concentration
La concentration est la fixation de l'attention mentale, du souffle et des énergies sur un support unique, interne ou externe au yogin. La méditation est l'état libre, spontané sans objet qui suit.
CONCENTRATION
action de faire converger, rassembler, réunir en un lieu - réunir des choses abstraites ensemble - fixer son attention - faire un effort intense sur un point.
DHARANA
6e piler des yoga sutras de Patanjali, c'est un membre essentiel à la base de la pratique,
Dharana vient de la racine sanskrite Dhri, qui porte, qui soutient... Dharana est le fondement du reste, ce sur quoi on construit, le fil conducteur de toute la pratique depuis les yamas et niyamas, la prise des postures, le contrôle du souffle... être présent et développer sa capacité de concentration pour se préparer à la méditation.
Avoir une attention soutenue dans une dimension donnée physique (bout du nez, chakra...), une sensation (douleur..), la respiration, un objet extérieur (son, image, flamme, parfum, marche...) ou un objet abstrait (l'amour, la connaissance) ou plus subtil.
L'ekagrata, cœur de la concentration est la fixation de la pensée sur un objet par l'intermédiaire d'un sens ; le sujet agit (se concentre) sur un objet .
Quand la concentration s'intensifie, la distinction entre sujet et objet disparait et on entre en méditation, on goute alors à l'unité
La concentration demande un effort, de l'énergie pour ne pas se disperser mais sans se crisper ; petit à petit, en s'entrainant, on se relâche et on obtient une présence vigilante.
Le lâcher prise permet l'endormissement mais pas la concentration
En occident, notre mode de vie est dispersant stimulant, excitant et ne favorise pas la concentration ; il nous faut donc plus d'entrainement ; accepter de ne rien faire, s’ennuyer, prendre le temps, ralentir... dans la régularité, le mental se discipline.
Au début, la concentration s’interrompt, fluctue, le mental reprend le dessus. la tête pensante est créatrice de perturbations de la concentration. Le vagabondage mental est en lien avec l'inconscient et le monde émotionnel. Le mouvement d'intériorisation est perturbé par les sens, les perceptions sensorielles.
Pour choisir sans se laisser mener par l'inconscient , il faut revenir dans la base, s’ancrer, être dans l’assisse.
Pour favoriser la concentration, le choix du lieu est primordial : calme, sans distracteurs externes, neutre, sans excitateurs visuels (images, couleurs vives, fenêtre)
Le moment propice est à déterminer, un moment où on a du temps - tôt le matin ou le soir avant le coucher
La position du corps est variable mais confortable pour ne pas perturbé l'exercice : allongé, la vigilance est difficile à maintenir - assis, le corps doit être vertical (en lotus, sur une chaise..)
L'attention sur le souffle est un bon support. respirer 3 fois pour commencer ramène au présent et cela est valable à chaque moment de la journée.
Se concentrer, méditer ne doivent pas devenir une rêverie, une quiétude insipide... l'essentiel est dans l'intense présence à "l'ici et le maintenant" que le yogin sait maintenir tout en ne faisant rien ou plus justement en ne faisant plus rien sinon bénéficier de l’entrainement passé...
Le mental, comparé à l'image du singe qui saute de branche en branche est difficile à maitriser. Shikta est le contenu du mental épousant la forme de ce à quoi on prête attention... si je pense à une fleur, mon mental prend sa forme
Shikta devient calme pour que la conscience puisse se percevoir elle-même. La conscience (drichti = observateur) perçoit l'objet qui peut être la pensée.
La conscience est ainsi dissociée du mental. Le mental apaisé ne prend plus de forme et perçoit enfin cette conscience pure.
Quand on regarde le ciel, on peut voir le nuage fini ou le bleu infini et sans forme.
L'écran blanc sur on lequel on projette des images générant des émotions reste le même ; le film est l'objet changeant extérieur et l'écran, la conscience permanente.
Dharana est la première étape vers l'intériorité Samyama, après le retrait des sens.
Elle permet de retrouver un état qui dépasse le vécu habituel et ouvre à la perception directe, la connaissance de l'essence de chaque chose.
Dans le texte fondateur de Shiva-Samhitâ
Voici, le chapitre consacré à Dhâranâ
43) Si le Yogi s'assoit en lotus, qu'il se concentre dans l'espace au fond de sa gorge en mettant sa langue à la base du palais, il se libère de la faim et de la soif.
44) En dessous de la cavité de la gorge se trouve un nâdî resplendissant qui s'appelle kûrma. Le Yogi qui fixe son attention dessus obtient une grande stabilité mentale.
45) Lorsque le Yogi se concentre sur l'ouverture dans la tête que l'on nomme "oeil de Shiva", il perçoit un feu magnifique qui ressemble à une masse de lumière énorme. Il lui suffit de le contempler pour qu'il ne commette plus d'erreurs et qu'il atteigne la libération, quand bien même il manquerait de discrimination dans ses actes.
46) S'il peut, jour et nuit, se concentrer sur cette lumière, il peut se relier aux Maîtres
47) Lorsque le Yogi médite sur le vide jour et nuit, qu'il soit immobile ou actif, qu'il dorme ou qu'il mange, il devient de la même nature que cet espace et s'absorbe dans chidâkâsha.
48) Si un Yogi désire obtenir le succès il devra sans cesse rechercher cette connaissance. Accomplissant cette pratique d'une façon ininterrompue, il deviendra sans nul doute semblable à moi. Grâce à la puissance d'une telle connaissance, le Yogi deviendra pour tous les êtres un sujet d'admiration.
49) Le Yogi qui est devenu maître des éléments, qui s'est libéré des espoirs, qui est capable de renoncer à ce qui l'attache, qui fixe la pointe de son nez en padmâsana, arrive à immobiliser son mental et obtient le pouvoir que l'on appelle khecarî.
50) Le merveilleux Yogi qui, grâce à la force de cette pratique, voit la lumière pure et blanche qui est identique à celle de la montagne sacrée, obtient la capacité de la garder en permanence.
51) S'il se couche sur le dos et qu'il médite sans interruption afin de dissiper toute lassitude et qu'il se concentre sur la partie supérieure de sa tête, le Yogi obtient de vaincre la mort. Voilà comment est décrit partout l'effet produit par la fixation du point intersourcillier.
52) Le fluide produit par les quatre types de nourriture est de trois sortes: le meilleur nourrit le corps subtil, le second le corps grossier composé des sept humeur.
53) Le troisième est ce qui continue dans le corps sous la forme des matières fécales et de l'urine. Tous les nâdî contiennent les deux premiers types de fluide et alimentent le corps et les souffles de la tête aux pieds.
54) Si le vâyu se meut à travers tous les nâdî, alors l'essence de la nourriture est distribuée d'une façon équilibrée dans tout le corps
55) Parmi les 14 nâdî principaux, ceux qui exercent les fonctions les plus importantes sont trois: en eux coulent librement le prâna.
Dans la GHERANDA SAMHITÂ, Gheranda décrit les cinq gestes de concentration - Pancadhâranâmudrâ
Après avoir parlé du geste de la déesse Shâmbhavi, (Shâmbhavîmudrâ) qui est consacrée à Shiva : l'oeil fixe, s'absorbe dans le Soi-même (atman) et tenue secrète dans tous les Tantra, écoute maintenant ce qui concerne les 5 concentrations mentales, grâce auxquelles tout peut être accompli sur cette terre. On peut en effet visiter à loisir les mondes célestes avec son corps, aller n'importe où selon son désir et, sans nul doute, pratiquer le vol magique.
Pârthivîdhâranâmudrâ. Le geste de concentration sur l'élément-terre.
Cette catégorie relative à l'élément-terre est symbolisée par un carré de couleur jaune avec, en son centre, la lettre-racine LAM. Elle est presidée par Brahma assis sur un lotus. Il faut unifier cet élément dans le coeur. Résorber en cet endroit l'énergie vitale du souffle, prâna, en y concentrant toute la substance mentale (citta) pendant cinq ghatikâ, c'est-à-dire environ deux heures et demie. Quand on parvient à cette immobilisation on acquiert tout pouvoir sur l'élément terre. C'est ce qu'on appelle adhodhârana, la concentration sur ce qui est en bas, c'est à dire la terre.
Celui qui pratique quotidiennement cette mudrâ devient le grand vainqueur de la mort. Il parcourt cette terre comme seul peut le faire un réalisé.
Ambhasîdhâranâmudrâ. le geste de la concentration sur l'élément-eau.
Cette catégorie concernant l'élément-eau est représentée par un cercle semblable à la lune ou à une conque, de couleur blanche éclatante comme la splendide fleur du jasmin kunda. Source du nectar d'immortalité, son phonème-racine est VAM et elle est présidée par Vishnu. On doit unifier le tout et résorber le souffle vital prâna en ce lieu en y concentrant le mental (citta) pendant cinq ghatikâ, c'est-à-dire deux heures et demie, afin de l'immobiliser. Telle est la concentration sur l'élément liquide qui permet d'éviter les souffrances les plus intolérables et notamment les accidents causés par l'eau.
Ambhasî est une très grande mudrâ. Le yogin qui la connaît acquiert tout pouvoir sur l'eau et ne risque jamais la mort à son contact. Il prendra soin de la garder secrète. En révélant ce pouvoir, il le perdrait; ce que je dis est la pure vérité.
Agneyîdhâranâmudrâ. Le geste de concentration sur l'élément-feu.
Cette catégorie concernant l'élément-feu se situe au niveau du nombril et est représentée par un triangle rouge coccinelle avec son phonème-racine RAM. Ce centre, resplendissant comme le soleil levant, est présidé par le dieu Rudra qui donne le pouvoir occulte du feu. C'est là qu'il faut résorber l'énergie vitale prâna en y concentrant le mental (citta) pendant cinq ghatikâ (deux heures et demie). Cette concentration sur le principe du feu dissipe l'effroi de la mort et le sentiment de l'inéluctable.
Si le yogin est précipité dans un brasier incandescent, par la vertu de cette mudrâ il survit et n'éprouve aucune peur de la mort.
Vâyavîdhâranâmudrâ. Le geste de concentration sur l'élément-air.
Cette catégorie relative à l'élément-air se distingue par la couleur de la fumée, semblable au fard des yeux. Sa qualité fondamentale est le sattva, la force de la pureté ; son phonème-racine est YAM et la déité qui y préside est Ishvara.
Cette grande mudrâ peut vaincre la vieillesse et la mort. Celui qui la maîtrise ne sera jamais tué par l'air ni touché par une quelconque perturbation atmosphèrique. Il pourra se déplacer dans l'espace. Mais s'il est perfide ou dénué de dévotion, il n'obtiendra aucun succès ou perdra son pouvoir. Ô Canda, cela est la stricte vérité, je te l'affirme !
Akâshîdhâranâmudrâ. Le geste de concentration sur l'élément-espace se présente de la couleur de l'eau de mer la plus pure et resplendit comme un ciel vide. Accompagnée du phonème-racine HAM, elle est présidée par Sadâshiva, «Celui qui dispense tous les bienfaits». C'est en cet endroit que doit être résorbée l'énergie vitale prâna en y concentrant le mental pendant cinq ghatikâ, soit deux heures et demie. Telle est la concentration sur l'espace vide qui ouvre la porte de l'émancipation.
Celui qui connaît cette mudrâ de concentration sur l'espace-vide est un vrai yogin. La mort ne l'atteint pas et, au moment de la dissolutiont de l'univers, il ne disparait pas.
Dans la Goraksha-samhitâ, texte fondateur du Natha-Yoga
Celui qui contemple ce flot d’énergie tout en pressant la pointe de la langue sur râjadanta devient un vrai sage en moins de 6 mois.
râjadanta est dans l'espace de la luette (ghantikâ, la clochette)
Ce flot élimine tous les autres flots du corps. Celui qui désire libérer ce flot doit suivre le chemin des 5 concentrations.
La concentration
48) Lorsque la pointe de la langue caresse continuellement cette caverne dont le flot produit les saveurs salée, âcre, sure, douce comme le lait, le miel ou le ghee tous les dysfonctionnements, la vieillesse et la mort sont écartés. Les textes anciens révèlent leurs significations, on obtient les siddhi qui menent au-delà du temps et l’on attire les qualités (ou les êtres) qui permettent de devenir un siddha.
49) Ainsi après deux ou trois ans de cette pratique qui a rempli le yogin de nectar, son énergie sexuelle est toujours effervescente (ûrdhvaretas) et les différents pouvoirs apparaissent.
50) De même qu’il y a du feu tant qu’il y a du combustible, de la lumière tant qu’il y a de l’huile et de la mèche, de même la conscience individuelle habite-t-elle le corps tant qu’il est nourri de ce nectar lunaire.
51) Le corps d’un yogin rempli d’amrita ne craint plus les poisons, même la morsure de Takshaka lui-même (roi des serpents).
52) Une fois que le yogin a établi la posture, contrôlé ses souffles et rétracté ses sens, il peut pratiquer la concentration.
53) La concentration stabilise la pensée, elle se pratique dans le cœur en fixant son attention sur les 5 éléments.
54) Dans le cœur la terre est jaune ou brille comme un carré jaune, le bîja "La" fait vibrer la terre où siège Brahma. Unifiant les 5 vayû avec le mental intériorisé il faut se concentrer durant 5 ghatikâ (2 heures). Pour conquérir les éléments de la terre il faut stabiliser la terre dans son cœur.
55) L’eau qui ressemble à la demi lune d’un blanc jasmin se trouve dans la gorge, elle est soutenue par le bija "Va" qui stimule le nectar, elle est associée à Vishnu (urdhva-lingam). Unifiant les 5 vayû avec le mental intériorisé il faut se concentrer durant 5 ghatikâ (2 heures). La concentration sur l’eau permet d’éliminer la souffrance.
56) Le feu est triangulaire, il est situé dans le palais, il est rouge brillant, le son "Ra" le fait vibrer et Rudra y siège. Unifiant les 5 vayû avec le mental intériorisé il faut se concentrer durant 5 ghatikâ. La concentration sur le feu permet de maîtriser les éléments du feu.
57) L’air est situé entre les deux yeux, il ressemble à une nuée noire associé à la lettre "Ya". Ishvara y est établi. Unifiant les 5 vayû avec le mental intériorisé il faut se concentrer durant 5 ghatikâ. Le yogin qui se concentre sur l’air devient air lui-même.
58) L’espace est dans brahmarandhra (gagana), il est associé à la clarté, à Sadâ-Shiva au son interne et au bija "Ha". Unifiant les 5 vayû avec le mental intériorisé il faut se concentrer durant 5 ghatikâ. Se concentrer sur l’espace permet d’ouvrir la porte de la libération.
59) La concentration sur les 5 éléments donne la capacité d’immobiliser, de se répandre, de brûler, d’agiter et de condenser.
60) Ces 5 concentrations sont difficiles à réaliser soit par la pensée, soit par la parole, soit par l’action. Toutefois le yogin qui est assez habille dans cette pratique peut se libérer de la souffrance.


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