATSYENDRASANA 26) Après avoir saisi le pied droit posé à la base de la cuisse gauche et le pied gauche posé contre l’extérieur du genou droit, se redresser le buste tourné dans la direction opposé: ceci est l’âsana enseigné par Sri Matsyendranâtha.
27) Matsyendrâsana est l’arme qui détruit quantité de terribles maladies: grâce à une pratique assidue de celle-ci, le feu digestif des hommes est ranimé, la kundalinî réveillée et le nectar lunaire stabilisé.
PASCIMATANASANA 28) Que l’on allonge les jambes au sol, droites comme des bâtons, et que l’on attrape l’extrémité des pieds avec les mains; après avoir posé le front contre les genoux, que l’on reste ainsi: ceci s’appelle pascimatâna.
29) Ce paschimatâna, réputé entre tous les âsana, fait circuler le prâna dans toute la colonne, ravive le feu gastrique, maintient svelte et procure la santé.
MAYURASANA 30) Que l’on pose fermement les mains au sol, en plantant les coudes sur les côtés du nombril, s’élevant en l’air, que l’on reste dans cette position surélevée, rigide comme un bâton. Ceci est appelé mayûra (le paon).
31) Mayûrâsana détruit rapidement toutes les maladies, à commencer par la dilatation de la rate et l’hydropisie; elle vainc les troubles des trois humeurs dans le corps; Elle brûle complètement la nourriture prise en exagération et celle qui est nocive; elle ravive le feu digestif et permet de digérer jusqu’aux poisons mortels (kâlakûta).
SHAVASANA 32) S’étendre à terre sur le dos comme un cadavre: ceci est le Shavâsana. Le Shavâsana élimine la fatigue et repose l’esprit.
33) Shiva a décrit 84 âsana: d’entre ceux-là je vais expliquer les quatre essentiels.
34) Le groupe des quatre meilleurs est composé comme suit: siddha, padma, simha et bhadra. D’entre eux ils est bien de pratiquer le plus fréquemment possible le confortable siddhâsana.
SIDDHASANA 35) Le siddhâsana: que l’on place un talon contre le périnée et l’autre fermement appuyé sur le pénis; après avoir pressé le menton sur la poitrine, le yogi ferme et stable, avec ses sens maîtrisés, concentre son regard immobile sur l’espace intersourcilier. Ceci est appelé siddhâsana, qui ouvre la porte pour la libération finale.
36) Après avoir placé la cheville gauche sur le sexe, appuyer dessus celle-ci l’autre cheville: ceci est siddhâsana.
37) Certains l’appelle siddhâsana, d’autre la connaissent comme vajrâsana; certains la dénomment muktâsana; certains autres la définissent comme guptâsana.
38) Les siddha savent aussi que de la même manière qu’une nourriture modérée est le plus important des yama et l’absence du désir de nuire le meilleur des niyama, siddhâsana est la posture la plus importante.
39) D’entre les 84 âsana, siddhâsana doit être continuellement pratiquée, elle qui purifie les 72 000 nâdî.
40) Le yogi qui médite sur l’âtman et qui se contente d’une nourriture peu abondante durant 12 ans, obtient la réalisation finale grâce à la pratique continuelle de siddhâsana.
41) Quel besoin d’autres âsana quand la perfection est atteinte dans siddhâsana? Quand le prâna est contrôlé de façon habille grâce au kumbhaka (arrêt du souffle) absolu, le stade unmanî (non mental) se produit de lui-même, sans effort.
42) D ès que l’unique siddhâsana est maîtrisé, les trois bandha (contractions) viennent d’eux-même, spontanément.
43) Il n’y a pas d’âsana pareil à siddhâsana, pas de kumbhaka supérieur à kevala (spontané), pas de mudrâ (geste) égal à khecharî, pas de laya (dissolution) équivalente à celle en nâda (son).
Padmâsana 44) On place le pied droit sur la cuisse gauche et le gauche sur la cuisse droite, on saisi fermement les orteils avec les mains préalablement passées dans le dos; on appui ensuite le menton sur la poitrine et on fixe la pointe du nez: ceci est appelé padmâsana, qui détruit complètement les maladie pour ceux qui observent les yama.
45) Après avoir collé, avec la puissance voulue, les pieds avec les plantes retournées en l’air sur les cuisses opposées et, simultanément, après avoir placé les mains les paumes retournées vers le haut sur le cuisses,
46) Que l’on dirige le regard sur le bout du nez, et que l’on mette la pointe de la langue contre la base des incisives, que l’on appui le menton sur la poitrine et que l’on fasse remonter lentement le prâna:
47) Ceci est appelé padmâsana, qui détruit définitivement toutes les maladies. Celui-ci est difficilement réalisable par une personne ordinaire, seuls les sages y arrivent sur terre.
48) Après avoir atteint la stabilité dans padmâsana et avoir également mis les paumes de mains en position concave, que l’on presse avec force le menton contre la poitrine; que l’on immobilise le mental dans la contemplation du Brahman et que l’on dirige maintes fois le souffle descendant vers le haut, tandis que l’on pousse vers le bas le prâna inspiré. Grâce à cela, à la puissance de la Shakti, l’homme obtient l’éveil impérissable.
49) Le Yogi assis en padmâsana qui rend stable le souffle inspiré à travers les nâdî atteint la libération. Il n’y a aucun doute la dessus.
Simhâsana 50) Le Yogi doit placer les chevilles sous les testicules, de part et d’autre du périnée, la cheville gauche sur le côté droit et la droite sur le côté gauche.
51) Après avoir placé les mains, avec les doigts largement Écartés, sur les cuisses respectives, qu’il ouvre tout grand la bouche et fixe la pointe du nez avec un mental très concentré.
52) Ceci est simhâsana, honoré comme étant parmi les meilleures postures par ceux qui pratiquent le Yoga. Cette posture doit être accomplie avec les trois bandha fait ensembles.
Bhadrâsana 53) Le Yogi place ses chevilles sous les testicules, sur les deux côté du périnée, la cheville droite sur le côté droite et la gauche sur le côté gauche.
54) Il saisi ensuite fermement avec les mains, de façon très stable, les côtés des pieds: ceci s’appelle bhadrâsana qui détruite toutes les maladies. Les siddha et les yogi la nomment gorakshâsana.
55) Alors le meilleur d’entre les yogi, libéré de la fatigue accumulée dans la pratique des âsana et des bandha ainsi décrits, exécute la purification des nâdî , les mudrâ, etc ... et l’exercice du souffle vital, prânâyâma.
56) Les âsana, les divers types de kumbhaka, la pratique des mudrâ, l’écoute attentive du son intérieur: ceci est l’ordre dans lequel les exercices doivent être exécutés dans le Hatha-Yoga.
57) Celui qui observe le voeu de chasteté, ainsi qu’une nourriture modérée, qui a renoncé à la vie mondaine, qui se consacre entièrement au Yoga, devient un siddha au bout d’une année, il ne peut y avoir aucun doute là dessus.
58) Un régime est dit modéré s’il est constitué par une nourriture assez grasse et douce en quantité qui laisse libre le quart de l’estomac et qui est mangée pour les délices de Shiva.
59) La nourriture am re, acide, piquante, salée, qui surchauffe le corps, la verdure, la soupe de farine d’avoine acide, l’huile de sésame, les graines de sésame, la moutarde, les boissons fermentées, les poissons, la viande à commencer par celle de la ch èvre, le lait caillé, le petit lait, la variété de légumes dits kulattha (pois doliques), les jujubes, les gâteaux de sésame, l’ail, sont contre-indiqués.
60) On doit savoir qu’il y a des aliments contraires pour un yogi: les plats réchauffés, ce qui est sec (sans ghî), trop salé, acide, avarié, les légumes en trop grande quantité, doivent être Évités.
61) D ès le début de la pratique du Yoga il faut s’abstenir d’utiliser ou de manipuler le feu, de fréquenter les femmes et d’entreprendre des voyages. Selon l’enseignement de Gorakhsa: on doit éviter la proximité des gens malveillants, le feu, la femme, les voyages, le bain à l’aube, le jeûne et les paroles inutiles, ainsi que les observances religieuses qui sont cause de souffrance pour le corps.
62) les meilleures céréales sont: le blé, le riz, l’orge, la variété de riz appelée sastika, le lait, le beurre clarifié, le sucre non raffiné, le sucre candi, le miel, le gingembre sec, le fruit du patolaka, les cinq sortes de légumes, le lØgume mudga, l’eau pure, sont renommés comme étant le meilleur pour les yogi.
63) Le Yogi doit se nourrir d’aliments nourrissants, donnant une nourriture très douce, grasse, mélangée avec du lait et du ghî, en proportions correct permettant de nourrir les éléments constitutifs du corps, appétissante et appropriée.
64) Que l’on soit jeune, dans l’âge mûr ou âgé, malade ou faible, on obtient la réalisation grâce à la pratique infatigable des exercices et de tous les aspects du Yoga.
65) Celui qui pratique les actes prescrits dans le Yoga obtient la réalisation ultime: comment pourrait-on l’obtenir si l’on s’abstient d’agir? La réalisation du Yoga ne s’obtient pas la simple lecture des textes.
66) Ce n’est ni le fait de s’habiller en yogi, ni le fait de parler du Yoga qui est la cause de la réalisation finale, mais c’est bien la pratique et elle seule qui est cause de cette réalisation. Ceci est vrai, sans aucun doute.
67) Les âsana, les différentes sortes de kumbhaka et les autres excellentes techniques, toutes doivent être utilisés dans la pratiques du Hatha, jusqu’à l’obtention du fruit, le Râja-Yoga.

CHAPITRE II
1) Maintenant le Yogi qui a dominé ses passions intérieures et qui a une alimentation équilibré et modérée, après qu’il ait acquis la stabilité dans l’âsana, doit pratiquer selon les enseignements de son Maître le Prânâyâma.
2) Quand la respiration est instable, le mental est instable; quand la respiration est stable, le mental est stable et le Yogi atteint l’immobilité. C’est pour quoi l’on doit maîtriser la respiration.
3) On dit qu’il y a la vie dans le corps tant qu’il y a le souffle vital; la mort correspond au départ du souffle vital: 4) Lorsque les nâdî sont obstruées par des impuretés, le prâna ne peut circuler dans la sushmna: comment peut-on alors atteindre l’état non-mental? Comment peut-on atteindre la réalisation finale? 5) Quand le circuit entier des nâdî obstruées par les impuretés devient pur, alors le Yogi devient expert dans le prânâyâma. 6) C’est pour cela que le Yogi doit pratiquer constamment le prânâyâma avec le mental imprégné de l’élément Sattva, jusqu’à ce que les impuretés qui se trouvent dans la nâdî sushumnâ soient éliminées. 7) Le Yogi s’étant assis en padmâsana doit inspirer le prâna avec la narine gauche et, après l’avoir retenu le plus longtemps possible, qu’il l’expire avec la narine droite. 8) Ensuite il doit inspirer lentement le prâna par la narine solaire jusque dans son ventre; Après avoir effectué la rétention de souffle comme il a été dit, il doit expirer par la narine lunaire. 9) Ainsi doit-on inspirer avec la narine par laquelle on vient d’expirer, puis retenir le prâna le plus longtemps possible et ensuite expirer doucement par l’autre narine, sans acoup. 10) Si l’on inspire le prâna par Idâ, après l’avoir retenu, on doit expirer par l’autre nâdî. Après avoir inspiré avec Pingalâ, et avoir retenu le souffle, on doit l’expirer par la nâdî gauche. Chez ceux qui savent se dominer et qui pratiquent continuellement de la façon prescrite l’exercice de respiration alternée à travers idâ et pingalâ, l’ensemble des nâdî est purifié en trois mois. 11) Il faut pratiquer les rétentions de souffle (dans le prânâyâma) quatre fois par jour: à l’aube, à midi, au crépuscule et à minuit, progressivement jusqu’à en faire 80 à chaque fois. 12) Cette pratique produit au stade initial un grande chaleur, au stade intermédiaire des tremblements et au stade ultime elle permet d’atteindre le lieu appelé la porte de brahma (Brahmarandhra): C’est pour cela que l’on doit contrôler le prâna. 13) On doit se frotter avec la transpiration produite par cet effort: grâce à cela le corps obtient force et légèreté. 14) Au début de la pratique une nourriture riche en lait et en beurre clarifié est prescrite; Quand la pratique est bien installée cette prescription devient inutile. 15) Comme un lion, un éléphant, un tigre ne peuvent être domptés que très progressivement, de la même façon doit-on faire avec le prâna, autrement il détruit celui qui le pratique. 16) Toutes les maladie disparaissent grâce au prânâyâma correctement exécuté. Par contre une pratique incorrecte engendre toutes sortes de maladies. 17) Le hoquet, l’essoufflement, la toux, les douleurs de tête, d’oreilles, d’yeux et d’autres maladies viennent du dérèglement du prâna. 18) On doit inspirer le prâna, l’expirer et le retenir selon la méthode correcte: ainsi obtient-on la parfaite réalisation de ses pouvoirs. 19) Quand les nâdî sont nettoyées apparaissent sans aucun doute des signes extérieurs: minceur et beauté du corps. 20) En conséquence de ce nettoyage des nâdî naît la capacité de retenir son souffle à volonté, le feu digestif se ravive, le son intérieur se manifeste et la bonne santé s’installe. 21) Celui qui souffre d’un excès de graisse ou de flegme doit, avant de commencer le prânâyâma, pratiquer les six actes purificatoires; les autres n’ont pas besoin de les accomplir parce que les trois éléments sont déjà équilibrés en eux.. 22) Ces six actes sont: dhauti, vasti, neti, trâtaka, nauli et kapâlabhâti. 23) Ces six actes qui sont des moyens pour purifier le corps doivent être tenus secrets; Doués de qualités extra-ordinaires, ceux-ci sont considérés comme étant parmi les meilleures pratiques par les Yogi. Dhauti: nettoyage interne.
24) On doit avaler lentement, selon les directives du Maître, une bande d’étoffe humide longue de 15 hasta (+/- 50 cm) et large de 4 doigts; ensuite on doit la ressortir. Cet acte est appelé dhauti. 25) La toux, l’essoufflement, le dérèglement de la rate, la lèpre ainsi qu’une vingtaine de maladies dues au flegme sont éliminées grâce au pouvoir du dhauti-karman, il n’y a là-dessus aucun doute possible. Vasti: lavement.
26) On se met dans l’eau jusqu’au nombril dans la posture utkatâsana, on insère une canule dans l’anus; puis on contracte le rectum et on exécute le lavement: ceci est vasti-karman. 27) Par le pouvoir de vasti-karman on peut vaincre toutes les maladies issues du vent, du feu et du flegme; le dilatation de la rate, toutes formes de maladies abdominales et l’hydropisie. 28) Le vasti pratiqué dans l’eau pure, effectué régulièrement, améliore le fonctionnement des constituants du corps (rasa, rakta, mâmsa, medas, asthi, majjâ, sûkra) , donne la beauté et détruit l’évolution de toutes les affections morbides. Neti
29) On introduit un petit cordon long de 40 cm, bien lubrifié, dans une narine et on le fait sortir par la bouche: ceci est appelé neti par les siddha. 30) Neti purifie la tête, procure la vision divine (subtile) et élimine rapidement toutes les sortes de maladies qui peuvent se manifester au dessus des épaules. Trâtaka.
31) On doit fixer avec les yeux immobiles et l’esprit très concentré un petit objet jusqu’à ce que les larmes coulent: ceci est appelé par les Maîtres trâtaka. 32) Trâtaka libère des maladies oculaires et barre la porte à l’indolence: c’est pour cela qu’il doit être tenu secret avec détermination, comme s’il était un coffret plein d’or. Nauli.
33) Les épaules étant inclinées, on doit agiter le ventre de gauche à droite avec la puissance d’un tourbillon: cela est appelé nauli par les siddha. 34) Ce nauli, couronnement des exercices du Hatha-Yoga, ranime le feu gastrique affaiblit, augmente la puissance de la digestion, donne une joie continuelle et détruit tous les malheurs. Kapâlabhâti.
35) Lorsque l’expiration et l’inspiration sont rapides comme un soufflet de forgeron, cette pratique est connue comme étant le kapâlabhâti qui détruit les maladies issues du flegme. 36) Après avoir éliminé l’obésité, les désordres causés par le flegme, les impuretés, etc. grâce aux six actes, il faut pratiquer le prânâyâma: alors le succès sera obtenu sans effort. 37) Toutes fois certains Maîtres disent que toutes les impuretés sont détruites par le prânâyâma et ne conseillent aucune autre action. Gajakaranî: l’acte de l’éléphant.
38) Après avoir fait monter apâna jusque dans l’oesophage, il faut vomir les substances contenues dans l’estomac. Ceux qui pratiquent progressivement cette technique peuvent connaître et maîtriser le circuit des nâdî. Ceux qui sont experts en Hatha-Yoga appellent cette technique gajakaranî. 39) Même Brahmâ et les trente dieux à cause de la terreur que leur inspirent la mort pratiquent intensément le contrôle du souffle vital: C’est pourquoi on doit pratiquer le prânâyâma. 40) Quand le prâna est arrêté dans le corps, quand le mental est parfaitement concentré, quand le regard se fixe dans la shambavi, qui peut avoir peur de la mort? 41) Quand le circuit des nâdî est nettoyé par la pratique correcte du prânâyâma, le souffle vital pénètre aisément dans la sushumnâ après en avoir percé l’ouverture. 42) Quand le souffle vital est entré dans cette voie du milieu le mental devient stable et paisible: cet état d’immobilité mentale est le stade appelé manonmanî. 43) Ceux qui en connaissent les règles pratiquent les différents types de kumbhaka afin de réaliser l’état non mental. On obtient divers pouvoirs par la pratiques de ces diverses kumbhaka. Kumbhakabheda
les différents types de kumbhaka.44) Les kumbhaka sont huit: sûryabhedana, ujjâyin, sîtkârin, shîtalî, bhastrikâ, bhrâmarin, mûrcchâ et plâvinî. 45) La fin de l’inspiration doit être suivie par le bandha appelé jâlandhara. La fin de la rétention et le début de l’expiration doit être accompli uddîyâna-bandha. 46) Contractant simultanément la gorge et la partie basse du corps (périnée) et tirant vers le dos la région abdominale, le prâna peut pénétrer dans brahmanâdî. 47) Le yogi qui tire le souffle descendant (apâna) vers le haut et qui pousse le souffle montant (prâna) à la gorge vers le bas est libéré de la vieillesse et retrouve la vigueur d’un enfant de 16 ans. Sûryabhedana
48) le yogi, s’étant mis en posture sur un siège confortable, inspire lentement l’air extérieur avec la narine droite. 49) Il retient son souffle jusqu’à la limite de ses propres capacités de sorte que le prâna arrive jusque dans ses cheveux et au bout de ses ongles. Puis, le plus lentement possible, il doit expirer le souffle vital par sa narine gauche. 50) Sûryabhedana doit être pratiqué continuellement car il purifie la tête, détruit les malheurs issus d’un dysfonctionnement du vent ainsi que les maladies causées par les vers. Ujjâyin.
51) La bouche étant fermée, on inspire lentement l’air par les deux narines, de façon à ce qu’il parcoure le corps de la gorge au cœur en produisant un son. 52) On doit retenir le prâna comme indiqué précédemment pour l’expirer ensuite par la narine gauche. Ceci élimine les maladies de la gorge dues au flegme et augmente le feu gastrique dans tout le corps. 53) Cela aboutit à l’élimination des troubles dans les nâdî, de l’hydropisie et des maladies qui concernent les constituants du corps (dhâtu). La rétention de souffle appelée ujjâyin peut être exécutée aussi bien en étant immobile qu’en marchant. Sîtkârin.
54) Il faut émettre le son "Sît" avec la bouche durant l’inspiration et expirer avec les seules narines: grâce à une pratique constante (de sîtkârin) on devient un deuxième Dieu de l’amour (Kâma). 55) Celui qui pratique sîtkârin est vénéré par l’ensemble des yoginî. Il est Maître de l’émission et de la résorption (les siennes et l’équivalent sur le plan universel). Ni la faim, ni la soif, ni le sommeil, ni la paresse ne se manifeste désormais en lui. 56) Grâce à cette pratique le yogi, libéré de toutes infortunes, acquierre une puissance inouïe et devient sans aucun doute le meilleur de tous les yogi du monde. Shîtalî.
57) Il faut inspirer l’air avec la langue, puis accomplir la rétention du souffle comme indiqué précédemment, et enfin expirer lentement l’air avec les deux narines. 58) La kumbhaka nommée Shîtalî détruit complètement toutes les maladies de l’estomac, les désordres de la rate, etc., la fièvre, les crises de bile, la faim, la soif et tous venins ingérés. Bhastrikâ.
59) Quand on place ensembles les plantes des pieds, de la façon correcte, sur les cuisses, cela s’appelle Padmâsana qui élimine tout empêchement (dans la voie du yoga). 60) Après avoir pris impeccablement Padmâsana, le mental stabilisé, le coup et le dos parfaitement alignés, on ferme la bouche et on expire avec force par une narine. 61) Ainsi doit-on faire circuler le prâna dans la poitrine, la gorge, jusque dans la tête en produisant un son. Puis l’on doit inspirer l’air avec force jusque dans le lotus du coeur. 62) Ensuite on expire de nouveau, comme précédemment indiqué, et on inspire, et ainsi sans arrêt. De la même façon que le soufflet est utilisé violemment par le forgeron, 63) de la même façon doit on faire méthodiquement avec l’air qui est dans le corps. Quand le corps se fatigue, on doit inspirer par la narine droite. 64) On ne doit pas attendre que la cage thoracique se remplisse, et fermer puissamment les narines, sans utiliser l’index et le majeur. 65) Après avoir exécuté kumbhaka comme il est prescrit, on expire le prâna par idâ nâdî. Ceci augmente le feu du ventre dans le corps et détruit les maladies qui leur origine dans la perturbation des éléments vâta, pitta et kapha. 66) Ce bhastrikâ est auspicieux, il réveille rapidement kundalinî, nettoie, donne du plaisir. Il élimine le blocage de kapha qui se trouve à la base du brahmanâdî. 67) Il perce les trois noeuds (granthi) qui se trouvent immuablement le long de la Sushumnâ. C’est pour cette raison que ce kumbhaka appelé bhastrikâ doit être pratiqué sans faille. Bhrâmarin.
68) L’inspiration, particulièrement violente, doit produire un son similaire au bourdonnement d’une abeille mâle. L’expiration, très douce, doit produire un son pareil à celui d’une abeille femelle. Grâce à la pratique de cet exercice, béatitude et plaisir apparaissent dans la conscience des meilleurs parmi les Yogi. Mûrcchâ.
69) A la fin de l’inspiration, jâlandhara étant fermement mis, on expire lentement: Ceci est appelé mûrcchâ qui donne joie te évanouissement de l’esprit. Plâvinî.
70) Le yogi qui a le ventre plein de l’air qu’il a abondamment inspiré dans tout son corps flotte avec facilité sur une eau profonde, comme une feuille de lotus. 71) Le prânâyâma est connu comme triple: composé de recaka, pûraka et kumbhaka. Kumbhaka est considéré comme double, l’un est sahita et l’autre kevala. 72) Il faut pratiquer sahita kumbhaka jusqu’à ce que l’on obtienne le succès dans kevala kumbhaka qui est la suspension, plein d’aisance, du prâna après que inspiration ou expiration aient disparus. 73) Kevala kumbhaka: c’est lui seul qui doit être appelé prânâyâma. Une fois que le Yogi est devenu expert dans kevala kumbhaka, sans inspiration ni expiration, 74) il n’existe pour lui plus aucune chose difficile à obtenir dans les trois mondes. Celui qui est capable , grâce à kevala kumbhaka, de retenir son souffle autant qu’il le désire, 75) atteint le stade du Râja-Yoga, il n’y a aucun doute. Grâce au kumbhaka s’éveille kundalinî; grâce au réveil de kundalinî susumnâ est débarrassé de ce qui l’obstruait et le succès dans le Hatha-Yoga est atteint. 76) Le Râja-Yoga ne réussit pas sans le Hatha-Yoga, pas plus que le Hatha-Yoga sans le Râja-Yoga; C’est pour cela qu’on les pratique ensembles jusqu’à la réalisation finale. 77) A la fin de la rétention du souffle réalisée grâce au kumbhaka le mental doit être sans support: En fait, au moyen de cette pratique, on se hisse au niveau du Râja-Yoga. 78) Les indices du succès dans le Hatha-Yoga sont la minceur du corps, le teint lumineux, l’audition du son intérieur, une vision extrêmement claire, la santé, le contrôle du sperme, l’accroissement du feu intérieur et le nettoyage complet du circuit des nâdî.

Chapitre III
1) De même que le Seigneur des serpents est le soutien de la terre avec ses montagnes et ses forêts, de la même façon Kundalinî est le support de toutes les pratiques du Yoga.
2) Lorsque la belle kundalî endormie est éveillée par la grâce du Maître, à ce moment tous les Chakra et les Granthi sont perforés.
3) Le sentier qui était vide devient alors la voie royale du Prâna: le mental n’a plus de support et la mort cesse d’exister.
4) Sushumnâ (le nâdî central), shûnyapadavî (le chemin des 7 vides), brahmarandra (la porte de l’absolu), mahâpatha (la grande voie), smashâna (le lieu de crémation), shambhavî (celle qui donne le bonheur), madhyamârga (la voie du milieu) sont tous synonymes.
5) Pour cela il faut s’adonner avec force à la pratique des Mudrâ afin de réveiller la Déesse endormie à la porte de Brahmâ.
6) Mahâmudrâ, Mahâbandha, Mahâvedha, khecarî, Uddîyânabandha, Mûlabandha ainsi que le bandha appelé Jâlandhara,
7) Karanî connu comme viparîta, Vajrolî, shakticâlana sont les dix Mudrâ qui détruisent vieillesse et mort.
8) Ces Mudrâ révélés par Adinâtha, d’origine surnaturelle, confèrent les huit pouvoirs du Yoga. Ils sont chéris par les Siddha et difficiles à maîtriser, même pour les êtres célestes.
9) Ceux-ci doivent être tenus impérativement secrets comme s’il s’agissait d’un coffre à bijoux. Il ne faut en parler à personne comme on le ferait d’une relation intime avec une femme mariée.
Mahâmudrâ 10) On comprime le périnée avec le talon du pied gauche et après avoir allongé devant soi la jambe droite, on saisi fermement le pied droit avec les mains.
11) Tandis que l’on fait la contraction de la gorge, il faut essayer de faire remonter le Prâna vers le haut dans Shusumnâ. Grâce à cela, tel un serpent dérangé par un coup de bâton se réveille et se dresse comme une baguette,
12) La Shakti enroulée s’érige subitement: à cet instant ceci génère pour les deux nâdî (courcircuités) - Idâ et Pingalâ - un état de mort.
13) Puis on expire très lentement et sans violence: voilà en vérité comme est décrit Mahâmudrâ par les puissants Siddha.
14) Toutes les afflictions sont détruites particulièrement les grandes causes de douleur (klesha) et la mort. C’est pour cette raison que les meilleurs parmi les sages la nomment Mahâmudrâ.
15) Après l’avoir pratiqué avec côté lunaire du corps, il faut la pratiquer de suite avec le côté solaire. Quand on a fait un nombre de fois égal à gauche et à droite, on peut arrêter de pratiquer cette Mudrâ.
16) Il n’y a plus de nourriture indiquée ou contre-indiqué pour qui la pratique. tous les aliments ayant n’importe quelle saveur, et même sans saveur, jusqu’aux poisons les plus dangereux, sont digérés comme s’il s’agissait d’une ambroisie.
17) Les maladies de celui qui pratique Mahâmudrâ sont éliminées, à commencer par la consomption, la lèpre, la constipation, les maladies abdominales, l’indigestion.
18) Voilà comment est décrite cette Mahâmudrâ qui confère les grands Pouvoirs aux hommes. Elle doit être réellement tenue secrète et ne pas être révélée à qui que ce soit.
Mahâbandha. 19) Il faut placer le talon du pied gauche contre le périnée et le pied droit sur la cuisse gauche.
20) Il faut alors inspirer le Prâna et appuyer fermement le menton contre la poitrine, contracter l’anus et diriger le mental dans le Nâdî central.
21) Après avoir maintenu le souffle le plus longtemps possible, il faut expirer lentement. Une fois exécuté du côté gauche, cet exercice doit être fait du côté droit.
22) Toutefois certains pensent que dans cette occasion la contraction de la gorge doit être évitée et qu’il est possible de faire Jihvâbandha qui consiste à presser la langue contre les incisives.
23) Ceci arrête le mouvement ascendant du Prâna dans tous les Nâdî (sauf Susumnâ). Ce Mahâbandha permet surement d’obtenir les Siddhi.
24) C’est un moyen supérieur pour se libérer du lien produit par le lasso de la mort. Il provoque l’union des trois Nâdî et permet au mental d’atteindre le Keradâ (Ajnâ chakra).
Mahâveda 25) Comme la beauté et le charme d’une femme sont vains sans homme, ainsi Mahâmudrâ et Mahâbandha sont sans résulta s’il manque Mahâveda.
26) Le Yogi étant assis en Mahâbandha, le mental bien concentré, doit faire une inspiration et arrêter fermement avec Jâlandharabandha le cours des souffles vitaux.
27) Après avoir mis les paumes de mains au sol, il frappe délicatement le sol avec les fesses. Le Prâna quitte les deux Nâdî et parcours en vibrant le canal central.
28) Ainsi se produit l’union de la Lune, du Soleil et du Feu qui donne l’immortalité. Quand l’état de mort (dans Idâ et Pingalâ) est atteint, le Prâna doit être expiré.
29) Quand il est pratiqué Mahâveda donne les Siddhi, élimine les rides, les cheveux blancs et les tremblements. C’est pour cela qu’il est pratiqué par les meilleurs d’entre les Yogi.
30) Cette triade est le grand secret qui élimine la vieillesse et la mort, augmente le feu digestif et donne les pouvoirs surnaturels, tel animan.
31) Elle doit être exécutée tous les jours, huit fois, toutes les trois heures. A chaque fois elle donne plus de puissance et élimine les obstacles. Ce premier moyen de réalisation constitué par les trois Mudrâ peut être rapidement maîtrisé par ceux qui ont reçu un enseignement correct.
Khecarî 32) Quand la langue retournée à l’intérieur pénètre dans la cavité du crâne et que le regard est concentré entre les sourcils, ceci est Khecarî-mudrâ.
33) On allonge progressivement la langue en l’incisant, en la manipulant et en la tirant jusqu’à ce qu’elle puisse atteindre l’espace entre les sourcils. Alors Khecarî est réalisée.
34) Quand on a pris une lame polie, propre et assez coupant comme la feuille du Snubî, on entaille avec prudence le frein qui se trouve sous la langue sur la dimension d’un cheveu.
35) Il faut ensuite appliquer sur la coupure du sel gemme et du myrobolan jaune en poudre. Au bout de sept jours il faut de nouveau tailler de l’épaisseur d’un cheveu.
36) Il faut faire cela correctement et régulièrement pendant six mois. A la fin des six mois le frein de la langue est coupé.
37) Après avoir retourné la langue vers l’intérieur, il convient de l’appliquer sur les trois Nâdî: ceci est Khecarî-mudrâ, appelée également Vyoma-chakra.
38) Le Yogi qui peut rester ainsi la langue tournée vers le haut durant la moitié d’un Kshana, évite les poisons, les maladies, la mort, la vieillesse.
39) Pour celui qui connaît Khecharî-mudrâ il n’y a plus ni maladie, ni mort, ni fatigue, ni sommeil, ni faim, ni soif, ni torpeur.
40) Celui qui connaît Khecharî-mudrâ n’est plus oppressé par les maladies, n’est plus concerné par le Karma, n’est plus emprisonné par le temps.
41) Cette Mudrâ est appelée Khecarî par les sages parce que le mental se meut dans l’espace entre les sourcils et que la langue a atteint cet espace.
42) Le sperme du Yogi qui a scellé la partie supérieure du palais avec la Khecarî ne se répand plus, même s’il est caressé par une jeune femme pleine de désirs.
43) Même si le sperme se met en branle et qu’il a déjà bougé dans les testicules, il peut être encore arrêté par la Yoni-mudrâ et aspiré avec puissance prendre le courant ascensionnel (Urdhvaretas).
44) Un tel maître en Yoga, qui peut rester immobile avec la langue tournée vers le haut, qui peut boire le Soma, peut sans aucun doute vaincre la mort au bout d’une quinzaine de jours.
45) Le Yogi dont le corps est saturé par le nectar lunaire devient éternel. Même s’il est mordu par Takshaka en personne, le poison ne peut se répandre en lui.
46) Tout comme le feu n’abandonne pas le combustible, ni la flamme la mèche imbibée d’huile, ainsi la conscience incarnée ne lâche pas le corps plein de cette ambroisie lunaire.
47) Celui qui se nourrit régulièrement de viande de vache et boit la liqueur divine, je le considère comme un homme de haute lignée. Les autres gâchent leurs origines.
48) Le mot "vache" signifie la langue et son positionnement dans la partie postérieure du palais signifie "se nourrir de viande de vache". Ceci enlève les obstacles.
49) La "liqueur divine" est cette essence distillée par la lune qui est produite directement par la chaleur qui vient de l’insertion de la langue au fond du palais.
50) Si la langue touche constamment cette grotte qu’est le fond du palais, faisant ainsi couler la liqueur d’immortalité, elle expérimentera le goût salé, amer, acide, lacté, sucré, et celui comparable au beurre clarifié. Ceci guérit des maladies, détruit la vieillesse, protège de toute agression armée, donne l’immortalité, les huit Siddhi ainsi que celui de fasciner les jeunes filles célestes aux formes parfaites.
51) La bouche positionnée en hauteur et la langue fermant la grotte du palais, le Yogi qui médite sur la superbe Shakti et qui boit la liqueur lunaire composée de cette onde qui coule goutte à goutte de la tête vers le lotus à seize pétales, libérée grâce au Prâna, par la puissance même du Hatha-Yoga, est délivré des maladies et vit très longtemps avec un corps lumineux et beau comme la tige d’un lotus.
52) Une grotte couverte de neige se trouve au sommet du mont Meru. Les sages affirme que la Réalité s’y trouve. Celle-ci est la source des tous les courants descendants. De la Lune s’échappe le nectar suprême, essence du corps, de qui vient la mort pour les hommes. Il faut donc l’immobiliser avec ce moyen merveilleux parce que d’aucune autre façon on ne peut obtenir la perfection du corps.
53) Cette grotte est le point de confluence des cinq énergies qui procurent la connaissance. Dans la pureté de ce vide se trouve la Khecarî.
54) Il y a une seule vibration à l’origine de la création; un seul Mudrâ, la Khecarî; Une unique conscience qui est sans support; un seul état, le manomanî.
Uddîyâna-bandha 55) Uddîyâna est ainsi appelé par les Yogi parce que grâce à lui le Prâna, après qu’il soit immobilisé, s’élève le long de la Susumnâ.
56) Parce que le grand oiseau est prêt à s’envoler, le bandha qui va maintenant être décrit se nomme Uddîyâna.
57) Attirer l’abdomen qui se trouve sous le nombril vers l’intérieur, contre la colonne vertébrale: voilà l’Uddîyâna-bandha qui, tel le lion, vainc l’éléphant de la mort.
58) Lorsque Uddîyâna est enseigné par un Maître il se réalise toujours naturellement. Celui qui le pratique sans arrêt, même s’il est vieux, redevient jeune.
59) Le Yogi doit rétracter vers l’intérieur avec violence la région supérieure et inférieure du nombril. Qui pratique cela pendant six mois vainc sans aucun doute la mort.
60) Uddîyâna est le bandha le plus important. Lorsque Uddîyâna-bandha est maîtrisé, la libération a lieu spontanément.
Mûla-bandha 61) En pressant les talons sur le périnée, on contracte l’anus en tirant Apâna vers le haut: ceci est nommé Mûla-bandha.
62) Ou bien on force à aller vers le haut Apâna, lequel a un cours descendant, grâce à la contraction: ceci est appelé par les Yogi Uddîyâna-bandha.
63) Après avoir serré l’anus avec les talons on doit comprimer avec puissance et à maintes reprises le Prâna, jusqu’à ce que le souffle vital aille vers le haut.
64) Quand Prâna et Apâna, Nâda et Bindu sont unifiés grâce à Mûla-bandha, on peut atteindre la perfection absolue du Yoga, il n’y a aucun doute.
65) Grâce à l’union entre Prâna et Apâna on obtient une diminution de l’urine et des excréments. Avec une pratique continuelle de Mûla-bandha, même celui qui est vieux redeviendra jeune.
66) L’Apâna, après qu’il ait pris son cours ascendant, rejoint la région du feu. Alors la point de la flamme, pénétrée par le souffle vital, rentre en expansion.
67) Quant l’Apâna et le feu réunis atteignent le Prâna, chaud de nature, se développe alors dans le corps un feu particulièrement brûlant.
68) Surchauffée par cela, la kundalinî endormie se réveille entièrement. Elle se redresse en sifflant à la manière réelle d’un serpent heurté par un bâton.
69) De la même façon que le serpent rentre ensuite dans son trou, Kundalinî pénètre dans Susumnâ-nâdî. Voilà pourquoi les Yogi doivent pratiquer jours et nuits Mûla-bandha.
Jâlandhara-bandha 70) On contracte la gorge en pressant solidement le menton contre la poitrine. : Ce bandha destructeur de la vieillesse et de la mort est appelé Jâlandhara.
71) Ainsi est bloqué le filet des Nâdî ainsi que l’écoulement descendant de la liqueur qui vient goutte à goutte de la voûte céleste. Ce bandha qui élimine tous les troubles de la gorge est dit Jâlandhara.
72) Grâce à l’exécution de Jâlandhara-bandha qui est caractérisé par la contraction de la gorge, Amrta ne tombe plus dans le feu du ventre et Prâna devient calme.
73) Avec la contraction déterminée de la gorge les deux Nâdî se ferment puissamment.On doit savoir que cette contraction est identique au Chakra du milieu qui contrôle les seize Adhâra.
74) Après avoir correctement contracté le périnée, on fait Uddîyâna-bandha. Ayant ainsi bloqué Idâ et Pingalâ, on peut faire monter le Prâna le long de la colonne vertébrale.
75) Grâce à cela le Prâna devient stable et c’est pour cela que ne survient plus la maladie, la vieillesse et la mort.
76) Ceux-ci sont les trois meilleurs bandha, pratiqués par ceux qui ont des pouvoirs. Les Yogi savent que ce sont les moyens pour obtenir la réussite dans toutes les pratiques du Hatha-Yoga.
77) Quelque soit le fluide qui coule de cette Lune à l’aspect merveilleux, tous seront dévorés par le Soleil. C’est la raison pour laquelle le corps s’use.
78) Il existe pourtant un excellent moyen pour abuser la bouche du Soleil. Celui-ci ne peut être appris même par l’intermédiaire d’innombrables textes sacrés mais seulement par l’enseignement du Maître.
79) Celui qui met son ventre en haut et son palais en bas, le Soleil se trouve en hauteur et la Lune en contre bas. Ceci, qui est dit position inversée, ne peut être appris que par l’enseignement du Maître.
80) Celui qui fait ce geste tous les jours voit son feu digestif ravivé et il est nécessaire de préparer une grande quantité de nourriture pour un tel pratiquant.
81) S’il a peu de nourriture, le feu digestif la consumera en peu de temps. Le premier jour il doit rester les pieds en l’air et la tête en bas pour quelques instants seulement.
82) Puis, jour après jour, on doit le pratiquer un peu plus. Après six mois les rides et les cheveux blancs disparaissent. Celui qui peut le pratiquer trois heures tous les jours vainc la mort.
Vajrolî 83) Celui qui connaît bien Vajrolî, même s’il agit selon ses envies sans suivre les prescriptions du Yoga, celui- ci est un Yogi, réceptacle des Siddhi.
84) Pour cela, je dirai les deux choses difficiles à obtenir pour quiconque: une c’est le lait, l’autre c’est une femme qui soit soumise à sa volonté.
85) Une homme ou une femme qui pratiquent correctement avec le sexe une contraction progressive vers le haut, atteignent la perfection dans Vajrolî.
86) En utilisant un tube adéquat, on souffle avec précaution et graduellement dans l’urètre, de façon à libérer le passage pour l’air.
87) Par la répétition de cette pratique on peut faire remonter le sperme qui serait dans le lieu des délices féminins. On peut ainsi préserver sa propre énergie qui a commencé à bouger en la faisant remonter.
88) Le connaisseur du Yoga qui préserve son sperme vainc la mport. La mort vient de l’émission du Bindu, la vie de la rétention du sperme.
89) Des odeurs voluptueuses émanent du corps du Yogi qui retient son sperme. Tant que le Bindu est immobile dans le corps quelle raison y-a-t-il d’avoir peur de la mort?
90) Chez les hommes le sperme dépend du mental et la vie du sperme. C’est la raison pour laquelle il faut contrôler avec force le sperme et le mental.
91) Celui qui connaît le Yoga, par la pratique intense de Vajrolî, doit faire remonter son sperme avec son sexe. Ainsi préserve-t-il sa propre énergie et celle de sa compagne.
Sahajolî 92) Sahajolî et Amarolî sont deux types de Vajrolî qui ont des résultats identiques. Il faut mélanger à de l’eau de la cendre consacrée de bouse de vache.
93) Après avoir pratiqué l’union sexuelle selon la méthode de la Vajrolî, dès qu’ils ont fini, l’homme et la femme, encore sous le charme de l’état de félicité, doivent masser leur splendide sexe avec ce mélange.
94) Ceci est nommé Sahajolî, pratique que les Yogi doivent connaître comme efficace et bénéfique, qui donne la libération grâce à l’unification produite par le plaisir sexuel.
95) Cette pratique réussit seulement avec ceux qui en ont une parfaite maîtrise, qui sont résolus, qui voient la Réalité, qui sont libérés de l’égoïsme et non avec ceux qui sont avides.
Amarolî 96) Que l’on jette le premier flux du sperme à cause de son excès de bile et le dernier qui n’a plus de substance pour ne garder que la partie du milieu qui est fraîche. Voilà l’Amarolî prisé par les Khanda-Kâpâlika.
97) Boire régulièrement le nectar d’immortalité en l’aspirant chaque jour du milieu de la région nasale et pratiquer correctement Vajrolî est également appelé Amarolî.
98) Le fluide lunaire qui circule grâce à cette pratique doit être unit à la puissance de la conscience et maintenu dans la partie supérieure du corps. Ceci développe la vision absolue.
99) Si la femme, grâce à la maîtrise acquise par une pratique correcte, arrive à aspirer le sperme de l’homme tout en préservant sa propre énergie sexuelle par le moyen de Vajrolî, elle est reconnue comme une vrai Yogini.
100) Elle ne perd sans aucun doute la moindre parcelle de son énergie sexuelle et dans son corps la résonance intérieure (Nâda) est devenue Bindu.
101) Ce Bindu et cette énergie sexuelle, après qu’ils se soient unis et stabilisés dans son propre corps grâce à la pratique continue de vajrolî, procurent tous les Siddhi.
102) Celle qui préserve son énergie sexuelle avec la contraction vers le haut est assurément une Yogini. Elle connaît le passé et le futur et a obligatoirement la capacité de se mouvoir dans l’espace.
103) Grâce à la pratique ininterrompue de Vajrolî on obtient la perfection du corps. Cette pratique confère tous les mérites et aboutit à la libération en jouissant aussi du plaisir.
Shakticâlana 104) Kutilangî, Kundalinî, Bhujangî, Shakti, Ishvarî, Kundalî, Arundhatî sont tous des nmns synonymes.
105) Comme quelqu’un ouvre une porte avec une clé en utilisant la force, de la même façon avec le Hatha-Yoga, grâce à Kundalinî, le Yogi débloque la porte de la libération.
106) La Suprême Déesse est endormie. Avec sa tête elle ferme l’ouverture du chemin à travers lequel la résidence de Brahmâ - libre de toute souffrance - doit être atteinte.
107) La Shakti Kundalî est endormie au dessous du Kanda. Ceci est soit pour la libération du Yogi , soit pour l’esclavage de l’imbécile. Celui qui la connaît, connaît le Yoga.
108) La Kundalî est décrite par tout le monde comme enroulée à la façon du serpent. Celui qui met en mouvement cette Shakti est libéré, il n’y a aucun doute.
109) Il faut s’emparer avec violence de cette jeune veuve ascétique qui se trouve entre Gangâ et Yamunâ. Ceci conduit à la demeure suprême de Vishnu.
110) Idâ est le vénérable Gange (Gangâ). Pingalâ est le fleuve Yamunâ. La jeune veuve qui se trouve entre Idâ et Pingalâ est Kundalinî.
111) Il faut réveiller ce serpent endormi en le saisissant par la queue. Après avoir abandonné son sommeil à cause des pratique du Hatha-Yoga la Shakti fuse vers le haut.
112) Matin et soir il faut agiter ce serpent qui demeure là par mouvement circulaires, pendant environ une heure et demi, l’ayant saisie par la méthode du Paridhâna, après avoir inspiré par le Nâdî solaire.
113) Le Kanda mesure douze doigts en hauteur et quatre en largeur. On dit qu’il est doux, blanc et ayant l’apparence d’une étoffe enveloppante.
114) Se tenant en Vajrâsana, on saisit fermement les pieds avec les mains. Le Kanda se trouve alors près des chevilles et doit être pressé contre elles.
115) Le Yogi, assis en Vajrâsana, après avoir fait bouger Kundalî, devra enchaîner immédiatement après le Bhastrikâ pour réveiller dans l’instant Kundalî.
116) Celui qui fait la contraction du Soleil et qui met en mouvement Kundalî ne doit pas avoir peur de la mort, quand bien même tomberait-il entre ses griffes.
117) Ainsi il faut quelle soit agitée sans appréhension durant deux Muhûrta. Dès qu’elle a pénétré un peu dans Susumnâ il faut la tirer vers le haut.
118) Grâce à cela Kundalinî libère obligatoirement la bouche de la Susumnâ et ainsi le Prâna peut-il pénétrer spontanément dans Susumnâ.
119) Voilà pourquoi il faut secouer continuellement Arundhatî tranquillement endormie. La mise en action de son mouvement est la cause réelle par laquelle le Yogi est libéré des maladies.
120) Le Yogi qui met en route la Shakti détient les Siddhi. Quel besoin a-t-il d’autres discours. Il se défait de la mort comme si c’était un jeu.
121) Le Yogi qui observe constamment la maîtrise sexuelle et la nourriture conseillée en quantité modérée, grâce à la pratique continue de l’ébranlement de Kundalinî obtient le succès au bout d’un cycle d’une quarantaine de jours.
122) Après avoir mis en mouvement la kundalinî, il est conseillé de pratiquer le Bhastrikâ. Comment pourrait-il y avoir peur de la mort pour le disciple qui pratique sans arrêt cette méthode?
123) Pour remuer les impuretés des 72 000 Nâdî, quel autre moyen de purification existe-t-il si ce n’est de continuer la pratique de l’ébranlement de Kundalinî?
124) Le Nâdî central du Yogi devient droite grâce à une ferme et continuelle pratique des Asana, du Prânâyâma et des Mudrâ.
125) A ceux qui se sont libérés du sommeil par cette pratique assidue et qui ont le mental arrêté grâce au Samâdhi, Shambhavî et les autres Mudrâ leur accordent une réalisation parfaite.
126) Sans le Rajâ-Yoga la terre ne brille plus, sans le Rajâ-Yoga la nuit est inutile, sans le Rajâ-Yoga les Mudrâ, pourtant si merveilleux, ne resplendissent pas.
127) C’est avec le mental concentré que l’on doit s’adonner à toutes les pratiques concernant le Prâna. Le sage ne doit pas laisser vagabonder ailleurs le flux mental.
128) Ainsi ont été exposés par Adinâtha Shambu les dix Mudrâ. Chacun d’eux amènent de grands pouvoirs à qui possède la maîtrise du soi.
129) Celui qui transmet l’enseignement des Mudrâ selon la tradition de l’enseignement de Maître à Disciple, celui-ci en vérité est un grand Guru, un Maître spirituel, il est l’Absolu personnifié.
130) Celui qui est complètement absorbé dans l’enseignement de son Maître, qui est profondément concentré sur la pratique des Mudrâ, acquière le pouvoir de jouer avec la mort ainsi que tous les autres pouvoirs surnaturels à commencer par celui de devenir aussi petit qu’un atome.

CHAPITRE IV
1) Hommage à Shiva, le Maître, source de Nâda, bindu et kalâ. Celui qui se donne entièrement à lui atteind l’état libre et lumineux.
2) Maintenant je vais expliquer la méthode supérieure qui permet d’atteindre le Samâdhi, celle qui permet de dépasser la mort, qui conduit à la félicité et procure la suprême béatitude du Brahman.
3) Râja-yoga (Yoga royal), Samâdhi, unmanî (état au-delà du mental), manonmanî (abandon du mental), amaratva (immortalité), laya (résorption intérieure), tattva (réalité), shûnyâshûnya (vide pur et non vide), para-pada (lieux suprême),
4) amanaska (arrêt du mental), advaita (non dualité), nirâlamba (état sans support), niranjana (état lumineux), jîvanmukti (libéré vivant), sahaja (état spontané) et turya (quatrième état au-delà la veille, le rêve et le sommeil), sont tous des mots synonymes.
5) De la même façon que le sel dans l’eau devient une seule et même chose avec l’eau au moment de leur union, quant l’Atman et le Manas fusionnent se produit le Samâdhi.
6) Quant le souffle a disparut et que le mental est absorbé immobile à l’intérieur, une unité de vibration - s’apparentant à une saveur unique et immobile - se produit: elle est appelée Samâdhi.
7) Cette immobilité, cette union entre le Soi Universel et le Soi Individuel qui éclôt quant se produit la cessation de toutes les activités mentales est nommée Samâdhi.
8) Qui connaît en vérité l’immensité du Râja-Yoga? La connaissance, la libération, les pouvoirs surnaturels et l’immobilité sont acquis grâce au travail avec le Maître.
9) Sans l’amour du Maître il est difficile de renoncer à l’attachement sensoriel, de réaliser la vision de la Réalité et d’atteindre l’état de spontanéité naturelle.
10) Lorsque la Déesse Kundalinî a été éveillée par différentes postures et divers gestes ou arrêts de souffle, alors l’énergie subtile de la respiration à son tour se dissout dans le Grand Vide (Brahmarandhra, la porte de l’Absolu).
11) L’état spontané est atteint sans effort par le Yogi qui a renoncé au devenir et qui a éveillé en lui la Shakti.
12) Quand le prâna perce la Sushumnâ et que le mental se dissout dans le Vide, alors celui qui connaît le Yoga atteint le Non-faire.
13) O immortel je te salue, Toi qui a même vaincu le Temps Dévoreur dans la gueule de qui tout cet Univers ainsi que l’ensemble de tout ce qui existe, mobile et immobile, est englouti.
14) Quant la pensée est immobile et que le prâna coule dans la Sushumnâ, alors se réalisent Amarolî, Vajrolî et Sahajolî.
15) Comment la connaissance peut-elle surgir dans le manas tant que le prâna bouge et que le mental n’est pas immobile? Seul l’homme qui amène prâna et manas à se dissoudre atteint la libération.
16) Le Yogi doit toujours se tenir dans un lieu adapté à son mode de vie, Ensuite, lorsqu’il a apprit à ouvrir la Sushumnâ et à y conduire le prâna, il doit l’amener à la dissolution dans le Brahmarandhra.
17) Le Soleil et la Lune délimitent le temps, formé des jours et de nuits. Sushumnâ dévore le Temps. Voilà le Secret.
18) Les 72 000 portes de la cage sont les nâdî. Sushmnâ est la Shambhavî-Shakti, tandis que les autres nâdî sont inutiles.
19) Quant on obtient la connaissance absolu et donc le contrôle de l’énergie du souffle, après avoir éveillé kundalinî en même temps que le feu intérieur du ventre, on fait pénétrer cette énergie du souffle vital dans la Sushumnâ sans que plus rien ne l’obstrue.
20) Manonmanî est réalisé lorsque cette énergie du souffle vitale circule librement dans Sushumnâ. Si ce n’est pas le cas toutes les autres pratiques deviennent vaine pour le Yogi.
21) Celui qui a immobilisé le souffle a également immobilisé le mental. Celui qui a immobilisé le mental a également immobilisé le souffle.
22) Le mental fonction grâce à deux causes: les Vâsanâ et le prâna. Quand l’un des deux ne fonctionne plus, tous les deux s’immobilisent.
23) Dans le point où le mental s’absorbe se dissout le souffle. Dans le point où se dissout le souffle le mental s’absorbe.
24) Manas et prâna sont unis comme l’eau et le lait le sont, et leurs mouvements sont égaux. Où est le souffle le mental est en activité; où est le mental le souffle est en activité.
25) Quand l’activité de l’une des deux devient nulle, celle de l’autre devient nulle également. Quant l’un des deux est activé, l’autre aussi. Tant qu’ils sont en mouvement il en est de même de l’activité des organes d’action et de connaissance. Lorsque manas et prâna sont immobilisé, l’état de libération peut survenir.
26) L’instabilité est la qualité essentielle commune au mercure et à manas. Quant le mercure a été fixé et que le manas est fermement immobilisé, il n’y a rien sur terre que l’on ne puisse réaliser.
27) O Pârvatî, lorsque le mental et le souffle vital se sont évanouis toute forme de maladie l’est également. Morts (manas et prâna) ils permettent une nouvelle vie (celle de l’éveillé, le deux fois né).Ainsi bloqués ils donnent le pouvoir se se mouvoir dans l’espace.
28) Quant manas atteint l’arrêt, prâna fait de même: grâce à cela le sperme (bindu) lui-même atteint l’immobilité. L’énergie sexuelle maîtrisée ce bindu génère une énergie purifiée qui assure une parfaite santé dans le corps.
29) Manas est le Maître des sens et le souffle vital est le Maître de manas. La résorption intérieure - laya - est le Maître de prâna. Celle-ci (laya) dépend du son primordial (Nâda).
30) Que, selon les points de vue, cette résorption à l’intérieur de soi soit appelée ou non délivrance (Moksha) l’évanouissement de manas et de prâna n’en confère pas moins une béatitude indescriptible.
31) Quant l’inspiration et l’expiration ont cessé et que les perceptions sensorielles ont complètement disparu, que le corps et le mental sont absolument immobiles, alors le Yogi peut atteindre la Résorption (laya).
32) Quant toutes les productions mentales ont été arrêtées et qu’il n’y a plus trace d’aucune activité, une dissolution indescriptible surgit, compréhensible uniquement pour qui l’a expérimenté, inexprimable en mots.
33) Le manas devient ce sur quoi l’on se concentre. La Nature éternelle (Prakriti) de qui proviennent les éléments et les sens ainsi que Shakti qui anime les êtres vivants, toutes deux se dissolvent également dans Cela qui est sans marque distinctive.
34) On s’écrit: "Laya! Laya!". Mais quelle est la caractéristique de laya? Laya est l’oubli de toutes les impressions sensorielles dû à l’arrêt des pensées (vâsanâ).
35) Les Veda, les Shâstra et les Purâna sont comme une putain. Seule la Shambhavî-mudrâ est précieuse, comme une femme modèle.
36) Diriger son attention vers un point intérieur et bien que les yeux soient ouverts les paupières doivent rester immobiles et la vision extérieure disparaître: ceci est la Shambavî-mudrâ, inconnue des Veda et des Shâstra.
37) Quant le Yogi reste ainsi le mental et le souffle vital absorbé dans la cible intérieure, avec les yeux immobiles ouverts ou même dirigés vers le bas le regard vers l’extérieur mais ne voyant pas, voilà en vérité ce qu’est la Shambavî-mudrâ. Lorsque celle-ci est obtenue par la grâce du Maître, se manifeste l’état de Shambhu qui est suprême Réalité indescriptible, ni comme vide ni comme non-vide.
38) Bien que les inestimables Shambhavî et Khecharî soient différentes par la position ou le point de concentration, Dans l’une et dans l’autre se trouve la béatitude du mental qui se dissout dans le Vide, dont la nature propre est félicité de la Conscience.
39) Après avoir dirigé le regard vers la lumière, on soulève légèrement les sourcils et l’on concentre l’esprit comme dans la mudrâ précédente: ceci provoque instantanément Unmanî.
40) Certains sont pris dans les pièges des doctrines traditionnelles, d’autres dans la masse des prescriptions védiques, d’autres encore dans la logique: aucun ne connaît le moyen d’éveil.
41) Avec les yeux mi-clos, le mental stable, le regard dirigé sur la pointe du nez, celui qui parvient à la résorption de la Lune et du Soleil par l’immobilité physique et mentale atteint ce lieux illuminé, germe de toutes les causes, essence suprême, qui est la totalité, resplendissant, qui est la superbe réalité. Qui a-t-il de plus à dire?
42) La véritable adoration du Linga ne se fait ni de jour ni de nuit, mais seulement quand le jour et la nuit ont été détruits: alors l’adoration est continue.
Khecarî 43) Quand le prâna qui se trouve dans les nâdî de droite et de gauche pénètre dans la voie du milieu, Khecarî-mudrâ est établie en ce lieu, il n’y a pas de doute.
44) Le vide qui se trouve au centre, entre Idâ et Pingalâ dévore le prâna. Là est établie la Khecarî-mudrâ: de nouveau c’est la vérité.
45) Au centre entre Sûrya et Chandra est un espace sans support. Cette mudrâ établie ici dans le vyoma-cakra s’appelle Khecharî.
46) Cette Khecharî dans laquelle coule le flot produit par la Lune est la bien-aimée de Shiva lui-même. On doit accéder à la divine et incomparable Sushumnâ par son ouverture arrière et la remplir.
47) Mais il faut faut également remplir l’ouverture antérieure. C’est alors que la Khecharî devient stable. La Khecharî-mudrâ régulièrement pratiquée procure l’état unmanî.
48) La demeure de Shiva est entre les sourcils: C’est là que le mental est définitivement absorbé. Cet état est connu comme Turya dans lequel le temps n’existe plus.
49) On doit pratiquer Khecharî jusqu’à ce qu’on réalise le sommeil yogique. Il n’y aura plus jamais de mort pour celui qui a obtenu ce Yoga-nidrâ.
50) Après qu’il ait déconditionné le mental de chacun de ses support, le Yogi ne pense plus à rien. Il se tient fermement immobile dans l’espace comme un vase immergé dans l’espace à l’intérieur et à l’extérieur.
51) Le mouvement du souffle extérieur et intérieur s’arrête, c’est une certitude. Le souffle en même temps que le mental atteignent l’immobilité dans leur cible commune.
52) Le prâna de celui qui s’exerce jour et nuit, dans une pratique continue, à faire circuler son souffle dans la Sushmnâ finit par disparaître et par se dissoudre avec le mental dans le Brahmarandhra.
53) Il faut inonder le corps de la tête aux pieds avec l’Amrita. Ainsi peut-on acquérir un corps parfait, plein de force et d’énergie. C’est de cette façon que se termine la description de la Khecarî.
54) Après avoir fixé le mental au coeur de la Shakti et conduit celle-ci dans le centre supérieur, contemplant l’esprit au moyen de l’esprit, il faut se concentrer sur le lieu suprême.
55) Il faut alors placer le Soi au centre de l’Espace (kha) et l’Espace au centre du Soi. Après avoir réalisé que tout n’est qu’Espace, Il faut arrêter la pensée.
56) Vide à l’intérieur et vide à l’extérieur, comme est vide une jarre dans l’espace. Plein à l’intérieur, plein à l’extérieur, comme plein est une jarre dans l’océan.
57) Il ne faut alors ne plus se préoccuper ni de ce qui est extérieur ni de ce qui intérieur à soi. Renoncant ainsi à toutes les pensées, il ne pense plus à quoique ce soit.
58) L’Univers entier n’est que le fruit des projections mentales. Le jeu incessant des pensées n’est aussi que création des projections mentales. Abandonne, O Râma, l’intellect fait de concepts: après avoir atteint la source de toutes ces modifications mentales, tu atteindras sans nul doute l’immobilté.
59) Comme le camphre dans le feu, le sel dans l’eau, ainsi fait le mental (Manas) quand il atteint la conscience incarnée (Atman) en se fondant en elle.
60) Tout ce qui est connaissable est support de connaissance et la connaissance est le Manas. Quand connaissance et connaissable sont neutralisés en même temps, la voie de la dualité n’a plus de support.
61) Tout ce qui existe, tout ce qui est mobile ou immobile, n’est qu’une vision mentale. Quand Manas atteint l’état unmanî la dualité n’est plus perceptible.
62) C’est par le renoncement de la perception de tout objet de connaissance que le mental se dissout. Quand cette dissolution se maintient l’isolement final se produit.
63) C’est comme cela qu’on été précisément décrites par les Grands Maîtres des temps passés les différentes méthodes conduisant au Samâdhi, toutes basées sur leurs propres expériences.
64) Salut à toi Sushmnâ, à toi Kundalinî, au nectar lunaire, à manonmanî, à mahâshakti, qui est la source de la conscience.
65) Nous allons maintenant décrire la méditation sur le son intérieur, enseignée par Goraksha, qui est accessible même pour ceux qui sont dans la confusion et qui sont incapables d’appréhender ce qui se cache au-delà du visible.
66) Adinâtha a enseigné un très très grand nombre de méthode, toutes efficaces, pour atteindre la résorption (laya). De toutes, l’écoute du son intérieur (nâda-anusandhâna) est la meilleure.
67) Le Yogi, assis en muktâsana, après qu’il ait fait Shambhavî-mudrâ, doit écouter, très concentré, le son intérieur perceptible dans l’oreille droite.
68) Les oreilles, les yeux, le nez et la bouche doivent être fermés avec les mains: on entend alors un son très clair et distinct dans la Sushumnâ purifiée.
69) Pour toutes les formes de Yoga il existe quatre stades distincts: ârambha, ghata, paricaya et nispatti.
L’ârambha-avasthâ qui est le stade initial: 70) Lorsque le noeud de Brahmâ (brahmagranthi) est percé la béatitude surgit du vide et à l’intérieur du corps des tintements variés deviennent audibles ainsi que le son non-frappé (anâtha-dhvani).
71) Quand le son commence à être perceptible dans le vide le Yogi obtient un corps divin qui devient superbe, émanant un parfum exquis et libéré de toutes les maladies. Son cœur est comblé de joie et d’énergie.
Le ghata-avasthâ, stade des unions dans le souffle arrêté: 72) Dans le second stade, lorsque l’union (prâna et apana) est réalisée, le souffle vital pénètre dans le chakra de la gorge. Le Yogi se pétrifie dans la posture, il acquière la connaissance et devient semblable à un dieu.
73) Ainsi, après la perforation du nœud de Vishnu, dans le vide supérieur du chakra vishuddha surgit comme une rumeur similaire au son des timbales qui annonce la béatitude suprême.
Le paricaya-avasthâ, stade de la connaissance: 74) Au troisième stade on entend dans l’espace du cakra Ajnâ le son du tambour appelé mardala. Le souffle vital atteint alors le Grand-vide (mahâshûnya) (dans ce cakra) qui est le lieux de tous les pouvoirs (Siddhi).
75) Alors, lorsque la béatitude mentale est dépassée, une béatitude spontanée s’installe d’elle-même. Le Yogi se trouve libéré de l’altération des constituant du corps, de la souffrance, de la vieillesse, de la maladie, de la faim et du sommeil.
Le nispatty-avasthâ, le stade ultime: 76) Un fois que le souffle vital a perforé le noeud de Rudra Rudragranthi), il peut atteindre le siège de Sharva (Shiva). C’est à ce stade ultime, celui de la réalisation, que surgit un son de flûte, et que résonne la note de la vinâ.
77) Ce stade de l’unification mental est nommé Râja-Yoga. Détenant la puissance d’émettre et de résorber son univers le Yogi devient semblable à Shiva.
78) Que cet état soit ou ne soit pas la délivrance,il y a en lui une félicité continue. Celle-ci, produite par la résorption (laya) est le fruit du Râja-Yoga.
79) Je considère que ceux qui pratiquent seulement le Hatha-Yoga sans la connaissance du Râja-Yoga n’obtiendront jamais des résultats proportionnels à leurs efforts.
80) Selon ce que je sais, la méditation sur le point intersourcillier permet d’atteindre rapidement l’état unmanî: c’est le moyen le plus facile pour arriver au stade du Râja-Yoga. La résorption (laya) dans le son intérieur se produit rapidement, donnant ainsi une preuve convainquante.
81) Il n’y a que Gurunâtha qui connaisse la béatitude unique, au-delà des mots, qui croît dans le coeur des meilleurs yogi immergés dans le Samâdhi pendant la concentration sur le son intérieur (nâda).
82) C’est sur ce son, que le yogi entend lorsqu’il a bouché ses oreilles avec ses mains, qu’il faut se concentrer jusqu’à ce que le mental s’immobilise.
83) Lorsque l’on se baigne continuellement dans ce son intérieur, les bruits extérieurs ne sont plus entendus. En quinze jours, le yogi qui a éliminé toutes formes de distraction atteint la félicité.
84) Pendant la phase initiale de la pratique on entend un son sourd et varié. Puis quant la pratique s’affine, on entend un son de plus en plus subtil.
85) Au début il semble que les sons viennent de la mer, d’orages impétueux, de timbales ou du tambour appelé Jharjhara. Au stade intermédiaire il semble que les sons sont produit par le tambour appelé mardala, par la conque, le gong ou le son du cor.
86) Au stade final on entend des sons qui ressemblent à des cloches, une flûte, à la vinâ ou aux abeilles. Telles sont les différents sons audibles à l’intérieur du corps.
87) Même lorsque l’on entend des sons puissants qui ressemblent à ceux produits par des nuages d’orages, par des timbales, etc., on doit chercher à appréhender en eux un son toujours plus subtil.
88) Bien que la pensée, qui est de nature instable, puisse s’amuser en abandonnant un son grossier pour un son subtil ou en passant d’un son subtil à un son plus grossier, il faut tout de même qu’elle ne se dirige pas ailleurs.
89) Ou alors quelque soit le son sur lequel le mental se focalise au départ, sur celui-ci il doit se tenir stable et ensuite disparaître avec lui.
90) Comme l’abeille qui suce le nectar de la fleur ne prête pas attention à son parfum, de la même façon le mental fixé sur le son intérieur ne désire plus les objets sensoriels.
91) Ce son intérieur est le crochet capable de contrôler cet éléphant en rut qu’est le mental habitué à errer dans le jardin des objets des sens.
92) Le mental, capturé par le lien du son intérieur, devient stable: il atteind l’immobilité parfaite, tel l’oiseau aux ailes coupées.
93) Celui qui désire être un maître absolu du Yoga, après avoir abandonné toutes les formes d’activités mentales, doit méditer uniquement sur le son intérieur, la pensée puissamment concentrée.
94) Le nâda est le filet qui permet de capturer le cerf intérieur (mental), il est aussi le chasseur qui tue le daim intérieur.
95) Le nâda est le verrou qui permet de tenir immobile le cheval fou qu’est le mental. C’est pourquoi le Yogi doit s’adonner continuellement à la méditation sur le nâda.
96) Le mercure du mental, fixé, abandonne sa mobilité grâce à la combustion engendrée par le soufre qu’est le nâda et obtient de circuler dans l’espace qui est appelé "sans support" (nirâlamba).
97) Grâce à l’écoute du son intérieur le mental, pris de mouvements saccadés comme un serpent, quand il a éliminé toutes autres causes et qu’il est absorbé uniquement dans ce son atteint l’immobilité parfaite.
98) Le feu s’empare d’une bûche et disparaît avec elle une fois qu’elle s’est consumée entièrement. De la même façon le mental (citta) s’empare du son intérieur et disparaît en même temps que lui.
99) Lorsque l’organe interne est paralysé à l’image d’un daim fasciné par le son des cloches, il est facile de le mettre à mort si l’on est habile au tir à l’arc.
100) La résonance qui est entendu est celle du son non frappé (anâhata). A l’intérieur de ce son se trouve ce qui est à connaître (jneya). A l’intérieur de ce qui est à connaître se trouve le Manas. C’est là où il s’immobilise, c’est là la demeure de Vishnu.
101) Tant que l’on entend le son intérieur non-frappé on se trouve dans le plan de l’espace (âkâshâ). Au-delà on atteind le Brahman privé de son qui le Soi suprême.
102) Toute chose qui est entendu sous la forme du son primordial est en réalité la Shakti. Ce en quoi tous les éléments universels (Tattva) se dissolvent, qui est sans forme, c’est Shiva. Ainsi se termine la description de l’écoute du son intérieur.
103) Toutes les techniques du Hatha et du Laya sont seulement des moyens pour atteindre la réalisation du Râja-Yoga. L’homme qui a atteind le niveau du Râja-Yoga a déjoué la mort.
104) Le mental est la semence, le Hatha est le champ et le détachement est l’eau. Grâce à ces trois, unmanî, la liane qui exauce tous les désirs, surgit spontanément.
105) L’ensembles des obstacles personnels est détruit par la pratique continue de la concentration sur le nâda. Il n’y a pas de doute que le mental et le souffle vital se fondent dans la conscience sans attributs.
106) Dans le stade unmanî le Yogi n’entend plus ni le son de la conque ni celui des timbales et son corps devient rigide comme un bout de bois.
107) Le Yogi est alors libéré de tous les conditionnements de l’existence et sans pensées il reste immobile ayant l’apparence d’un mort. Il a atteind la libération, sans aucun doute.
108) Le Yogi immergé dans le Samâdhi n’est plus dévoré par la mort, ni lié par le Karman, ni dominé par quiconque.
109) Le Yogi immergé dans le samâdhi n’est plus concerné ni par l’odeur, ni par la forme, ni par le touché, ni par le son, ni par lui-même ou quelqu’un d’autre.
110) Celui dans lequel le mental n’est ni endormi ni éveillé, qui est libre de souvenirs et d’oubli, qui ne meurt ou ne vit est en vérité un être libéré.
111) Le Yogi immergé dans le samâdhi ne distingue plus ni chaud ni froid, ni douleur ni plaisir, ni honneur ni déshonneur.
112) Celui qui au centre de lui-même se trouve dans un état de veille mais semble endormi, qui n’a plus ni inspiration ni expiration, est certainement un être libéré.
113) Le Yogi immergé en samâdhi est invulnérable quelque soit l’arme, aucun être incarné ne peut le vaincre et il n’est asservit ni par les mantra ni par les yantra.
114) Tant que le souffle vital parcourant la Sushumnâ n’a pas pénétré la porte de l’Absolu (Brahmarandra) tant que le sperme n’est pas devenu immobile grâce à l’arrêt du souffle, tant que le mental n’a pas atteint l’état spontané grâce à la méditation, toutes les palabres sur la Connaissance ne sont que des discours faux et hypocrites.
Ici se termine le quatrième chapitre de la Hatha-yoga-pradîpikâ composée par l’illustre Yogi Svâtmârâma, aussi appelé Cintâmani, fils du très vénérable Sahajânanda (félicité spontanée)

Les Yoga Sutra de Patanjali
Là, suspendu dans l'incessante mouvance de la terre et des cieux, il vit, toucha, huma, goûta, entendit, il connut : dans le monde des formes, rires et larmes éternellement se mélangent. Et il sut qu'il ne pouvait rien sur l'ordre des choses, mais tout sur la manière de le vivre. Bonheur ou malheur dépendaient de lui.
Et il en prit la responsabilité. Il devint le sadhaka, le pratiquant.
- La pratique de l'éthique (yamas) et de l'ordonnance du caractère (nyamas) pacifia ses émotions.
- La pratique des postures (asanas) et de la maîtrise des énergies (pranayama) purifia son corps.
- La pratique du contrôle des sens (pratyahara) fit taire le monde.
- La pratique de la concentration (dharana) et de la méditation (dyana) apaisa les vagues de son esprit.
Et il reposa enfin dans sa propre joie, cette félicité qui ne naît de rien et se suffit à elle- même : SAMADHI.
Les Yoga Sutras (aphorismes) de Patanjali constituent avec le "Hatha-Yoga Pradipika" la présentation la plus exhaustive de la philosophie du yoga. C'est d'eux que s'inspirent aussi bien l'approche de yogacharia B.K.S. Iyengar que celle du Yoga de l' Énergie.
Patanjali reste un personnage mystérieux.
Dans ses commentaires sur les Yoga Sutras, B.K.S. Iyengar nous dit :
"Historiquement, Patanjali semble avoir vécu vers 500 ou 200 ans avant J·C. Mais l'essentiel de ce que nous savons de lui vient de légendes - Il est considéré comme un svayambhu, une âme évoluée qui a choisi de se réincarner pour aider l'humanité. Il a revêtu une forme humaine pour expérimenter nos joies et nos peines et apprendre comment les transcender. Dans les Yogas Sutras, il décrit les moyens de dépasser les tourments du corps et de l'esprit, obstacles à l'évolution spirituelle.
Ses propos sont directs, originaux et traditionnellement considérés comme d'inspiration divine. Plus de vingt siècles plus tard, ils sont toujours actuels, fascinants, universels et complets. Ils le resteront sans doute pour les siècles à venir.
En 196 aphorismes, ou Sutras, il traite de tous les aspects de l'existence, commençant par un code de conduite éthique pour finir par la vision de notre véritable nature. Chaque terme des sutras est d'une extrême concision et précision; chargé de sens.
De même que la moindre goutte de pluie participe à la formation des océans, tous recèlent réflexion et expérience et sont indispensables à l'ensemble.
Les Yogas Sutras sont son œuvre maîtresse, la distillation de la connaissance humaine. Tels des perles enfilées sur un fil, ils forment un précieux collier, un diadème de connaissance fulgurante. Comprendre leur message et le mettre en pratique permet la transformation de tout l'être en une personne hautement cultivée et civilisée, rare et bénéfique."
Patanjali définit le yoga comme visant à la "cessation des vagues du mental" ou à sa purification. Ainsi, sur ce chemin de connaissance, ce n'est que dépouillé de l'héritage du passé, du vécu, des imprégnations culturelles, des idées reçues, des savoirs, justes, faux, imaginaires, etc., que le mental peut refléter la réalité telle qu'elle est, par une perception directe, au-delà de l'intellect et des sens, ainsi que des "j'aime, je n'aime pas" de l'ego.
Toute la démarche yogique, aussi bien dans ses techniques corporelles, psychologiques que mentales, tend à purifier l'esprit de ses conditionnements pour nous rendre à notre nature originelle, décrite comme existence pure, conscience, béatitude (''Sat, chit, ananda") et gage d'une félicité totale, éternelle, inconditionnée.
C'est la libération ou samadhi.
Dans le deuxième chapitre des Yoga Sutra, intitulé Sâdhana pâda, "chapitre de la pratique d'une discipline spirituelle", Patañjali décrit deux formes de yoga : kriyā yoga (yoga des techniques) et astânga yoga (yoga à huit membres).
"Le kriyā yoga (ou pratique du yoga) se fait selon trois modalités inséparables : un effort soutenu, la conscience intérieure de soi, et l'abandon à la volonté divine. Le kriyā yoga est pratiqué en vue d'atténuer les causes de souffrance et de permettre le samâdhi (contemplation, union avec le Dieu personnel ou absorption dans l'Absolu - traduction Françoise Mazet). En sanskrit, kriyā signifie : "1) cérémonie ; 2) travail ; 3) action créatrice (chez Mâ Ananda Moyî)"
Suivent diverses techniques spirituelles : distinguer impermanent et permanent, arracher le sentiment de son importance, méditer, dissocier celui qui voit de ce qui est vu.
"L'astânga-yoga (ou le yoga en huit membres) se composent des cinq restrictions ou réfrènements (yama), des cinq vertus (niyama), des postures (âsana), de la discipline du souffle (prânâyâma), de l'abstraction des sens (pratyâhâra), de la concentration (dhâranâ), de la méditation (dhyâna) et de la contemplation méditative (samâdhi).
Ci-joint le texte traduit par Sylviane Legrand :

Nous avons déjà parlé des Upanishad, plus haut ; parmi ces textes, je vous livre
l'Upanishad du Sans-support : Niralamba Upanishad
Om !
Ce Brahman est infini, infini est cet Univers.
L'infini procède de l'infini.
Assumant alors l'infinitude de l'Univers infini,
Cela repose comme l'infini Brahman, et Lui seul.
Om !
Que la Paix soit en moi !
Que la Paix gagne mon environnement !
Que la Paix soit en les forces qui agissent sur moi !

1. Je vais mettre en questions-réponse tout ce qu’il faut savoir afin d’éradiquer les malheurs qui échoient aux humains qui vivent plongés dans l’ignorance.
2. (1) Qu’est-ce que Brahman ? (2) Qui est Dieu ? (3) Qui est l’être vivant ? (4) Qu’est-ce que Prakriti ? (5) Qui est le Soi suprême ? (6) Qui est Brahma ? (7) Qui est Vishnu ? (8) Qui est Rudra ? (9) Qui est Indra ? (10) Qui est Yama, la mort ? (11) Qui est le Soleil ? (12) Qui est la Lune ? (13) Qui sont les dieux ? (14) Qui sont des démons ? (15) Qui sont les esprits malins ? (16) Qui sont les hommes ? (17) Qui sont les femmes ? (18) Qui sont les animaux, et ainsi de suite ? (19) Qu’est-ce que l’immobile ? (20) Qui sont les Brahmanes, et ainsi de suite ? (21) Qu’est-ce qu’une caste ? (22) Qu’est-ce que l’action ? (23) Qu’est-ce que la non-action ? (24) Qu’est-ce que la connaissance ? (25) Qu’est-ce que l’ignorance ? (26) Qu’est-ce que le plaisir ? (27) Qu’est-ce que la souffrance ? (28) Qu’est-ce que le plan céleste ? (29) Qu’est-ce que le plan infernal ? (30) Qu’est-ce que la servitude ? (31) Qu’est-ce que la libération ? (32) Que faut-il adorer ? (33) Qui est le disciple ? (34) Qui est le sage ? (35) Qui est dans l’illusion ? (36) Qu’est-ce que le démoniaque ? (37) Qu’est-ce que l’austérité ? (38) Quelle est la demeure suprême ? (39) Que faut-il rechercher ensuite ? (40) Que faut-il rejeter ? (41) Qui est le renonçant (Sannyasin) ?

3. Brahman est l’Esprit ineffable. Il apparaît en tant que le Grand Être (Mahat), selon la philosophie Samkhya (1), mais aussi en tant que l’Ego, les cinq éléments (terre, eau, feu, air et éther), le macrocosme, et enfin en tant que finalité du savoir et des actes. Il est non-duel et libre de toute adjonction ou complément. Il est gros de tous les pouvoirs, et Il ne contient ni commencement ni fin. On peut le décrire comme pur, bon, paisible, sans qualifications.
4. Le Divin est le Brahman véritable qui, s’appuyant sur Son pouvoir de matérialisation nommé Prakriti (2), crée les mondes et pénètre en eux en tant que gouverneur intime, Brahma, etc. Le Divin est Ishvara (3), en tant qu’Il gouverne le mental et les organes sensoriels.
5. Le Jiva (5) est celui qui, au moyen de surimpositions erronées, affirme : « Je suis ce corps physique », par similitude au nom et à la forme (nama-rupa) dont sont dotées les dieux Brahma, Vishnu, Ishana (5), Indra, etc. Le Jiva pense également : « Bien que je sois un individu, les individus sont innombrables, car innombrables sont les diverses causes à l’origine de la création de corps physiques ».
6. Prakriti n’est que la puissance (shakti (6)) de Brahma ; sa nature est mentale, capable de concevoir et créer ces mondes merveilleusement diversifiés, qui sont issus de Brahman comme d’une matrice.
7. Le Soi suprême, l’Atman (7), est uniquement Brahman et diffère tout à fait du corps et ses composants.
8. – 9. Brahma, Vishnu, Indra, Yama (la mort), le Soleil, la Lune, les autres divinités, les démons, les humains, hommes et femmes, les animaux, etc., les êtres inanimés, les Brahmanes, etc…, tous sont cet Esprit-même, l’Atman.
10. Ni la peau, ni le sang, ni la chair, ni l’os n’ont de caste ; c’est en réalité au Soi que le simple usage attribue une caste !
11. « J’accomplis les actes au moyen des organes de perception et d’action (jnanendriyas et karmendriyas) » - seuls les actes accomplis lorsqu’on est centré dans le Soi (l’Atman) sont les actes prescrits.
12. Les actes accomplis avec l’illusion arrogante que l’on en est l’agent et le jouisseur, lient du point de vue karmique et sont cause de renaissance. Inversement, la non-action englobe les actes obligatoires et de circonstances – sacrifices, vœux sacrés, austérités, oblations, etc. – accomplis sans désir de leurs fruits.
13. La connaissance est la réalisation immédiate – conséquence de la discipline du corps et des organes des sens, des services rendus au Maître, de l’audition des enseignements, de la réflexion et de la méditation – qu’il n’existe rien d’autre que l’Atman, que celui-ci est l’essence commune tant aux sujets qu’aux objets, qu’Il est l’immuable parmi les mutables (ainsi, les récipients d’argile et les vêtements [qui s’usent et que l’on renouvelle régulièrement - NdT]), qu’Il est le même en tout et en tous, qu’Il réside en tous comme leur essence la plus intime.
14. L’ignorance est une connaissance illusoire – ainsi, prendre une corde pour un serpent – connaissance illusoire de Brahman, qui est le Tout dans le tout, omnipénétrant et non-duel. Cette connaissance illusoire est associée à une pluralité de « soi », fondée sur la pluralité des adjonctions relatives à la servitude et à l’émancipation : situations de vie, castes, hommes, femmes, yogis, humanité, animaux et Dévas.
15. La félicité est l’état qui succède à la réalisation de l’essence de l’Atman, Sat-Chit-Ananda (8). Son opposé, Dukha (9), est tout simplement la pensée-désir (Sankalpa (10)) de l’existence dans le monde et de ses objets, c’est-à-dire du non-Soi.
16. L’état céleste est l’association avec le sacré.
17. L’association exclusive avec les créatures du monde profane, voilà l’état infernal.
18. La servitude repose sur toutes les fausses imaginations engendrées par la nescience fondamentale « Je suis né, dans un corps, etc. » et par les empreintes latentes (11), qui sont sans commencement.
19. La servitude repose sur toutes les fausses imaginations engendrées par la plongée dans le flot de l’existence, avec ses revendications de possession sur les terres, jardins, habitations, enfants, épouses, frères, pères et mères.
20. La servitude repose sur l’arrogante illusion d’être l’agent égoïste des actes, etc.
21. La servitude repose sur l’imagination enflammée par le désir de posséder les huit pouvoirs surnaturels (12).
22. La servitude repose sur l’imagination enflammée par le désir ardent d’adorer des dieux, des hommes supérieurs, etc.
23. La servitude repose sur l’imagination attachée à la pratique du Yoga et de ses huit membres.
24. La servitude repose sur la planification d’actes et de devoirs liés à la caste et à la situation de vie.
25. La servitude, c’est aussi s’imaginer un Atman doté de données spécifiquement humaines, tels les doutes, les craintes, etc.
26. La servitude, c’est aussi planifier d’acquérir du savoir, afin de mieux accomplir les sacrifices, vœux, austérités et oblations.
27. La servitude, c’est aussi d’envisager de se consacrer exclusivement à la poursuite de la libération (moksha).
28. La servitude, c’est tout ce qui jaillit exclusivement de l’imagination.
29. La libération, c’est l’atténuation – au moyen de la discrimination entre l’éphémère et l’éternel – du sens de la propriété face aux objets qui procurent de brefs plaisirs ou peines, tout au long du cycle de transmigration.
30. Adorable, en vérité, le maître qui nous mène vers Brahman, l’Esprit unique résidant dans tous les corps !
31. Il est Brahman, en vérité, le disciple qui demeure complètement immergé dans la réalisation, et pour qui le monde est oblitéré par la perception de sa base, Brahman.
32. Le sage est celui qui connaît et perçoit l’essence du Soi en tous les êtres, comme étant leur part la plus intime.
33. L’insensé est soutenu par l’arrogante illusion de son ego comme agent de tous ses actes, etc.
34. Démoniaque, l’ascèse qui s’enracine fermement dans le terreau de l’attachement, l’aversion, la violence destructrice, l’hypocrisie, etc. ; qui s’inflige le tourment de répéter indéfiniment des « noms sacrés », d’accomplir l’Agnihotra (13) tout en jeûnant ; qui est enflammée du désir de se garantir les toutes-puissantes protections des dieux tels que Brahma, Vishnu, Indra et Ishana.
35. L’ascèse, c’est brûler – dans le brasier qu’est la réalisation instantanée que le monde est fausseté – la semence de l’imagination fécondée par le désir de se procurer la protection de Brahma et des autres dieux.
36. La demeure suprême est la prérogative de Brahman, c’est le royaume de la liberté éternelle, de Sat-Chit-Ananda, au-delà des attributs de l’organe interne, l’Antahkarana (14), des organes des sens et des souffles vitaux (Prana (15)).
37. On doit se mettre en quête de l’essence du pur Atman, qui est sans détermination aucune, ni d’espace, ni de temps, ni d’objets.
38. On doit rejeter la pensée erronée qu’est réel le monde qui est autre que son propre Soi, et qui est perçu par des organes sensoriels et un intellect sujets à l’erreur.
39. Le Sannyasin est le moine mendiant, l’ascète itinérant, allant en toute indépendance, qui sait de source sûre, par l’expérience intime du Nirvikalpa-Samadhi (16) : « Je suis Brahman ». Il y a été mené par la connaissance vécue du sens intime des formules majeures, telles « Il n’est pas de pluralité », « Tout est Brahman », « Toi aussi tu es cela », etc., après avoir renoncé à tout devoir, à tout sens de possession, à toute trace d’ego, et pris refuge dans la bien-aimé Brahman. Alors, oui, cet ascète est libéré ; il est adorable ; il est LE yogi ; il est l’immense ; il est un authentique Brahmane .
Ici se termine la Niralambopanishad, appartenant au Sukla Yajur Veda
Traduite et annotée par M. Buttex d’après la traduction anglaise du Dr. A.G. Krishna Warrier publiée par The Theosophical Publishing House, Madras

NOTES :qui pourraient figurer au glossaire mais que je préfère laisser avec le texte (1) Samkhya (ou Sankhya) : Un des six grands systèmes philosophiques hindous ; a parfois le sens de jnana yoga. Voir darshana. Le Samkhya est la philosophie védique originelle, celle que prône Krishna dans la Bhagavad Gîtâ. L’une des écoles de philosophie hindoue, fondée par Kapila, qui rend compte systématiquement de l’évolution cosmique. Elle est ainsi nommée parce qu’elle démontre 25 tattvas (catégories), à savoir : Purusha, l’Esprit cosmique ; Prakriti, la Substance cosmique ; Mahat, l’Intelligence cosmique ; Ahamkara, le principe d’individualisation ; Manas, l’esprit, le mental cosmique ; les 10 Indriyas, les 10 facultés sensorielles abstraites de connaissance et d’action ; les 5 Tanmatras, les 5 sens subtils (son, toucher, vue, goût et odeur), qui sont en relation avec les facultés sensorielles ; et les 5 Mahabhutas, les 5 « grands éléments » fondamentaux grossiers : éther (espace), air, feu, eau et terre. Ces outils cognitifs soutiennent et complètent les disciplines du Yoga, et ces deux systèmes vont être utilisés conjointement, imprégnant tout l’hindouisme ultérieur,, y compris le bouddhisme. (2) Prakriti : La Matière. Le pouvoir fondamental (shakti) de la Divinité, dont le cosmos est l'expression créatrice. C'est donc : 1) la base-racine de tous les éléments; 2) la matière indifférenciée; 3) la Nature, source primordiale du monde manifesté, constituée des 3 gunas (sattva, rajas et tamas). Équivalent de maya, d’avyakta ou de pradhana. (3) Ishvara : « Dieu ou Seigneur suprême » - Dieu personnel; aspect relatif et formel de Brahman, par opposition à son caractère d’Absolu, hors de la manifestation. C'est alors l'aspect personnifié, anthropomorphique du Saguna Brahman. Ishvara est le Pouvoir suprême, le Maître du manifesté et du non-manifesté, le Régent cosmique, et il possède les pouvoirs d'omnipotence, d'omniprésence et d'omniscience. (4) Jiva: une âme incarnée, donc individualisée; un être vivant, une créature. (5) Ishana : « Seigneur de la totalité, Gouverneur de l'espace » - C'est une des multiples approches de Brahman, dont les Upanishads décrivent inépuisablement toutes les facettes. Dans le contexte méditatif, on peut le penser comme équivalent affectueux d'Ishvara. (6) Shakti : «puissance, pouvoir, énergie» - 1) Énergie créatrice représentant le pouvoir d'action de la conscience; 2) l’aspect féminin du Principe cosmique, symbolisant sa puissance exécutive; 3) la Mère divine, considérée comme la force efficiente du Divin, déifiée comme épouse de Shiva. Cf. avriti ou avarana shakti et viksepa shakti. (7) Atman : le Soi, le principe spirituel universel qui est le substrat des individualités vivantes. Le Moi éternel et universel; l’Âme suprême; l’Absolu; Brahman. (8) Sat-Chit-Ananda : Existence-Conscience-Félicité absolues, la triple caractéristique de la Réalité absolue, Brahman; terme traduisant la nature du Nirguna Brahman, (le Brahman sans attribut), adopté par la Shruti et considéré comme concept essentiel par la philosophie Advaita. (9) Dukha : souffrance, douleur; insatisfaction, peine. Globalement, tous les états négatifs, qui produisent de la détresse ou une profonde insatisfaction, et de la souffrance. Oppos. Ananda. (10) Sankalpa : 1) volonté, pensée conceptuelle, intention, détermination; 2) souhait, désir. (11) Samskara : 1) impression (empreinte ou tendance) mentale latente, laissée ou provoquée par le karma, bon ou mauvais, accumulé soit au cours des existences antérieures, soit pendant la vie présente; 2) rite de purification. (12) Siddhi : 1) accomplissement, succès; 2) pouvoir supranormal acquis par la pratique de la méditation et d'une ascèse (tapas) exigeante, ou s'éveillant spontanément en cas de maturité spirituelle. Bien qu'ils se manifestent spontanément et selon les besoins et capacités de l'individu, ils sont considérés comme des entraves sur la Voie, car ils viennent subtilement renforcer l'auto-satisfaction et l'égoïsme. Il est conseillé de ne pas les cultiver, voire de les abandonner, pour aller plus avant. On en dénombre 8 : 1) ahima: diminution; capacité de se rendre aussi petit qu'un atome, ou de vision à cette échelle; 2) mahima: grossissement; capacité de se rendre aussi grand qu'un cosmos, ou de vision à cette échelle; 3) laghima: extrême légèreté, lévitation; 4) prapti: omniprésence, dédoublement, capacité de se déplacer n'importe où à volonté; 5) prakamya: capacité d'obtenir tous ses désirs; 6) vashitva: contrôle sur les forces naturelles; 7) ishititva: suprématie sur les lois naturelles; 8) kama-avasayitva: complète satisfaction de ses volontés. Mais le siddhi suprême (parasiddhi) est la réalisation du Soi, Parashiva ou Brahman. (13) Agnihotra : « Sacrifice du Feu » - Rite domestique, pratiqué quotidiennement, devant l'autel du foyer, au cours duquel une oblation de lait est répandue sur le feu. (14) Antahkarana : « Anta = point ultime, limite finale - karana = organe des sens, instrument ou moyen d’action » - L'organe interne, doué de sens et de conscience, qui constitue l'ego individuel et possède 4 fonctions différentes, répondant chacune à un des termes suivants : buddhi, l'intellect; ahamkara, l'ego; manas, le mental instinctif, qui sont la triple expression de chitta, la conscience. Il est quintuple quand on lui adjoint chaitanya, la conscience supérieure. (15) Prana : 1) souffle, respiration, vent; 2) principe de vie, vitalité, énergie, force. L’énergie vitale sous-jacente à toute la manifestation cosmique, individuelle et collective; cette énergie remplit 5 fonctions : - prana : l’appropriation, l'ascension (l‘inspiration) ; - apana : l’expulsion, la descente (l’expiration) ; - vyana : la distribution et la circulation (la rétention du souffle) ; - udana : l’émission de sons; l'assimilation des énergies matérielles en énergies subtiles; le processus de désintégration à la mort physique ; - samana : l’assimilation des énergies subtiles transformées par udana (digestion et métabolisme de la nourriture). (16) Nirvikalpa-Samadhi : « nir: sans – vi: changement, différenciation; kalpa: ordre, durée – samadhi sans distinction, sans perceptions différenciées » - 1) état supra-conscient caractérisé par l’arrêt complet du mental; 2) le plus haut degré d’absorption (samadhi) dans lequel il n'y a plus d'expérience objective, dans lequel la triade connaisseur-connaissance-connu n'existe plus. La conscience expérimente la réalité purement subjective, sans forme ni qualité ni conditionnement de l'Absolu, de Brahman, ou de ParaShiva.
YOGATATTVA UPANISHAD, La vraie nature du Yoga
/image%2F0617197%2F20221107%2Fob_db847e_41w1w31skrl-sx210-2.jpg)
Traduction du sanskrit par Jean Varenne
1. En vue d’aider les adeptes à avancer sur la voie du Yoga je vais en exposer les principes ; qui entendra et assimilera cet enseignement sera à jamais lavé des souillures du péché.
2. Visnu, le Grand-Adepte, le Grand-Etre, le Grand-Ardent, illumine la Voie de Vérité, en tant qu’Âme universelle.
3. Un jour le Démiurge vint à Lui et Lui demanda, après Lui avoir rendu hommage, d’expliquer la vraie nature du Yoga aux huit degrés.
4. Et le Seigneur Visnului ayant répondu qu’il le lui expliquerait très exactement, enseigna ce qui suit :
5. Les âmes individuelles sont prisonnières des heurs et malheurs qui les affectent en ce monde ; Pour les délivrer du pouvoir de l’Illusion il faut leur donner la connaissance du brahman, grâce à quoi l’individu n’est plus affecté par la mort, et ne risque plus de renaître.
6. Cette connaissance est difficile à acquérir, mais elle est le bateau qui permet de franchir le fleuve des renaissances;
On peut l’atteindre par mille chemins divers, mais elle est Une en vérité, refuge suprême au delà de quoi il n’y a rien!
Certains cherchent leur voie dans la pratique des rites tels que l’enseignent les Ecritures védiques : ils tombent dans le piège du ritualisme. Ni les liturgistes, ni les Dieux mêmes, ne peuvent rendre compte de cette Réalité indicible, car comment cette forme suprême que seule l’âme connaît serait-elle connue des Ecritures ?
7. Non ce brahman, par quoi toutes choses, depuis le Soleil là-haut jusqu’à la jarre la plus modeste, sont manifestés, ne peut être révélé par les Ecritures :
Cela se manifeste de soi-même, et la vraie nature de ce brahman est au-delà du langage sous toutes ses formes, tant humaines que divines !
8. Cela ne peut se mesurer, Cela ne bouge pas, Cela ne peut être souillé, Cela ne peut éprouver de souffrance, Cela transcende toute réalité,
9. et cependant Cela est investi par les effets du péché et du mérite, lorsque Cela prend la forme d’une âme individuelle!
Mais comment est-il possible que l’Âme universelle prenne la forme d’une âme individuelle ?
*
10. Au commencement, l’Âme universelle qui transcende toutes formes d’existence et dont l’essence est faite de connaissance se mouvait sur les eaux comme une brise légère, en Elle se manifesta d’abord l’Ego, racine de toutes choses, en quoi s’équilibraient les trois qualités de Lumière, d’Energie et d’Inertie;
11. De là naquirent les cinq éléments subtils et les cinq éléments grossiers, évoluant à partir de l’oeuf originel;
et lorsqu’un tel ensemble est affecté par les heurs et malheurs de l’existence, on le nomme jìva c’est à dire âme individuelle !
Ainsi donc l’âme individuelle qui dans chaque être est captive du monde, retrouve sa vraie nature d’ãtman lorsqu’elle est libérée des entraves
12. que sont le désir, la colère, la peur, l’égarement, la concupiscence, l’orgueil, la passion, le fait de naître et le fait de mourir,
13. la misère et la douleur, la paresse, la faim et la soif, la honte, la crainte, le malheur, la désolation et l’horreur.
*
14. Je vais donc te dire comment délivrer l’âme de ses liens. Sans la pratique du Yoga comment la connaissance pourrait-elle assurer la libération de l’âme ?
Inversement, comment la pratique seule non étayée de connaissance assurerait-elle cette libération ?
15. L’adepte avisé, s’il désire la libération doit s’efforcer à la fois d’acquérir la connaissance et de pratiquer le Yoga comme il convient car la source du malheur est dans l’ignorance.
16. Le savoir au contraire délivre. On l’acquiert en s’exerçant d’abord au raisonnement logique : par lui on distingue tout ce qu’il convient vraiment de connaître.
Par le raisonnement, on se rend compte que l’objet de la connaissance est le brahman suprême et sans second.
17. D’évidence, on le perçoit comme Seigneur, indivis et sans tâche, Être, Conscience, Béatitude, qui transcende les trois moments cosmiques : création, conservation, dissolution et toute manifestation et toute connaissance !
Savoir cela mérite seul le nom de connaissance.
*
18. Je vais maintenant t’exposer le Yoga. Quoique unique, il est, en fait, multiple, du moins quant aux façons de le pratiquer :
19. Mantra-Yoga, Laya-Yoga, Hatha-Yoga, Rãja-Yoga, tous sont des formes du Yoga qu’on peut décrire de la sorte :
*
20. Le Mantra-Yoga consiste à répéter incessamment durant douze années, des formules et des lettres matrices;
21. on acquiert ainsi progressivement la connaissance et les pouvoirs tels que de se faire aussi ténu qu’un atome.
22. Un tel Yoga, pourtant, ne concerne que l’adepte peu doué intellectuellement.
*
23. Le Laya-Yoga quoique diversement décrit consiste uniquement à détruire l’activité mentale. Qu’il marche ou se tienne immobile, qu’il dorme, ou mange, l’adepte médite sans relâche sur le seigneur sans limites : ainsi parvient-il à détruire son activité mentale. C’est celà le Laya-Yoga.
*
24. Et maintenant le Hatha-Yoga, les huit degrés qu’il comporte sont les réfrènements et disciplines les postures et le contrôle du souffle la rétraction des pouvoirs sensoriels la fixation de la pensée enfin la méditation profonde et l’Enstase-finale.
25. Il faut y ajouter trois groupes de Sceaux et diverses contractions musculaires.
26. Ces degrés et ces Sceaux sont nombreux, mais ne sont pas tous indispensables. Des dix réfrènements, par exemple, le plus important est de s’abstenir de nourriture trop riche;
27. De même, la plus importante des dix disciplines est celle qui concerne la non-violence
28. enfin des innombrables postures enseignées par les maîtres du Yoga quatre vingts sont importantes mais quatre seulement sont indispensables
29. savoir : la Perfection, le Lotus, le Lion et la Prospérité.
30. L’adepte devra surtout tenir compte des obstacles à surmonter s’il veut progresser dans la voie du Yoga.
31. La paresse, la fatuité, les mauvaises fréquentations, la pratique de la magie, le désir d’acquérir de l’or ou des femmes, ne sont que mirages mondains : prendre conscience de cela c’est pour l’adepte s’en libérer.
32. Pour contrôler efficacement ses souffles, l’adepte avisé se bâtira une hutte munie d’une petite porte, mais dépourvue d’autres ouvertures
33. le sol en sera bien nettoyé et arrosé d’urine de vache ou de jus de citron, afin d’en éliminer tous insectes moustiques, ou vermine;
34. la hutte sera balayée chaque jour, on y fera brûler de l’encens elle ne sera ni trop haute, ni trop basse;
35. L’adepte étendra à terre un tapis, une peau d’antilope, ou une litière d’herbe; il s’y installera en prenant la Posture du Lotus, et s’efforcera de contrôler ses souffles ;
36. Tenant son corps bien droit, l’adepte honorera d’abord, les mains jointes, la divinité de son choix, puis, avec le pouce de sa main droite, il se bouchera la narine droite qui est l’orifice du canal Piñgalã, et insufflera doucement de l’air par la narine gauche, orifice de l’Ìdã;
37. Il retiendra alors son souffle aussi longtemps qu’il lui sera possible, puis l’expulsera progressivement, sans forcer, par sa narine gauche.
38. Ensuite il insufflera à nouveau , par sa narine gauche cette fois conduisant l’air jusqu’à son ventre qu’il emplira progressivement; après l’y avoir maintenu le plus longtemps qu’il lui sera possible, il l’expulsera par la narine droite, doucement, sans forcer.
39. Il procèdera ainsi, inspirant par une narine, expirant par l’autre, alternativement, et, chaque fois retenant le souffle aussi longtemps qu’il le pourra.
40. Pour mesurer le rythme respiratoire on utilise comme unité, le temps qu’il faut à un homme pour se frotter le genou en rond et ensuite claquer du doigt.
41. Lorsqu’on inspire par la narine gauche, on le fait durant seize unités de temps, on tient le souffle ensuite durant soixante-quatre unités
42. et l’on expire enfin, par la narine droite durant trente deux unités.
De même lorsque l’on changera de narine.
Ainsi fera-t-on quatre fois par jour :
43. au matin, à midi, le soir, à minuit, tâchant chaque fois de pratiquer jusqu’à quatre vingt tenues de souffles.
44. Après trois mois, les deux canaux Ìdã et Piñgalã seront tout à fait purifiés et ceci se manifestera dans la constitution même de l’adepte :
45. il deviendra ténu, lumineux, le feu de la digestion brûlera plus fort et il perdra du poids.
*
46. L’adepte engagé dans de telles pratiques s’abstiendra, s’il est sage, de consommer des aliments épicés, renonçant donc au sel, à la moutarde, et en général à toute nourriture acide, forte, astringente, ou aigre ;
47. il évitera également de manger trop de légumes, se tiendra à l’écart du feu et des femmes ; ne voyagera pas,
48. s’abstiendra de bains matinaux, de jeûnes intempestifs et de tout ce qui entraine des excrétions corporelles excessives.
49. Au contraire une diète lactée combinée avec l’usage du beurre clarifié est recommandée, comme le sont les céréales bouillies
50. les fèves et le riz :
tous ces aliments sont en effet connus comme favorables à la pratique du yoga.
51. En observant ces prescriptions l’adepte parviendra à tenir le souffle aussi longtemps qu’il le voudra : c’est ce que l’on nomme la Tenue Parfaite.
Inspiration et expiration y sont alors comme abolies : qui est maître de cette technique peut réussir n’importe quoi dans les trois mondes.
52. Lorsque l’on tient ainsi le souffle, la transpiration se fait abondante et il est nécessaire de masser le corps. Plus tard, le corps se met à trembler alors même que l’on est assis dans la Posture du Lotus.
53. Et si l’on avance encore dans ce type de pratique, paraît le phénomène dit la “grenouille” : l’adepte assis dans la posture du Lotus saute et bondit comme une grenouille.
54. Plus tard ces mouvements cessent mais le corps se soulève au dessus du sol, et bien qu’étant toujours assis dans la posture du Lotus, l’adepte se déplace sans toucher terre!
55. Apparaîtront également d’autres phénomènes surhumains, mais il se gardera d’en faire état; il ne dira pas non plus que maintes misères corporelles lui seront dès lors épargnées
56. car il ne dormira plus que très peu, éliminera un minimum d’excrétions, sera préservé d’hémorragies, de bavements, sueurs profuses, mauvaises odeurs et autres;
57. et, s’il progresse encore dans la pratique de Tenue du souffle il acquerra bientôt une force prodigieuse qui lui permettra
58. non seulement de circuler à volonté sur toute la terre mais encore de l’emporter sur n’importe quelle créature :
59. tigres, panthères, éléphants, buffles sauvages, lions, il les tuera tous d’une simple chiquenaude!
60. Devenu aussi beau que le Dieu Amour lui-même, il attirera les femmes qui languiront de faire l’amour avec lui
61. mais il s’en abstiendra afin d’éviter de perdre sa semence. Oui, qu’il se garde de la gent féminine :
62. du fait qu’il ne répandra pas sa semence, son corps conservera une odeur agréable.
63. Seul dans sa retraite, il se trouvera bien de pratiquer la répétition constante d’OM, allongement de la voyelle : ainsi effacera-t-il les péchés accomplis avant de s’engager dns le Yoga ;
64. OM en effet délivre du Mal et détruit les écueils sur la voie du Yoga; c’est pourquoi la répétition constante du monosyllabe sacré est une pratique efficace pour qui veut avancer en Yoga.
65. Ensuite vient la “Jarre” exercice accompli pour contrôler les souffles : l’adepte s’efforce d’unir le couple inspiration-expiration avec les couples pensée-intelligence et âme individuelle-âme universelle en supprimant leurs rivalités.
66. Pour y parvenir, voici ce qu’il faut faire : pratiquer la Tenue du souffle comme elle a été décrite précédemment mais seulement pour un quart de sa durée ;
67. ou, si l’on veut la Tenue Parfaite, mais une seule fois par jour, à l’aube ou au crépuscule.
*
68. Quant au cinquième degré du Yoga, qui consiste en une rétraction des pouvoirs de sensation et d’action, afin d’abolir tous désirs, l’adepte du Hatha-Yoga le réalise lorsqu’il pratique la Tenue du souffle
69. Et maintenant le sixième degré savoir : la fixation de pensée, ou attention concentrée sur un objet unique.
70. Quelle que sera la vision que verront ses yeux, l’adepte devra la reconnaître comme étant son âme,
quel que sera le son qu’entendront ses oreilles, l’adepte devra le reconnaître comme étant son âme,
71. quel que sera le parfum que sentiront ses narines, l’adepte devra le reconnaître comme étant son âme,
quel que sera le goût que percevra sa langue, l’adepte devra le reconnaître comme étant son âme;
72. quel que sera le contact qu’éprouvera sa peau, l’adepte devra le reconnaître comme étant son âme :
ainsi fixera t’il sur son âme l’attention de ses facultés sensorielles;
73. Un tel effort sera fait chaque jour durant trois heures, avec application et sans paresse; alors l’adepte verra naître à coup sûr des pouvoirs merveilleux dans sa pensée :
74. il entendra de loin, verra de loin, se rendra au loin instantanément ; il acquerra la perfection du langage et pourra prendre n’importe quelle forme, aussi bien que de se rendre invisible, s’il le désire ;
à l’aide de boue et d’urine il pourra transformer en or le cuivre ou n’importe quel métal ;
75. il pourra même, en s’appliquant avec persévérance à la pratique de fixation de la pensée obtenir le pouvoir merveilleux de voyager dans l’espace cosmique ;
76. cependant, l’adepte dont l’intelligence est ordonnée à la réalisation complète du Yoga considérera ces pouvoirs exceptionnels comme des obstacles sur le chemin conduisant à la Réalisation :
77. il ne recherchera pas ces pouvoirs et s’il les a, n’en tirera pas gloire s’il veut être un vrai Seigneur du Yoga.
78. Bien au contraire, pour tenir secrets ses pouvoirs il agira dans le monde comme s’il était un homme ordinaire, ou même un simple d’esprit, voire un sourd-muet.
79. Les néophytes, en effet, font toutes sortes de questions et si l’adepte voulait y répondre, il perdrait de vue sa propre démarche qui est de progresser sur la voie du Yoga sans se préoccuper du monde.
80. Qu’il s’applique, nuit et jour, à contrôler ses souffles, selon les prescriptions de son guru : ainsi parviendra-t-il à la maîtrise.
81. Une telle étape n’est pas aisément franchie la volonté n’y suffit pas, encore moins les bavardages ! elle ne l’est que par un effort constant ordonné à la réalisation du Yoga.
82. Vient ensuite le Paricaya : grâce à cette pratique, le souffle s’associes avec le Feu du Fondement, puis est guidé par l’adepte jusque dans la Susumnã ; le souffle et le feu y pénètrent après avoir pris la forme et la fonction de l’Energie-lovée;
83. y pénètre alors également l’esprit de l’adepte, qui désormais suivra cette voie majeure : le Paricaya est effectivement réalisé lorsque l’esprit entre avec le souffle dans la Susumnã.
*
84. Les cinq éléments sont la Terre, l’Eau, le Feu, l’Air, et l’Ether : en rapport avec eux, il existe une Fixation de la Pensée s’exerçant sur les cinq Dieux Brahman, Visnu, Rudra, Isvara, Sadãsiva dite pour cela “la Quintuple Fixation”. Voici en quoi elle consiste :
85. Dans le corps de l’adepte, la part comprise entre pieds et genoux relève de l’élément Terre ;
La Terre est carrée, et de couleur jaune ; elle est symbolisée par la syllabe LAM ;
l’adepte fait entrer le souffle dans la part de son corps relevant de Terre, en association avec le son LAM ;
86. il médite alors sur Brahman le Dieu couleur de l’or à quatre visages et quatre bras, tout en tenant son souffle pour cinq fois vingt quatre mesures ;
par ce moyen, l’adepte se rend maître de l’élément Terre et se protège de la mort sur terre.
87. Dans le corps de l’adepte, la part comprise entre genoux et anus relève de l’élément Eau ; l’Eau a la forme d’un croissant, elle est de couleur blanche ; son symbole est la syllabe VAM ;
l’adepte fait entrer le souffle dans la part de son corps relevant de l’Eau, en association avec le son VAM;
88. il médite alors sur Visnu Nãrãyana, le Dieu à quatre bras, qui porte un diadème de cristal et une robe de soie blanche tout en retenant son souffle pour cinq fois vingt-quatre mesures ;
89. ainsi est-il lavé de ses péchés ; l’eau ne présente plus de danger pour lui et il se protège de la mort dans l’eau.
90. Dans le corps de l’adepte, la part comprise entre l’anus et le coeur relève de l’élément Feu ;
le Feu a la forme d’un triangle, il est de couleur rouge, etson symbole est la syllabe RAM ;
91. l’adepte fait entrer le souffle dans la part de son corps relevant du Feu en association avec le son RAM ;
92. il médite alors sur Rudra le Dieu qui a trois yeux, qui exauce toute prière, et resplendit comme le soleil levant ;
93. méditant sur ce Dieu gracieux dont le corps est couvert de cendres, l’adepte tient son souffle pour cinq fois vingt-quatre mesures ;
94. par ce moyen, l’adepte est à jamais protégé du feu : son corps, jeté dans un brasier ne s’y consumerait pas.
95. Dans le corps de l’adepte, la part comprise entre coeur et sourcils relève de l’élément Air;
l’Air a la forme d’un hexagone, il est de couleur noire, et son symbole est la syllabe Yam;
96. l’adepte fait entrer le souffle dans la part de son corps relevant de l’Air, en association avec le son YAM
97. il médite ensuite sur Ìšvara l’omniscient, l’omniprésent, et tenant son souffle pour cinq fois vingt-quatre mesures,
98. par ce moyen, l’adepte acquiert la possibilité de se mouvoir dans l’espace aussi librement que l’air; l’air n’a plus de danger pour lui.
99. Dans le corps de l’adepte, la part comprise entre les sourcils et le sommet de la tête relève de l’élément Ether; l’Ether a la forme d’un cercle, il est de couleur bleutée son symbole est la syllabe HAM;
100. l’adepte fait entrer le souffle dans la part de son corps relevant de l’éther, en association avec le son HAM;
il médite alors sur Šiva, le Dieu de majesté, l’auspicieux qui a l’apparence d’une goutte-de-lune et ressemble à l’Ether lui-même;
101. Il médite sur Sadãšiva couleur de cristal limpide, dont la tête s’orne d’un croissant de lune;
sur le Dieu à cinq têtes, dont chaque visage a trois yeux;
sur le Dieu dont les bras sont dix tenant des armes et ornés de joyaux;
102. sur le Dieu dont le corps est pour moitié celui d’Umã, sur le Dieu qui exauce les prières, oui, sur Šiva, cause première de l’univers il médite en tenant son souffle;
103. ainsi gagne-t-il le pouvoir de voyager dans les espaces cosmiques jouissant en quelque lieu qu’il s’arrête d’une béatitude sans fin.
104. Ainsi doit-on pratiquer la Quintuple Fixation : par elle, on obtient un grand renom; il n’y a plus de mort pour l’adepte qui la pratique car rien dès lors ne peut l’atteindre même si l’univers venait à se dissoudre !
*
105. L’étape suivante sur le chemin du Yoga est la méditation profonde que l’on pratique en tenant le souffle pour soixante fois vingt-quatre mesures;
106. la méditation se dit “qualifiée” lorsqu’elle a pour objet une divinité. On gagne, à la pratiquer toutes sortes de pouvoirs merveilleux, tels que de réduire son corps à la taille d’un atome.
Lorsqu’il parvient à pratiquer la méditation dite “non qualifiée” l’adepte atteint en douze jours ce but suprême du Yoga qu’est l’enstase-finale.
107. Il est, dès lors, un délivré-vivant grâce à son pouvoir de tenir le souffle aussi longtemps qu’il le veut et au fait que son âme individuelle a pu s’unir à l’âme universelle.
108. Il peut, dès lors, s’il le désire, abandonner son corps et reposer à jamais dans le sein du brahman suprême, ou, au contraire, préserver son intégrité corporelle;
109. il peut, s’il le désire, parcourir les mondes grâce à ses pouvoirs tels que de se déplacer à son gré;
110. il peut, s’il veut devenir Dieu, et jouir des plaisirs du Ciel, ou se transformer à son gré en homme, en animal ou en génie, devenir lion, tigre, éléphant, cheval, ou même atteindre au statut de Seigneur Suprême!
111. Ces différentes métamorphoses ne sont qu’affaire de pratiques diverses, le but ultime cependant reste le même qui est d’atteindre l’état d’isolement absolu.
*
112. Et maintenant les Sceaux :
Le Lien de majesté se pratique ainsi : l’adepte place son pied gauche sur son sexe
113. et tient à deux mains son pied droit;
inclinant sa tête jusqu’à ce que son menton touche sa poitrine,
114. il inspire, et tient son souffle aussi longtemps qu’il le peut, puis expire;
115. il recommence ensuite en inversant la position : à chaque fois le pied tenu à deux mains doit être placé au haut de la cuisse opposée.
116. On appelle “Grande Perforation” une variante du Lien de Majesté qui consiste à bloquer l’air aspiré, grâce au Geste du Porteur de Lacs
117. afin d’emplir complètement les deux canaux Ìdã et Pingalã.
Les adeptes les plus avancés pratiquent volontiers la Perforation
118. Quant au Sceau de l’Oiseau il consiste à replier l’extrémité de la langue, en arrière, jusqu’à ce qu’elle vienne se loger dans le trou du crâne, derrière la glotte; on le pratique tout en fixant son attention sur le point situé entre les deux sourcils.
119. On connaît également la contraction dite du Volant, grâce à laquelle le souffle monte, par la Susumnã jusqu’en haut de la tête;
120. et l’on connaît encore le Lien de la Matrice, grâce auquel l’Apãna est rejeté vers le haut, grâce à une contraction de la région génitale opérée par les talons;
121. également, le Lien de la base, grâce auquel les deux souffles s’identifient à la voyelle O et à sa nasalisation (M), le but suprême du Yoga;
122. quant à l’attitude inversée elle plaît aussi aux adeptes avancés car elle garde de maintes maladies du corps et de l’esprit;
123. Si on la pratique quotidiennement, le feu de la digestion brûle mieux et l’on doit consommer plus de nourriture qu’à l’ordinaire, faute de quoi le feu de la digestion consumerait le corps lui-même;
124. tête en bas, pieds en l’air, l’adepte restera ainsi, le corps bien droit, pendant une minute le premier jour; deux minutes le second jour, et ainsi de suite, augmentant progressivement la durée de l’exercice;
125. en trois mois, rides et cheveux gris disparaîtront, et si l’on pratique l’Attitude Inversée durant trois heures chaque jour, l’on ne mourra point.
126. Existe aussi le “Sceau de la foudre” : qui le pratique acquiert tous les pouvoirs et la réalisation suprême
127. est en quelque sorte à portée de sa main; il connaît le passé et l’avenir; et les bénéfices obtenus par qui pratique le Sceau de l’Oiseau il les acquiert à coup sûr.
128. Une variante est l’Amarolì, elle consiste à boire sa propre urine, en en gardant un quart, dont on s’asperge tout en pratiquant le Sceau de la Foudre.
129. Lorsque l’adepte a franchi toutes ces étapes sans exception il peut dire qu’il a maîtrisé complètement le Rãja-Yoga;
130. il est enfin délivré de ses pulsions passionnelles et sait discriminer le spectateur du spectacle;
devenu un Grand Adepte, un Grand Etre, un Grand Ascète, il est Visnu lui-même;
sur le chemin qui mène à l’absolu il brille comme un flambeau, lui qui est désormais le Grand Esprit !
131. L’enfant qui suce le sein de sa mère connaît la joie : c’est le même sein qu’il avait tété dans une vie antérieure;
132. l’homme prend son plaisir dans la matrice de son épouse : c’est dans cette même matrice qu’il fut conçu dans une vie antérieure; celle qui fut la mère est aujourd’hui l’épouse et l’épouse demain sera mère à son tour;
133. Celui qui fut le père est aujourd’hui le fils, et le fils demain sera père à son tour;
ainsi, par la faute du samsãra, les hommes sont comme les augets d’une roue hydraulique !
134. Trois sont les mondes, trois sont les Vedas, trois les jonctions rituelles, trois les tons; trois sont les Feux du sacrifice, trois sont les qualités naturelles;
et toutes ces triades ont pour fondement les trois phonèmes de la syllabe OM;
135. qui connaît cette triade à laquelle il faut ajouter la résonnance nasale, connaît Cela sur quoi l’univers entier est tissé, Cela est la Vérité et la Réalité suprême!
136. de même que le parfum est dans la fleur, le beurre dans le lait, l’huile dans le sésame, et l’or dans les pépites,
137. un lotus se tient dans le cœur : incliné vers le bas, il dresse sa tige et porte une marque à sa base : en son milieu l’esprit repose;
138. lorsque disant “OM!” l’adepte prononce la voyelle A, le lotus se redresse, et il est percé lorsque est prononcé U;
139. avec la nasale M, OM est complet prolongé par la résonnance en forme de croissant :
140. Sous l’apparence du Verbe pur, c’est là le brahman indivisible, par quoi le mal est détruit; l’âme ainsi attelée par le Yoga atteint au but suprême.
141. Et de même qu’une tortue rétracte en elle-même ses mains, ses pieds, sa tâte, l’adepte ayant empli son corps grâce à l’air inspiré, rétracte en lui ses sens.
142. Quand les neuf portes sont fermées le souffle inspiré s’élève, puis reste immobile au centre du corps comme la flamme d’une lampe.
143. L’adepte alors est au désert, dans la paix :
144. il y trouvera la certitude parce qu’il jaugera toutes choses à la mesure de l’âme, et le mal l’épargnera grâce à l’aide efficace que lui apportera le Yoga.
*
Telle est l’Upanisad.
Bibliographie : Upanishads du yoga (Poche) de Jean Varenne







