solitude
Mais tu n'es jamais seule puisque tu es avec Toi, avec ta Conscience...
Cette solitude, comment la gérer ? Comment faire pour la mettre au jour, et la dissiper complètement ?
J'ai, comme d'habitude, tendance à condamner cette chose que je ne connais pas et dont j'ai peur — or c'est parce que l'on condamne que l'on a peur.
En définitive, je ne sais rien de la qualité de cette solitude, j'ignore ce qu'elle est réellement. Mais en décrétant qu'elle est effrayante, mon esprit l'a jugée. Il a ses opinions sur le fait en question, il a ses idées sur la solitude. Et ce sont ces idées, ces opinions qui engendrent la peur, et m'empêchent de regarder vraiment en face cette solitude.
J'espère avoir été assez clair ?
Donc, je me sens seul, et cela me fait peur. Quelle est la cause de cette peur ? Ne serait-ce pas mon ignorance à propos de tout ce qu'implique la solitude ?
Si j'en connaissais le contenu, je n'en aurais plus peur. Mais parce que je m'en suis déjà forgé une idée, je la fuis. C'est le fait même de fuir la solitude, non celui de l'observer, qui suscite la peur. Mais pour la regarder, pour demeurer avec elle, il ne faut surtout pas que je la condamne. Et lorsque je suis capable de lui faire face, je deviens apte à l'aimer, à l'explorer.
Et si cette solitude qui me fait si peur n'était qu'un simple mot ?
N'est-elle pas en réalité un état indispensable, essentiel, ne serait-ce pas pour moi, peut-être, la porte de la découverte ?
Cette porte peut m'ouvrir de nouveaux horizons, en sorte que l'esprit comprenne cet état dans lequel on est nécessairement seul, soustrait à toute contamination. Car tous les autres processus de fuite face à la solitude ne sont que des déviations, des échappatoires, des distractions.
Si l'esprit peut vivre avec elle, sans la condamner, cela permettra peut-être à la pensée de découvrir cet état de solitude absolue où l'esprit n'a pas un sentiment de solitude, mais où il est complètement seul, exempt de toute dépendance, et où il n'a plus besoin, pour découvrir, d'aucun intermédiaire.
Il est indispensable d'être seul, pour connaître cette solitude qui n'est pas due aux circonstances, cette solitude qui n'est pas un isolement, cette solitude qui est créativité, et qui survient lorsque l'esprit ne cherche plus ni le bonheur ni la vertu, n'oppose plus de résistance. C'est l'esprit apte à la solitude qui est capable de découvrir — et non l'esprit qui s'est laissé contaminer, corrompre, par ses propres expériences.
Ainsi donc, la solitude dont nous sommes tous conscients, si nous savons la regarder, pourrait bien nous ouvrir la porte du réel.
Krishnamurti
Londres - 7 avril 1953

Commenter cet article